Économie

En Afrique du Nord, Nissan vante l’exemple du Maroc

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Mis à jour le 23 décembre 2020 à 17:15

La chaîne de production de Tanger. Le Maroc accueille chaque année une dizaine de nouvelles usines. © FADEL SENNA/AFP

Conscient de l’énorme potentiel du marché égyptien, le constructeur recommande au Caire, qui aspire à devenir le hub automobile de la région, de suivre le modèle de production locale de composants ainsi que le régime fiscal du royaume chérifien.

Pour le Sud-Africain Mike Whitfield, directeur général pour l’Afrique de Nissan, premier producteur de véhicules en Égypte, il est anormal que les groupes automobiles installés dans ce pays paient des droits de douane sur les pièces importées pour l’assemblage local, alors que des véhicules complets peuvent y être importés sans supporter de telles taxes.

« La filière d’assemblage automobile en Égypte a besoin d’être protégée. Le pays doit également avoir une stratégie pour encourager la production locale de composants », fait-il valoir, certain que, si c’était le cas, Le Caire pourrait devenir un hub régional de production de véhicules.

Trajectoire de forte croissance

L’Égypte a supprimé en 2019 les droits de douane sur les voitures importées de l’Union européenne, mais sans changer ceux s’appliquant aux pièces. Une décision qui a heurté le groupe automobile japonais qui produit plus de 22 000 voitures chaque année dans son usine égyptienne proche du Caire, entrée en exploitation en 2005.

Le gouvernement a trouvé le bon équilibre entre protection contre la pandémie et maintien de l’activité économique

Dans le même temps, le pays cherche à développer sa propre industrie automobile. Parmi les nouveaux groupes automobiles que Le Caire a réussi à attirer, Mercedes-Benz a signé un protocole d’accord avec le gouvernement en juin 2019 pour reprendre ses opérations d’assemblage. La production de la première voiture électrique égyptienne assemblée localement, par la société chinoise Dongfeng Motor, devrait quant à elle démarrer d’ici la fin de 2021.

Mike Whitfield se dit optimiste quant aux perspectives économiques de l’Égypte pour 2021, dont le marché automobile était sur une trajectoire de forte croissance au moment où la pandémie de Covid-19 a émergé.

Attractivité du marché

« Le gouvernement égyptien a trouvé en 2020 le bon équilibre entre la protection contre la pandémie et le maintien de l’activité économique », reconnaît-il. A la fin de septembre dernier, les ventes de voitures neuves en Égypte sur les neuf premiers mois de l’année 2020 étaient meilleures que celles sur la même période en 2019, une performance remarquable tant le secteur est sinistré à l’échelle mondiale. Selon les économistes, la croissance du PIB de l’Égypte atteindra une moyenne de 4,7 % par an à partir de 2022.

Il faut faciliter l’accès du plus grand nombre au crédit automobile

Les constructeurs automobiles étant à la recherche d’une main-d’œuvre moins chère et de nouveaux marchés en Afrique, selon le patron de Nissan, le pays d’Afrique du Nord est bien positionné pour les séduire du fait de la taille de sa population – près de 100 millions d’habitants – et de son tissu industriel.

« Le gouvernement pourrait encore aider à accroître la taille du marché local en facilitant l’accès d’un plus grand nombre d’Égyptiens au crédit automobile », estime Whitfield.

Encourager les exonérations fiscales

Le cabinet de conseil Lynx Strategic, basé au Caire et cité par Nissan, prend en exemple le Maroc comme exemple à suivre pour l’Égypte dans son développement industriel automobile, notamment avec des exonérations fiscales majeures pour les constructeurs automobiles y implantant une usine.

Les filières automobiles les plus complètes du continent se trouvent en Afrique du Sud et au Maroc

« La faiblesse des investissements en R&D a conduit à la production de composants automobiles à faible valeur ajoutée en Égypte, plutôt qu’à des éléments plus élaborés tels que les moteurs et les boîtes de vitesses », observent les analystes de Lynx, qui recommandent des exemptions de droits de douane pour les équipements importés utilisés en R&D et des bourses gouvernementales pour les chercheurs.

« Les filières automobiles les plus complètes du continent se trouvent en Afrique du Sud et au Maroc. Le dialogue entre le gouvernement, l’industrie et les partenaires sociaux y ont permis ce développement. Avoir des perspectives de long-terme de gouvernance du secteur est crucial », fait encore valoir Mike Whitfield, basé à Johannesburg.

Nissan, qui vient de démarrer l’assemblage de véhicules au Ghana, a créé début décembre une nouvelle direction commerciale régionale pour l’Afrique, avec pour objectif principal de faire progresser ses ventes au sud du Sahara. « L’Afrique subsaharienne, avec 1 milliard d’habitants, ne représente que 1% des ventes mondiales de voitures neuves. Nissan veut augmenter la production localisée dans les pays subsahariens », indique Mike Whitfield.