Économie

Assurances : cinq tendances à suivre en Afrique selon McKinsey

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Mis à jour le 22 décembre 2020 à 15:43

Siège des assurances AXA au Gabon. © Tiphaine Saint-Criq pour JA

En pleine mutation, le secteur des assurances sur le continent voit se dégager plusieurs tendances prometteuses dans un monde post-pandémie.

Le secteur des assurances en Afrique est évalué à environ 68 milliards de dollars en termes de primes (GWP), et est réparti de manière inéquitable sur le continent, évalue le dernier rapport du cabinet de conseil McKinsey sur l’assurance en Afrique.

Les marchés sont très disparates en termes de taille, de composition, de croissance et de degré de la consolidation, avec 91 % des primes concentrées dans dix pays seulement. L’Afrique du Sud en est le principal marché et concentre 70 % du total des primes.

Face à l’immense potentiel de développement du marché africain des assurances, et alors que la plupart des pays africains ont connu un taux de croissance annuel moyen à deux chiffres, les analystes de McKinsey se sont penchés sur les tendances à suivre et comment les compagnies d’assurances peuvent espérer s’y inscrire.

  • Des économies structurellement réformées pour se développer

Sur un continent où le taux de pénétration des assurances est globalement très faible, force est de constater que la croissance du secteur est portée par la croissance économique et/ou la mise en place de réformes structurelles dans le pays.

Le taux de pénétration des assurances dans les différentes régions du continent.

Le taux de pénétration des assurances dans les différentes régions du continent. © Rapport McKinsey « The African insurance market is set for take-off »

« La libéralisation et la déréglementation du marché, la mise en place de l’assurance obligatoire, un accès facilité grâce à une distribution plus large, des partenariats public-privé, et de une réglementation visant à soutenir l’innovation ont démontré qu’elles renforcent la confiance des consommateurs et permis de développer des secteurs d’assurance plus résilients », souligne le rapport de McKinsey.

Les assureurs disposent d’une marge de manœuvre importante pour collaborer avec les régulateurs

Les analystes mettent en avant l’exemple du Nigeria, et de la mise en place d’une réforme des retraites en 2014 laquelle a profité tant aux consommateurs qu’aux acteurs des assurances. Une croissance de 70 % des ventes de produits de retraite dans ce pays, entre 2012 et 2017, lui est directement attribuée.

À ce titre, le cabinet de conseil recommande aux assureurs de « collaborer avec les gouvernements et les régulateurs pour contribuer à façonner leurs programmes de réformes. »  Il précise : « les assureurs disposent d’une marge de manœuvre importante pour collaborer avec les régulateurs sur des questions telles que les exigences en matière de sécurité, de solvabilité et de conformité, ainsi que tout ce qui a trait aux avantages fiscaux de l’épargne-vie et les produits de retraite. »

  • La digitalisation des assurances, moteur de croissance

La digitalisation des services est bel et bien en cours en Afrique. En particulier dans le domaine des assurances, où un nombre croissant d’assureurs ont emprunté la voie. « Il existe encore un grand potentiel d’accélération du processus sur de nombreux marchés », souligne le rapport.

Et sur ce créneau, le continent est particulièrement dynamique avec l’arrivée d’ »insurtech » sur le marché (sociétés technologiques d’assurance). Si les analystes de McKinsey mettent en avant le sud-africain Naked Insurance, qui propose une solution 100 % numérique d’assurance automobile et habitation, d’autres acteurs se sont imposés ailleurs sur le continent. C’est le cas notamment de Baloon, disponible en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale (Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Gabon, Niger), qui s’est associé au géant français des assurances Axa pour distribuer son offre digitale.

Le cabinet de conseil recommande sur ce point d’accroître les investissements dans la digitalisation des services pour booster le secteur. Ce d’autant que la pandémie de Covid-19 a contribué à l’accroissement de la demande pour le digital et les accès à distance.

« Nous nous attendons à ce que cela continue au-delà de la crise. Il est probable que l’utilisation des services bancaires en ligne et le mobile banking dans plusieurs pays africains afficheront une augmentation nette de 20 % à 40 % après la crise et que l’utilisation des paiements mobiles augmentera considérablement, surtout dans les régions où l’utilisation des téléphones portables est actuellement en-dessous de la moyenne », estiment les auteurs du rapport.

Rapport McKinsey_assurances en Afrique 2

Rapport McKinsey_assurances en Afrique 2 © Rapport McKinsey « The African insurance market is set for take-off »

  • Multiplication des partenariats assureurs et tech

Dans la suite logique de la digitalisation, les analystes de McKinsey s’attachent à l’accélération des partenariats entre assureurs traditionnels et le monde de la tech. « La concurrence entre les acteurs a déjà conduit à des innovations et à de la disruption sur le marché », constatent les analystes. « Si les partenariats innovants entre les assureurs et les plateformes en ligne se multiplient, nous nous attendons à ce que cette tendance s’accélère. »

Plus loin, dans certains cas, les pays africains pourraient même dépasser les marchés plus développés et matures, croient savoir les auteurs.

Le cas de MicroEnsure, basé dans plusieurs pays en Afrique, et qui fonctionne selon un modèle de partenariat, s’inscrit totalement dans la tendance. MicroEnsure collabore avec près de 70 compagnies d’assurance, une dizaine de partenaires télécoms, et environ 90 prestataires de services financiers et institutions de microfinance pour proposer des offres d’assurance accessibles aux clients à faibles revenus. Environ 85 % de leurs clients n’ont jamais eu de produit d’assurance auparavant.

  • Consolidation et naissance de leaders panafricains

Autre évolution en cours : plusieurs gouvernements renforcent les exigences réglementaires et de fonds propres vis-à-vis des compagnies d’assurance, pour assurer leur solvabilité et leur pérennité.

C’est ainsi que dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, de la zone Cima (Conférence interafricaine des marchés d’assurances), le régulateur impose désormais aux compagnies de maintenir un capital minimum de 3 milliards de F CFA (5,5 millions de dollars) pour les sociétés mutuelles d’assurance (contre 800 millions) et 5 milliards de francs CFA (9,1 millions de dollars) pour les sociétés anonymes d’assurance (au lieu de 1 milliard).

Selon McKinsey, la manœuvre « devrait contribuer à créer des entreprises plus fortes et plus grandes ainsi que de stimuler la création d’emplois et renforcer les capacités de l’industrie. »

Pour répondre à ces nouvelles exigences en matière de capital, on s’attend à une consolidation des petits acteurs, notamment sur les marchés de l’assurance non-vie qui restent très locaux et fragmentés, précise le rapport. Mais, de telles règles peuvent aussi conduire à des mouvements de sortie de pays dans lesquels un tel investissement ne serait plus aussi rentable, ou encore à la réorientation des investissements à venir dans d’autres zones géographiques aux normes moins contraignantes.

  • Perspectives de croissance à long terme et « panafricanisation »

Dernier point saillant du rapport : au cours des six dernières années, les assureurs établis ont eu tendance à se diversifier sur le continent. Et cette expansion devrait se poursuivre avec de nouveaux investissements en Afrique.

« Les acteurs locaux pourront éventuellement bénéficier d’une plus grande intégration grâce à l’expansion, mais pour des acteurs internationaux tels que Sanlam, Allianz, Old Mutual et Axa, l’objectif premier est de capter la croissance à long terme », expliquent les auteurs du rapport.

Et de citer l’exemple du sud-africain Sanlam qui, grâce au rachat du marocain Saham Finance, est désormais présent dans plus de la moitié des pays africains et s’est hissé dans le top 5 à travers six marchés en dehors de l’Afrique du Sud. Ou encore d’Allianz, et de ses acquisitions au Maroc, au Nigeria et, plus récemment, au Kenya. Axa est, quant à elle, présent dans neuf pays africains, tandis que Old Mutual est présent sur 13 marchés africains.