Sécurité

[Chronique] Les pétards proscrits des réveillons burkinabè

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Mis à jour le 17 décembre 2020 à 10h00

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Les pétards seront interdits pour la Saint-Sylvestre au Burkina.

Les pétards seront interdits pour la Saint-Sylvestre au Burkina. © Damien Glez

Cette année, les Burkinabè ne pourront pas réveillonner bruyamment, le gouvernement ayant annoncé l’interdiction des « jouets explosifs ».

Pauvre réveillonneur « intègre » ! Après une campagne électorale fade et avant la traditionnelle « janviose » – dèche de janvier -, le noceur du Faso se voit privé de menus plaisirs de nature à pimenter les fêtes de fin d’année. Dans un communiqué signé le 14 décembre, le ministre burkinabè du Commerce, Harouna Kaboré, rappelle « l’interdiction formelle sur toute l’étendue du territoire, de la production, de l’importation, la vente et la détention des pétards appelés jouets explosifs ».

Éviter la psychose

Et le membre du gouvernement de brandir des sanctions « conformément aux textes en vigueur » en matière de produits dit « de divertissement » relevant de la « position tarifaire 3604 », « aucune dérogation » ne pouvant être opposable aux termes du communiqué.

Si cette menace, récurrente depuis plusieurs années, a tout d’un pétard mouillé – des détonations rebelles seront entendues à la Saint-Sylvestre –, la mesure n’est pas aussi anodine qu’elle pourrait le paraître, dans un pays engoncé dans des problèmes plus dramatiques que la pollution sonore.

Primo, le rabat-joie ministériel n’ignore ni le non-respect des règles de sécurité associées aux produits d’homologations approximatives, ni les dangers de jouets explosifs parfois utilisés par des enfants de six ou sept ans, alors qu’ils sont interdits aux moins de 12 ans. Il n’y a pas qu’en Afrique que des doigts sont mutilés par des pétards ou que des paillotes prennent feu pour avoir réceptionné un explosif festif à la trajectoire imprudente…

De plus, s’il en va d’abord de la santé physiologique des Burkinabè, on pourrait se hasarder à évoquer la psychose de populations pour qui « déflagration » est synonyme, depuis six ans, de putschs ou d’attaques terroristes…

Père Noël « immunisé »

Faire le deuil des pièces d’artifice ne suffira pas à garantir des réveillons « enjaillés ». La pandémie de 2020 ne gâchera pas l’ambiance du seul Burkina Faso. Déjà, à Lomé, les organisateurs du traditionnel spectacle son et lumière du site de la Colombe de la Paix s’interrogent sur la jauge qui sera autorisée à la Saint-Sylvestre.

Le Rwanda, lui, vient de décréter que les célébrations de Noël et du Nouvel An seront cloitrées avant 20 heures. Quant aux Sud-Africains, particulièrement touchés par le Covid-19, ils viennent d’apprendre, ce lundi, de nouvelles restrictions comme un couvre-feu plus strict –23 heures– et des fermetures ponctuelles de plages.

Les enfants, premiers concernés par la Nativité pétaradante, se demandent si l’essentiel sera sauf : les cadeaux sous le filao de Noël. Qualifiée de pisse-froid, ces derniers mois, l’Organisation mondiale de la santé vient de confirmer, ce même lundi, que le Père Noël « sera en mesure d’entrer et de sortir de l’espace aérien » à sa guise et « de distribuer ses cadeaux ».

Chargée de superviser la gestion de la pandémie à l’OMS, la scientifique Maria van Kerkhove affirme avoir eu un bref entretien avec le distributeur de cadeaux pour enfants sages. Ce dernier serait même « immunisé contre ce virus », ce qui constitue un miracle pour un homme de grand âge…

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