Santé

[Tribune] Vaccin anti-coronavirus : peur au pays de Pasteur

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Par  Edmond Bertrand

Doyen honoraire de la faculté de médecine d’Abidjan, membre correspondant de l’Académie française de médecine

Quatre vaccins contre le coronavirus sont désormais disponibles

Quatre vaccins contre le coronavirus sont désormais disponibles © AP Photo/Tsafrir Abayov

C’est en France, pays de Pasteur, que les « antivax » sont les plus virulents contre le vaccin anti-Covid-19. En Afrique, où épidémies et endémies sévissent toujours, il est accueilli bien plus favorablement.

Pendant des mois et des mois on a attendu le médicament idéal contre le coronavirus Sars-Cov-2 : en vain. Puis, pendant des semaines, on a attendu le vaccin : enfin il est là. Il y en a même quatre : le premier à base du coronavirus atténué, le deuxième à base du coronavirus inactivé, le troisième à partir de la seule protéine « spike » du coronavirus, le quatrième à partir de l’ARN messager qui permet de fabriquer cette « spike ».

Et aussitôt les antivaccins (« antivax ») brandissent leur conviction : ces vaccins vont être dangereux, ils sont arrivés trop vite. C’est une arnaque des laboratoires pharmaceutiques, mieux c’est un complot mondial impliquant les gouvernements et même l’OMS. Un chroniqueur a même évoqué l’ONU !

Esprit de Pasteur, où es-tu ?

Et où cette méfiance est-elle la plus forte ? En France – esprit de Pasteur, où es-tu ? – où les vaccins nous ont pourtant débarrassés de la variole, du tétanos, de la rougeole, de la diphtérie, de la poliomyélite, dont on a oublié les ravages.

Certes, il y a toujours eu des ligues antivaccins disposant d’arguments reconnus : des malaises post-vaccinaux, une réaction locale, une fièvre sans gravité. Quelques décès ont été attribués aux vaccins dans des cas douteux. Les risques étaient très bien étudiés en milieu militaire puisque tous les Français hommes étaient vaccinés à leur incorporation. Au total, le très petit nombre d’incidents doit être comparé aux centaines de millions de personnes ainsi protégées.

Les antivax réagissent sous l’influence de l’émotion et de la peur, lesquelles sont mauvaises conseillères

J’ai entendu un commentateur antivax citer Rousseau : « Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme ». Le philosophe est très sympathique mais on ne peut pas croire à son adage aujourd’hui. Les antivax réagissent sous l’influence de l’émotion et de la peur, lesquelles sont mauvaises conseillères. Ils profitent des réseaux sociaux le plus souvent anonymes – hélas ! – et destructeurs. Notons que les mêmes qui récusent des vaccins scientifiquement contrôlés acceptent sans restrictions des compléments alimentaires ou des extraits végétaux vendus sans aucun contrôle par des sociétés commerciales à but très lucratif.

Certains médecins entretiennent d’ailleurs ce sentiment antivax, y compris un infectiologue français qui accuse l’aluminium (employé comme adjuvant dans des millions de vaccins depuis 1926) de créer une maladie musculaire et le syndrome de fatigue chronique que ses collègues n’auraient pas su reconnaître pendant près d’un siècle… À moins qu’ils nous les aient cachés. Impossible évidemment.

Une Afrique moins méfiante

Ces antivax ne prennent pas en compte une caractéristique essentielle de la vaccination : son action communautaire. Pour qu’une maladie disparaisse, il faut que 70 % de la population ait été vaccinée ou ait été porteuse du virus. À ce niveau de protection, on peut envisager, après des années, la disparition de la maladie. Si ce niveau n’est pas atteint, le vacciné est protégé mais le virus reste présent dans la population.

Sur le continent, on espère toujours qu’un vaccin vienne à bout d’Ebola

Heureusement, dans de nombreux pays autres que la France, la vaccination, quand elle existe, est accueillie favorablement. La méfiance est moindre en Afrique, où les anciens ont subi la fièvre jaune, la méningite ainsi que la variole, où le tétanos est toujours actif et où endémies et épidémies sévissent encore. Sur le continent, la tuberculose est toujours menaçante – d’où l’intérêt du vaccin BCG, qui aurait aussi une action non spécifique favorable aux défenses immunitaires – et on espère qu’un vaccin vienne à bout d’Ebola (dont le taux de mortalité est beaucoup plus élevé que celui du Sras-Cov-2). Plus qu’ailleurs, on sait que les vaccinations ont été un des bienfaits majeurs pour les populations du XXe siècle, qui a comporté plus de guerres et de conflits que d’évènements heureux.

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