Transport aérien

Royal Air Maroc, Ethiopian Airlines, Air Sénégal… Ces compagnies africaines qui ont fait face en 2020

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Mis à jour le 04 janvier 2021 à 12h50
Ethiopian Airlines boucle 2020 avec des bénéfices, amlgré la crise.

Ethiopian Airlines boucle 2020 avec des bénéfices, amlgré la crise. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

Malgré l’annus horribilis que le Covid-19 a infligée aux compagnies aériennes du monde entier, les transporteurs du continent ont déployé des efforts colossaux pour survivre. Zoom sur quelques-unes de ces stratégies d’adaptation.

Fermetures des frontières, confinements généralisés, quarantaines… Les mesures successivement déployées dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19 ont inéluctablement fait chuter le trafic aérien : selon Alexandre de Juniac, directeur général de l’Association internationales du Transport aérien (Iata), le trafic sur le continent a chuté de 89 % et les pertes pourraient atteindre 6 milliards de dollars.

« Les conséquences de la rupture de la connectivité sont encore plus graves : cinq millions d’Africains voient leurs moyens de subsistance menacés, et la crise pourrait coûter 37 milliards de dollars au PIB des économies africaines soutenues par l’aviation », assure l’ancien PDG d’Air France-KLM, qui s’exprimait début novembre dans le cadre de la 52e assemblée générale de l’Association des compagnies aériennes africaines (Afraa).

Et l’organisation ne s’attend pas à un retour à la normale avant 2023. Pour 2021, l’association professionnelle prévoit une reprise timide, avec une projection de 70 millions de passagers pour le continent.

Des promesses à tenir

De leur côté, les aéroports africains ont vu leurs revenus chuter à 1,73 milliard de dollars durant l’année écoulée, alors que les projections avant la crise anticipaient 4,3 milliards de dollars de revenus.

« Les gouvernements africains, les organismes financiers internationaux et d’autres institutions, dont la Banque africaine de développement, l’Union africaine et le Fonds monétaire international, ont promis un soutien financier de plus de 31 milliards de dollars. Malheureusement, les promesses ne règlent pas les factures. Et une partie de ce financement ne s’est pas matérialisée », précise Alexandre de Juniac qui demande aux gouvernements et organismes de débloquer les aides promises, au risque de voir les compagnies du continent faire faillite les unes après les autres.

  • Ethiopian Airlines, toujours bénéficiaire grâce au fret

Si on devait désigner un champion de la résilience dans le secteur, le vainqueur serait tout trouvé. En 2019, déjà, la compagnie éthiopienne avait dû faire face à un drame, le crash de son Boeing 737 max survenu le 11 mars, dû à une défaillance de l’appareil. Le pavillon avait alors éprouvé « le plus dur et le plus éprouvant challenge de [son] histoire », selon les mots de Tewolde GebreMariam, son directeur général.

Mais il avait su se relever, et entamer comme prévu sa percée sur le continent asiatique. C’était sans compter sur le Covid-19 qui, un an presque jour pour jour après le crash du vol ET 302, a entraîné la fermeture de la quasi-totalité des frontières de la planète. Là encore, Ethiopian Airlines s’est démarqué : à contre-courant de ses concurrents qui avaient fermé les uns après les autres leurs liaisons vers la Chine, la compagnie éthiopienne s’est efforcée de maintenir ses vols, quitte à en réduire la fréquence.

Une fidélité qui n’a pas été nécessairement payée en retour. En juin, l’Aviation civile chinoise a instauré des sanctions à l’encontre des compagnies aériennes dont les passagers seraient testés positifs au Covid-19 à l’arrivée en Chine (bannissement d’une semaine pour 5 cas positifs, de quatre semaines pour 10 cas positifs). Ethiopian Airlines a été la compagnie la plus touchée par le dispositif.

La dernière interdiction de vol, démarrée le 30 novembre après que 11 passagers sur un vol d’Ethiopian ont été testés positifs à l’aéroport de Shanghai-Pudong, est en vigueur jusqu’au 1er janvier. Deux suspensions avaient déjà eu lieu en octobre et en septembre, dans les deux cas du fait de la contamination de 6 passagers.

Malgré ces déconvenues, Ehiopian peut s’enorgueillir d’avoir réussi à boucler avec des bénéfices une année 2020 clôturée à la fin de juin. Certes, ceux-ci, de 122 milliards de birrs (2,85 milliards d’euros), représentent tout de même un manque à gagner par rapport aux prévisions (près de 150 milliards de birrs).

Mais les dégâts ont tout de même été largement circonscrits, grâce notamment à la transformation d’une partie de la flotte passagers en fret pour compenser la brusque diminution du nombre de passagers et à une politique drastique de réduction des coûts.

« Il n’y a pas eu de licenciement », a assuré à Jeune Afrique Tewolde GrebreMariam, dans une récente interview. Les efforts budgétaires devront néanmoins se poursuivre, car le ralentissement de l’activité pourrait aller bien au-delà de l’année fiscale 2020.

Parmi les facteurs qui ont permis à la compagnie d’engranger ses bénéfices, figurent également les services aéroportuaires, l’hébergement en hôtel, les services de maintenance et la formation en aviation.

Bénéficiaire, Ethiopian Airlines s’est en outre offert le luxe de voler au secours de son concurrent South African Airlines, toujours menacé de liquidation, à qui il a proposé en septembre un partenariat « avant tout opérationnel »

  • Une assurance Covid : le nouvel atout de la RAM

Affichant déjà une trésorerie négative de -300 millions de dinars (28 millions d’euros) en janvier, la compagnie marocaine a été touchée d’autant plus durement par la crise. Elle a dû prendre des mesures radicales : fermeture de 32 lignes autant en Afrique (Luanda, Ndjamena) que sur les autres continents (Washington, Pékin, Doha, Riad, Vienne, Pékin…), retrait de l’exploitation de vingt appareils (un tiers de la flotte), licenciements de 140 salariés…

Malgré l’aide de 6 milliards de dirhams obtenue de l’État, en juillet, le pavillon marocain joue donc sa survie et ne peut se permettre de desservir à vide les liaisons qu’il a maintenues.

Pour venir à bout des réticences des éventuels passagers, l’entreprise a innové début décembre en proposant à ses clients une assurance gratuite automatiquement couplée à l’achat de leur billet.

En cas d’infection au Covid-19 contractée pendant un voyage à l’international entre le 1er décembre 2020 et le 31 mai 2021, elle s’engage à prendre en charge ses frais médicaux (jusqu’à 150 000 euros), ses dépenses d’hébergement relatives à la mise en quarantaine obligatoire pendant le voyage à hauteur de 100 euros par jour pour une période de 14 jours maximum ; et le rapatriement de son corps en cas de décès.

Ce produit d’assistance est « géré en totalité par Allianz Partners et Maroc Assistance Internationale », précise la compagnie.

  • Air Sénégal fort du soutien de l’État

« Circulez, il n’y a rien à voir. » C’est l’impression qui se dégage des informations données par Air Sénégal, alors que tant d’autres compagnies multiplient les alertes aux risques de faillites.

Certes, la jeune compagnie sénégalaise accuse un manque à gagner, qu’elle situe entre 10 milliards et 15 milliards de F CFA (15 à 23 millions d’euros) pour l’année 2020. Mais elle a reçu du gouvernement une enveloppe de 45 milliards de F CFA, dont une dizaine de milliards pour faire face à la crise sanitaire, le reste constituant une avance sur l’augmentation de capital prévue.

L’entreprise, qui ne prévoyait de toute façon pas d’atteindre l’équilibre avant 2022, a pu réduire les pertes en se concentrant sur son réseau national et régional : les liaisons vers Ziguinchor, Cap Skirring, Abidjan, Conakry, Bamako, Nouakchott. Les liaisons vers Banjul et Praia ont ainsi repris, avec un remplissage qualifié de « satisfaisant ».

La compagnie annonce le lancement officiel de la liaison Dakar–Milan Malpensa le 17 février 2021, avec trois vols directs par semaine. En revanche, la desserte des États-Unis reste reportée à une date ultérieure.

Pour soutenir son expansion, Air Sénégal a réceptionné, fin novembre, le premier des deux Airbus A321 commandés – un appareil de 165 places opéré en leasing auprès de Carlyle Aviation Partners, et dont il annonce la mise en exploitation à compter de janvier 2021.

  • Les paris fous du Burundi et du Ghana

En ces temps plus que troublés pour le transport aérien, Bujumbura et Accra n’ont pas froid aux yeux. Les deux pays se sont lancés un défi de taille : créer une nouvelle compagnie aérienne nationale.

Joseph Kofi Ada, le ministre ghanéen de l’Aviation, a ainsi signé, le 22 octobre dernier, un mémorandum d’entente avec Egyptair, « partenaire stratégique » du futur pavillon national pour lequel aucune date de lancement n’a cependant été précisée.

De son côté, Bujumbura annonce pour 2021 la renaissance de sa future compagnie aérienne publique, Burundi Airlines, plus de dix ans après la faillite de son ancien transporteur, Air Burundi.

La compagnie aérienne sera formée par la fusion de Sobugea, une agence qui gère les aéroports du pays, et d’Air Burundi, qui n’exploite plus d’avion depuis 2009, précise l’agence Bloomberg, selon lequel la compagnie sera détenue par l’assureur public Société d’assurances du Burundi (Socabu) à l’exception d’une participation de 4 % émanant d’« une compagnie belge».

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