Diplomatie

Conseillers et diplomates influents… le dispositif de Félix Tshisekedi, futur président de l’Union africaine

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 28 décembre 2020 à 10h56
Le président congolais Félix Tshisekedi préside le Conseil des ministres, en juin 2020.

Le président congolais Félix Tshisekedi préside le Conseil des ministres, en juin 2020. © Présidence RDC

En marge de la crise politique à Kinshasa, Félix Tshisekedi prépare activement son mandat à la tête de l’Union africaine qui débutera début 2021. Qui s’active autour du chef de l’État ?

S’il a, ces dernières semaines, été largement accaparé par la structuration de sa nouvelle majorité, Félix Tshisekedi doit aussi œuvrer en coulisses à la préparation de son futur mandat à la tête de l’Union africaine (UA), où il succédera, début 2021, à son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa.

Les 3 et 4 décembre, en pleine crise politique, le chef de l’État congolais a reçu le président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat. Il s’est également rendu à Pretoria le 19, après avoir renoncé à un premier déplacement afin de suivre le vote pour la destitution de Jeanine Mabunda à l’Assemblée nationale.

Félix Tshisekedi a également nommé un panel d’experts, qui sera lui-même épaulé par une équipe de diplomates et de conseillers, déjà pléthorique.

  • Les experts à la manœuvre

Comme annoncé par Jeune Afrique le 12 octobre, Alphonse Ntumba Luaba a été officiellement désigné le 30 octobre à la tête du panel d’experts chargés de conseiller Félix Tshisekedi lors de sa présidence de l’Union africaine. Ancien vice-ministre de la Justice de Laurent-Désiré Kabila, ex-ministre des Droits humains et candidat à la présidentielle de 2018, cet ex-secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) a notamment été choisi pour son expérience de la diplomatie régionale.

Ancien secrétaire exécutif adjoint de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), le professeur Ntumba Luaba dispose encore de contacts dans certaines présidences de la région. S’il n’a noué des liens avec Félix Tshisekedi que plus tardivement, c’est d’abord avec le père de ce dernier qu’il a collaboré en tant que conseiller juridique, lorsqu’Étienne Tshisekedi a été nommé Premier ministre, après la conférence nationale souveraine.

Au sein du panel figurent aussi l’historien et président du Comité laïc de coordination (CLC) Isidore Ndaywel è Nziem, l’ancien ministre Daniel Mukoko Samba (qui sera chargé de la question de la Zone de libre-échange continentale africaine – ZLECAF, mais aussi du suivi du dossier du barrage Grand Inga, que Tshisekedi souhaite pousser à l’occasion de sa présidence), la militante des droits des femmes Julienne Lusenge, la physicienne congolaise Raïssa Malu, et Ndolamb Ngokwey.

Sur les questions liées à la santé, le panel s’appuie aussi sur Roger Kamba, le conseiller spécial du Président, en charge de la couverture maladie universelle.

Depuis deux mois déjà, cette équipe travaille en étroite collaboration avec le directeur de cabinet du président, Désiré Cashmir Eberande Kolongele et la ministre des Affaires étrangères Marie Ntumba Nzeza. Cette dernière sera amenée à jouer un rôle central dans ce dispositif. Le 23 décembre, elle a d’ailleurs officialisé la composition de sa propre task-force, qui compte douze membres, dont certains sont déjà conseillers au sein de son propre ministère.

  • Les diplomates en renfort

Ambassadeur de la RDC en Éthiopie et auprès de l’Union africaine depuis sa nomination par Joseph Kabila en 2018, Jean-Léon Ngandu Ilunga travaille en étroite collaboration avec le panel d’experts et Félix Tshisekedi lui-même. Cet ancien haut fonctionnaire du Haut commissariat des Nations unies séjourne à Kinshasa depuis le mois de septembre et a notamment participé aux réunions préparatoires pour la mise en place du groupe.

Durant le mandat de Tshisekedi, il sera notamment actif au sein du comité des représentants permanents (COREP), chargé de la gestion des activités quotidiennes de l’UA.

Son arrivée dans la capitale congolaise est intervenue quelques jours après celle de Michèle Hélène Natou Ndiaye, nouvelle représentante spéciale du président de la Commission de l’UA en RDC. Cette dernière assiste notamment le panel dans l’élaboration du budget qui a été présenté aux bailleurs de fonds lors d’une réunion le 22 décembre.

  • Les conseillers qui ont l’oreille du chef…

Aux côtés des deux ambassadeurs, on retrouve aussi des proches conseillers du chef de l’État, comme Nicolas Kazadi, un énarque issu de la même promotion que le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. Impliqué dans la mise en place du panel, l’ambassadeur itinérant du président dispose aussi d’un bon réseau sur le continent, tissé notamment lors de son passage au PNUD, à Lomé.

Conseillère de Félix Tshisekedi en matière de coopération et d’intégration régionale, Bestine Kazadi travaille aussi en lien avec le panel. Avocate au barreau de Kinshasa, formée en Belgique, elle est aussi présidente de l’un des principaux clubs de football congolais, l’AS Vita Club. Christian Bushiri Ongala, conseiller principal dans le collège diplomatique du chef de l’État, intervient aussi sur le dossier.

Pour mettre en œuvre sa politique dans la sous-région, Félix Tshisekedi s’appuie aussi sur Claude Ibalanky, le coordonnateur du Mécanisme de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba. Cet homme d’affaires, qui a longtemps vécu en Afrique du Sud, où il disposait notamment de contacts dans l’administration de Jacob Zuma, s’est rapproché de Tshisekedi avant sa candidature à l’élection présidentielle. Il a été l’un des artisans de l’ombre du rapprochement de la RDC avec ses différents voisins, notamment le Rwanda.

L’UA étant l’un des garants de l’accord-cadre, plusieurs projets pourraient être remis sur la table à l’occasion du mandat de Tshisekedi, notamment la restructuration de la FIB, la brigade d’intervention de la Monusco, et le mécanisme de coopération des services de sécurité et de renseignements de la région, relancé après l’échec du projet d’état-major conjoint. Pour porter ces dossiers, Claude Ibalanky comptera aussi sur son adjoint Patrick Mutombo, qui s’occupe aussi du dossier du rapatriement des ex-M23.

  • … et ceux qui peuvent jouer les émissaires

Enfin, s’ils n’ont pas un rôle direct dans le mandat du président congolais à la tête de l’UA, certains proches conseillers jouent aussi un rôle d’émissaire sur les dossiers prioritaires, comme Fortunat Biselele. Conseiller privé et véritable homme de l’ombre du chef de l’État, il dispose notamment de solides contacts au Rwanda – il a d’ailleurs œuvré pour le rapprochement entre Kinshasa et Kigali. Début novembre, lorsque Félix Tshisekedi a riposté à la campagne diplomatique amorcée par Joseph Kabila dans la région, c’est à lui et à l’ambassadeur itinérant André Wameso que le président a confié la conduite de sa délégation.

Figure discrète mais de plus en plus en vue à la présidence, l’avocat Thethe Kabwa Kabwe, directeur de cabinet adjoint du conseiller spécial en matière de sécurité François Beya, fait lui aussi partie du groupe d’émissaires auquel Félix Tshisekedi a recours dans la région. En pleine crise politique avec Joseph Kabila, il l’a ainsi envoyé en Angola, un de ses principaux pays alliés.

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