Politique

RDC : Albert Yuma évincé de la présidence de la FEC

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Initialement reconduit pour un sixième mandat le 26 novembre, Albert Yuma avait vu son élection annulée par le conseil d’État le lendemain.

Initialement reconduit pour un sixième mandat le 26 novembre, Albert Yuma avait vu son élection annulée par le conseil d'État le lendemain. © Vincent Fournier/JA

Dieudonné Kasembo Nyembo a été élu président du conseil d’administration de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) au terme d’un processus entaché par les polémiques. Pour Albert Yuma, qui occupait le poste depuis quinze ans, une page se tourne.

Dieudonné Kasembo Nyembo a été élu président du conseil d’administration de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) pour un mandat de trois ans à l’issue d’un vote où il était le seul candidat en lice. Son élection met fin à quinze années de règne du tout puissant Albert Yuma, très proche de l’ancien président, Joseph Kabila.

Initialement reconduit pour un sixième mandat le 26 novembre, Albert Yuma avait vu son élection annulée par le conseil d’État le lendemain. Saisi par une requête de Dieudonné Kasembo Nyembo, le Conseil d’État avait estimé que le scrutin avait été entaché d’irrégularités, et donc demandé l’organisation d’une nouvelle élection à bulletin secret.

Le vote qui avait permis la réélection d’Albert Yuma avait été organisé par plébiscite, les deux concurrents du « patron des patrons » congolais, Michel Sefu et Dieudonné Kasembo Nyembo, ayant été recalés par la Commission des sages avant le vote en conseil d’administration.

Contestation

Jusqu’à la dernière minute, les équipes d’Albert Yuma ont tout tenté pour bloquer l’organisation du nouveau scrutin. Désinfection des locaux pour faire face à la deuxième vague du Covid-19, irrégularité de la procédure… Aucun recours n’aura fonctionné.

« La FEC déplore que pareil processus intervienne paradoxalement au moment même où elle enregistre des cas d’infection au Covid-19 dans ses rangs, y compris parmi les membres de son personnel », a écrit l’administration Yuma ce mercredi au premier président du Conseil d’État. « Outre l’incompatibilité de la tenue d’une séance électorale avec les normes légales et statutaires pertinentes, la FEC relève que le risque sanitaire requiert obligatoirement la désinfection immédiate de ses locaux et la prise de mesures préventives appropriées », poursuit le même document, auquel JA a eu accès.

Nous aurions aimé que ça soit un vrai exercice démocratique

Les locaux de la FEC étant fermés, la nouvelle élection s’est déroulée dans la salle de réception de l’organisation. Seulement 14 votants sur 130 membres étaient présents. « Nous aurions aimé qu’il y ait plus de candidats et que ça soit un vrai exercice démocratique. Cela faisait très longtemps que nous n’avions pas organisé un scrutin de cette manière. Nous pensons qu’au prochain mandat, il y aura plus de candidats. Mais il n’y a pas de crise entre le conseil d’État et la FEC. Nous sommes dans un État de droit », nous a confié Dieudonné Kasembo Nyembo.

Contexte politique tendu

D’après nos informations, Félix Tshisekedi ne voulant pas s’impliquer directement dans le dossier, il a chargé Yane Fumuatu, l’un des assistants de François Beya, son conseiller spécial en matière de sécurité, de « tout faire afin de faire passer Dieudonné Kasembo Nyembo ». Albert Yuma s’en était plaint auprès du président par le biais de François Beya mais, selon une source à la présidence, le chef de l’État avait ensuite dépêché Tete Kabwa Kabwe auprès d’Albert Yuma pour lui dire de ne pas interférer dans le dossier FEC.

« Ça fait trente ans que je suis opérateur économique dans ce pays. Le président Tshisekedi est arrivé au pouvoir en 2019, alors comment peut-on dire que je suis le candidat de la présidence ? C’est faux. Je suis un opérateur économique qui a fait ses preuves », a réagi Dieudonné Kasembo Nyembo auprès de Jeune Afrique.

Ce changement de tête au sommet de l’organisation patronale intervient en plein bouleversement politique à Kinshasa. Depuis qu’il a annoncé, le 6 décembre, la fin de la coalition qu’il formait avec Joseph Kabila, Félix Tshisekedi tente de structurer une nouvelle majorité et d’isoler un peu plus son prédécesseur. La mise à l’écart de l’un des piliers de l’entourage de ce dernier, en la personne d’Albert Yuma, s’inscrit dans ce contexte.

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