Politique

En Afrique, un sentiment anti-français bien ancré

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Mis à jour le 18 décembre 2020 à 16:38

Une manifestation contre la présence française au Mali, le 22 septembre 2020.

Un sondage réalisé par un institut sud-africain confirme la perte d’influence de la France auprès des jeunes du continent, en particulier francophones.

La France, ce sont les pays africains non francophones qui l’apprécient le plus. C’est l’une des nombreuses conclusions de l’enquête menée par l’Ichikowitz Family Foundation (IFF) auprès de la jeunesse africaine pour 2020.

Publiée le 16 décembre, cette étude de 72 pages, intitulée « African Youth Survey 2020, the rise of Afro-optimism », première du nom et censée être réactualisée chaque année, compile les réponses de 4 200 jeunes du continent, âgés de 18 à 24 ans et originaires de 14 pays d’Afrique subsaharienne*. Ils ont été interrogés sur des sujets aussi variés que l’identité africaine, les valeurs démocratiques, le développement de l’entrepreneuriat, l’urgence environnementale ou l’impact des relations extérieures sur le continent, hier, aujourd’hui et demain.

La mauvaise réputation française

Force est de constater qu’en ce domaine, les « milléniaux » africains ne portent pas la France dans leur cœur. Selon les enquêteurs accrédités par Ivor Ichikowitz, le richissime homme d’affaires sud-africain, si la France n’a rien perdu de son influence, elle est perçue de manière bien plus négative que les autres pays partenaires du continent. Pendant que les États-Unis font la course en tête avec 83 % d’avis positif, devant le Royaume-Uni (82 %) et la Chine (79 %), la France ferme la marche avec 57 %, loin derrière la Russie (68 %) et l’Arabie saoudite (70 %).

71% des Gabonais ont une mauvaise opinion de la France.

Pire, la réputation française est particulièrement mauvaise dans les pays qui ont fait partie de son pré carré : 71% des Gabonais, 68 % des Sénégalais, 60 % des Maliens et 58 % des Togolais ont une mauvaise opinion de la France, qui fait bien meilleure figure auprès des Ghanéens (97 % d’avis favorable), des Éthiopiens (93 %) et des Nigérians (87 %).

Même en matière de leadership, la France est à la traîne. Aucun de ses ressortissants n’a été cité par les jeunes Africains interrogés, qui ont préféré plébisciter Nelson Mandela pour 55 % d’entre eux, loin devant Barack Obama (12 %) et Bill Gates (6 %). Toujours pas de Français parmi les personnes les plus influentes pour les cinq années à venir, puisque c’est Donald Trump qui mène la danse avec 22 %, devant Bill Gates (13 %) et Mark Zuckerberg (10 %). Le président chinois, Xi Jinping, recueille 9 %, juste devant le premier Africain, le Kenyan Uhuru Kenyatta, avec 5 %.

Néo-colonialisme

La jeunesse africaine n’est cependant pas dupe. Les deux tiers des personnes interrogées estiment que l’héritage colonial affecte toujours leur quotidien de manière négative, n’hésitant pas à taxer de « néo-colonialisme » les investissements réalisés aujourd’hui sur le continent par les différentes puissances étrangères. Si bien que les espoirs des jeunes semblent se porter davantage vers les organisations régionales. L’Union africaine récolte 86 % d’opinion favorable, l’Union européenne, 73 %.

Mais là encore, l’optimisme des jeunes Africains concernant l’évolution de leurs pays et du continent est bien plus fort chez les anglophones que les francophones. Quand 54 % des Ghanéens et 47 % des Sud-Africains veulent croire en un avenir radieux, ils ne sont plus que 18 % au Togo et 19 % au Gabon ou au Congo-Brazzaville. Pour la France, redorer son blason en Afrique n’est pas mission impossible. Mais elle s’annonce longue et difficile.

*Congo-Brazzaville, Éthiopie, Gabon, Ghana, Kenya, Malawi, Mali, Nigeria, Rwanda, Sénégal, Afrique du Sud, Togo, Zambie, Zimbabwe.