Conseil

McKinsey sort le chéquier pour solder son passif en Afrique du Sud

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Vue de Cape Town, une des principales métropoles économiques de l’Afrique du Sud.

Vue de Cape Town, une des principales métropoles économiques de l'Afrique du Sud. © Barend Lotter/Pixabay/Licence Pixabay

Le géant mondial du conseil, qui avait déjà remboursé plusieurs dizaines de millions de dollars, doit à nouveau s’acquitter d’une ardoise de plus de 40 millions pour tourner la page des contrats controversés obtenus dans le pays.

McKinsey remboursera des dizaines de millions de dollars d’honoraires à l’Afrique du Sud après qu’une enquête judiciaire sur des allégations de corruption systémique dans le pays a mis au jour des preuves d’irrégularités dans les contrats que la société de conseil avait passés avec un partenaire local.

Des excuses présentées

La société s’est engagée à rembourser tout l’argent qu’elle a encaissé sur les contrats, un montant qui « devrait se situer autour de 650 millions de rands (43 millions de dollars) », selon l’enquête judiciaire, qui a présenté ses conclusions le 15 décembre, un jour avant l’audition des partenaires associés de McKinsey.

McKinsey a déjà remboursé 1 milliard de rands à l’Afrique du Sud, en 2018, suite à des missions menées pour le compte de l’entreprise publique d’électricité Eskom, aux côtés d’une société liée aux frères Guptas, une famille accusée par de nombreux témoins de l’enquête d’avoir utilisé son influence auprès de l’ancien président Jacob Zuma pour obtenir d’importants contrats publics.

Le cabinet de conseil a présenté ses excuses pour l’affaire Eskom, qui lui a coûté des clients importants en Afrique, alors même que sa propre enquête n’a trouvé aucune preuve de corruption de la part de ses partenaires.

Comparution de trois associés

Ces dernières semaines, l’enquête de la justice sud-africaine sur les allégations impliquant les Guptas a présenté à McKinsey des preuves mettant en cause d’autres contrats qu’il avait conclus entre 2012 et 2016 avec Regiments, une autre société liée à la famille d’origine indienne, ainsi qu’avec le groupe de transport public Transnet et South African Airways (SAA).

« Ces preuves suggéraient des irrégularités dans les contrats de McKinsey aux côtés de Regiments chez Transnet et SAA mais n’impliquaient aucun employé ou partenaire actuel de McKinsey dans une quelconque corruption ou irrégularité en relation avec ces contrats », selon les conclusions de l’enquête rapportées le 15 décembre.

La justice a cependant « suggéré à McKinsey de rembourser les honoraires gagnés sur les contrats avec Transnet et SAA en tant qu’acte de citoyenneté d’entreprise responsable ». McKinsey a rompu ses liens avec Regiments au début de 2016, alors que les allégations sur les liens politiques du groupe se multipliaient.

Trois associés principaux de McKinsey doivent comparaître devant les enquêteurs de la justice sud-africaine, dont Jean-Christophe Mieszala, le directeur des risques du cabinet au niveau mondial.

« Faire ce qui est juste »

Dans une déclaration, McKinsey a déclaré que « conformément à notre détermination à faire ce qui est juste et à être guidés par les engagements antérieurs de notre firme envers Eskom, nous rendrons des honoraires pour des projets qui – même indirectement – pourraient avoir été liés à la « capture d’État » [nom donné au processus d’accaparement des contrats et revenus publics durant les années Zuma, ndlr]. Ce n’est pas une chose que notre entreprise est prête à accepter ».

Dirigées par Raymond Zondo, le président adjoint de la Cour suprême d’Afrique du Sud, les audiences quasi quotidiennes de l’enquête ont été le symbole le plus visible du nettoyage promis par Cyril Ramaphosa, qui a remplacé Jacob Zuma à la présidence en 2018. Les Guptas, qui ont fui l’Afrique du Sud lorsque Cyril Ramaphosa a pris la présidence et la direction du Congrès national africain, au pouvoir, ont nié avoir commis des méfaits.

Plusieurs grandes entreprises mondiales, outre McKinsey, sont liées au scandale de la « capture de l’État » sud-africain. KPMG, autre géant de l’audit, s’est excusé d’avoir travaillé avec une société liée aux Guptas. Et Bain a déclaré en 2018 que travailler pour l’autorité fiscale sud-africaine, qui a été aussi affectée par le scandale, « ne correspondait pas à nos principes de fonctionnement ».

Autres multinationales impliquées

Bell Pottinger, la société britannique de relations publiques, s’est effondrée en 2017 après que sont apparues des preuves qu’elle cherchait à défendre les Guptas en attisant les tensions raciales dans le pays.

« Les travaux de la commission fourmillent d’exemples qui devraient inciter d’autres entreprises multinationales et nationales à suivre l’exemple de McKinsey », ont indiqué les enquêteurs sud-africains. Ces derniers se sont engagés à « surveillera de près quelles entreprises [suivent cet exemple] et quelles sont celles choisissent de ne pas se comporter en entreprises citoyennes responsables ».

(Traduit de l’original et reproduit avec l’autorisation expresse de The Financial Times – Tous droits réservés)

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