Elections

Centrafrique : la Cour constitutionnelle rejette tout report des élections

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 26 décembre 2020 à 18h18
Des soldats de l’Onu à Bangui en février 2016.

Des soldats de l'Onu à Bangui en février 2016. © Jerome Delay/AP/SIPA

La Cour constitutionnelle a rejeté samedi d’ultimes recours de l’opposition pour reporter les élections présidentielle et législatives prévues dimanche en Centrafrique, en proie à une offensive des groupes rebelles.

Au moins six candidats opposés au président Faustin Archange Touadéra, favori du scrutin, avaient déposé des recours, arguant notamment de l’insécurité sur la majeure partie du territoire et du retrait récent d’un des candidats, de nature, selon eux à justifier un report du scrutin.

« Il y a lieu de rejeter les demandes de report », selon la décision lue à l’audience par la présidente de la Cour, Danielle Darlan.

Les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) et leurs représentants ont, de leur côté, demandé samedi aux onze États membres « qui en ont les capacités, d’exprimer leur solidarité envers la République centrafricaine, y compris par l’envoi de troupes armées en vue de l’aider à recouvrer l’intégrité de son territoire ». Ces derniers étaient réunis en conférence virtuelle.

Cette conférence des chefs d’États d’Afrique centrale a également appelé les Centrafricains « à se rendre massivement aux urnes » dimanche et a condamné la mort de trois Casques bleus burundais la veille.

Décès de trois Casques bleus

Vendredi, trois Casques bleus burundais ont été tués en Centrafrique, où la coalition de rebelles a rompu son cessez-le-feu peu avant les élections présidentielle et législatives prévues dimanche.

« Trois casques bleus du Burundi ont été tués et deux autres blessés à Dékoa » (centre), a annoncé l’ONU vendredi, en condamnant des attaques menées par « des combattants armés non identifiés ».

Les attaques se sont produites à Dékoa et Bakouma (sud), a précisé l’ONU dans un communiqué.

La tenue des élections en Centrafrique, pays au territoire encore contrôlé aux deux tiers par des groupes armés, est un enjeu majeur pour le président sortant Faustin-Archange Touadéra, grand favori, et la communauté internationale.

La coalition rebelle avait décrété mercredi un « cessez-le-feu unilatéral » de trois jours arrivant à échéance avant le vote, tout en demandant au président Touadéra de « suspendre les élections dont les conditions de bon déroulement n’ont jamais été réunies ».

Mais Faustin-Archange Touadéra s’est montré déterminé dans son refus de tout report. En outre, Ange-Maxime Kazagui, porte-parole du gouvernement, avait réagi jeudi en dénonçant « un non-événement », disant n’avoir pas constaté de volonté des rebelles de « s’arrêter dans leurs actions ».

Reprise des combats

Le gouvernement a « rejeté de façon cavalière » cette « chance à la paix », a affirmé la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). « Il s’en est suivi plusieurs attaques sur les positions occupées par les patriotes de la CPC », selon un communiqué.

Face à « l’entêtement irresponsable du gouvernement », la coalition « décide de rompre la trêve de 72H qu’elle s’était jusque là imposée et de reprendre sa marche implacable jusqu’à son objectif final », selon le texte.

Soit le gouvernement nous disperse, soit nous marchons sur Bangui, qui est notre objectif final

Après une légère accalmie jeudi matin, des combats ont repris à Bakouma, à environ 800 km au nord-est de Bangui, selon Vladimir Monteiro, porte-parole de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca).

« Désormais, soit le gouvernement nous disperse, soit nous marchons sur Bangui, qui est notre objectif final », a déclaré le général Bobo, commandant au sein du mouvement 3R (Retour, réclamation, réhabilitation), l’un des piliers de la coalition.

La progression des rebelles a été enrayée depuis mercredi, avec notamment la reprise de la quatrième ville du pays, Bambari, par les Casques bleus, l’armée, et des centaines de renforts dépêchés par le Rwanda et la Russie dans le cadre d’accords de coopération bilatérale.

Jeudi soir, la Minusca a également reçu le soutien de 300 Casques bleus rwandais « dans le cadre du plan intégré de sécurisation des élections ».

La semaine dernière, les principaux groupes armés se sont coalisés et ont lancé une offensive. Le camp Touadéra y a vu une tentative de « coup d’État » à l’instigation de l’ancien président François Bozizé, renversé en 2013 et dont la candidature a été invalidée, qui dément.

Demande de report

La menace persistante des groupes armés rend illusoire une participation conséquente dimanche, ou du moins libre et sereine. Et l’opposition exige un report, dénonçant par avance des fraudes massives pour faire réélire Faustin-Archange Touadéra dès le premier tour.

Dans les rues de Bangui, l’ambiance vendredi était davantage aux fêtes de Noël qu’aux élections. Mais le gouvernement exhorte encore des inscrits à aller retirer leur carte d’électeur. « Je n’ai pas peur. Je vais voter dimanche et je pense que la paix reviendra après les élections », estime Wallace, 27 ans.

Fin de campagne

Vendredi était le dernier jour de la campagne officielle mais la plupart des quelque 1 500 candidats à l’Assemblée nationale n’ont pu la mener pour des raisons de sécurité.

Le 20 décembre, le G5+, qui comprend notamment la France, la Russie, l’ONU, l’Union européenne et la Banque mondiale, a martelé que les élections, dans l’organisation desquelles la communauté internationale a investi plus de 30 millions d’euros, devaient « se tenir dans le respect du délai constitutionnel ».

Mais mercredi, l’ONU s’est déclarée « profondément alarmée » par les violences qui « présentent de sérieux risques pour la sécurité des civils et l’exercice du droit de vote ».

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