Politique

Libye : Nickolay Mladenov nommé émissaire de l’ONU au terme d’un long bras de fer

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Mis à jour le 17 décembre 2020 à 11h25
Nickolay Mladenov, alors coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient (UNSCO), au Conseil de sécurité, en novembre 2019

Nickolay Mladenov, alors coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient (UNSCO), au Conseil de sécurité, en novembre 2019 © Headline Security Council Considers Situation in Middle East, Including Palestinian Question Caption Description Nickolay Mladenov, Special Coordinator for the Middle East Peace Process and Personal Representative of the Secretary-General, briefs the Security Council on the situation in the Middle East, including the Palestinian question. Unique Identifier UN7824144 Production Date November 20, 2019 11:06:37 AM Country United States of America City New York © UN Photo/Loey Felipe

Le Bulgare Nickolay Mladenov est nommé envoyé spécial de l’ONU pour la Libye dix mois après la démission de Ghassan Salamé, au terme d’intenses tractations entre États-Unis, Russie et pays africains au sein du Conseil de sécurité.

L’attente est terminée : c’est finalement le Bulgare Nickolay Mladenov qui a été nommé envoyé spécial des Nations unies pour la Libye, dix mois après la démission du Libanais Ghassan Salamé en mars pour « raisons de santé ».

L’intérim était depuis assuré par l’Américaine Stephanie Williams, preuve, selon Jalel Harchaoui, spécialiste de la question libyenne à l’institut néerlandais Clingendael, que « Washington n’a pas de politique libyenne ces dernières années, mais prétend garder une position d’influence ». Bien qu’appréciée et arabophone, celle-ci n’a pas su exploiter cette fenêtre d’opportunités. Si elle a enregistré des progrès notables dans les négociations – à Genève depuis février, à Bouznika au Maroc puis à Hurghada en Égypte depuis septembre – elle incarne l’échec du forum inter-libyen de Tunis, fin novembre, qui s’est achevé sans accord autour de la composition d’un exécutif libyen de transition.

Mission impossible ?

Ainsi, la Libye est toujours dans l’impasse, et c’est donc Mladenov qui va s’atteler à une mission que beaucoup jugent « impossible ». Pour l’expert de l’institut Clingendael, la tâche de Nickolay Mladenov s’avèrera très compliquée, « beaucoup plus que celle de Salamé en 2017 », quand la situation était « encore maitrisée » et que la Turquie, les Émirats arabes unis et la Russie n’étaient pas si incontournables sur le terrain.

Cette nomination a donné lieu à une scission entre Américains et pays africains

Mais cet homme de 48 ans, originaire de Sofia et ancien membre d’un parti bulgare pro-européen de centre-droit, ex-ministre des Affaires étrangères et de la Défense, n’est pas un novice de la diplomatie. « Il sait parler à toutes les parties » assure l’un de ses proches. Une qualité qui lui a été à n’en pas douter utile lorsqu’il était représentant spécial de l’ONU pour l’Irak et représentant du secrétaire général auprès de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et surtout coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient (UNSCO).

Tensions au Conseil de sécurité

Avec sa nomination, ce sont près de dix mois d’atermoiements de la communauté internationale qui prennent fin. La question du choix de l’envoyé spécial des Nations unies en Libye a en effet donné lieu à une nouvelle scission au sein du Conseil de sécurité, avec d’un côté les Américains, de l’autre les pays africains membres non-permanents, « soutenus de façon démagogique par la Russie, qui a affiché sa volonté de parvenir à une nomination africaine », rappelle Jalel Harchaoui. L’Union africaine et les voisins de la Libye estiment qu’ils sont marginalisés dans le dossier libyen.

Après le départ de Salamé, le nom de Nickolay Mladenov avait été proposé par les États-Unis alors que les membres africains soutenaient eux la candidature de Ramtane Lamamra. Le nom de l’ancien ministre algérien des Affaires étrangères avait été avancé par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, lui-même le 7 mars, et le principal intéressé avait même donné son « accord de principe ». Mais les États-Unis avaient bloqué sa nomination du fait « d’un puissant lobbying de la part du Maroc, des Émirats arabes unis et de l’Égypte », souligne Jalel Harchaoui.

Guterres a ensuite proposé une nouvelle candidature africaine, celle de l’ancienne ministre ghanéenne du Commerce Hanna Serwaa Tetteh. Mais les Américains s’y sont de nouveau opposés.

Tractations et concessions

La nomination du Bulgare est d’ailleurs le résultat d’intenses négociations… et de quelques concessions. Au sein du Conseil de sécurité, la Russie aurait fait pression pour qu’aucun poste onusien ne reste vacant dans le monde arabe, de crainte que Donald Trump n’accorde de nouvelles faveurs à Israël en nommant des proches de Tel-Aviv avant son départ de la Maison-Blanche.

Le Zimbabwéen Raisedon Zenenga a été nommé chef de la mission MANUL à Tripoli

L’idée de nommer un commissaire conjoint UA-ONU a par ailleurs été rejetée par les Américains, qui ont proposé une scission du poste, avec un émissaire principal et un chef de la mission établie sur place (MANUL). C’est en échange de la promesse de nommer un diplomate africain pour ce rôle secondaire que les pays du continent ont décidé de ne plus s’opposer à la nomination du Bulgare. C’est ainsi le diplomate zimbabwéen Raisedon Zenenga qui a été nommé, le 16 décembre, chef de la mission MANUL à Tripoli.

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