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Nadine Tinen (PwC) : « Avec la crise, la demande pour le conseil est en forte croissance »

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Mis à jour le 16 décembre 2020 à 15h30
Nadine Tinen a été nommée en 2018 à la tête de PWC Afrique subsharienne francophone, une zone qui couvre dix-sept pays.

Nadine Tinen a été nommée en 2018 à la tête de PWC Afrique subsharienne francophone, une zone qui couvre dix-sept pays. © PwC

Pour l’associée-responsable de PwC Afrique subsaharienne, la pandémie de Covid-19 accroît l’urgence de transformer le continent et s’accompagne d’un important besoin de conseil.

Nadine Tinen a gravi tous les échelons chez PwC pour se hisser à la direction générale du géant mondial du conseil pour l’Afrique francophone subsaharienne.
La Camerounaise de 47 ans dirige près de 800 collaborateurs répartis dans douze pays (Bénin, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, Guinée équatoriale, Madagascar, Mauritanie, RDC, Sénégal et Tchad) et sa zone de compétence en couvre 17.
Fiscaliste réputée, elle analyse l’impact de la crise sanitaire sur les économies du continent et offre un éclairage sur l’état du marché du conseil par ces temps incertains.

Jeune Afrique : Quelles craintes expriment vos clients face à la pandémie de Covid-19 ?

Nadine Tinen : Au cours de notre conférence annuelle (de PwC Afrique francophone, du 7 au 11 septembre 2020, ndlr) nos clients nous ont fait part d’un impact à large spectre, parce que les cibles sont multiples : individus, communautés, secteur privé, États. Les dimensions le sont également : sociale, humaine, emploi, politique, sécurité, finances publiques, consommation, géopolitique, réputation, finances, productivité. Les secteurs sont également connus : transports, chaînes d’approvisionnement, tourisme… À cet impact global se greffent des conséquences économiques et humaines.

Les pronostics sont malheureusement assez réalistes sur le plan économique. Le PIB africain pourrait chuter de 3,2 % à 1,8 % en 2020. Nous observions déjà un ralentissement dans les pays que nous couvrons et qui sont dépendants des matières premières, principalement du pétrole. À cela se sont ajoutées des pertes de productivité et de recettes publiques, à cause de l’endettement et du besoin de financement important. L’impact humain est aussi considérable au regard des indicateurs de développement.

On parle d’une perte de 50 millions d’emplois pour le continent

La Banque mondiale estime que le continent va perdre 10 points par rapport à l’indice du bien-être. On parle d’une perte de 50 millions d’emplois pour un continent qui doit trouver 30 millions d’emplois chaque année.

Sur le plan humain également, une partie des populations vit grâce aux transferts de la diaspora, sans compter les crises alimentaires. Nous considérons ces sujets d’abord comme des challenges qui viennent accélérer l’urgence de transformer le continent et de catalyser son développement.

Comment faire ?

La volonté et l’action sont primordiales en ce qu’elles permettent de structurer et de canaliser les pistes à explorer. En outre, il est capital pour tout le monde de prendre conscience des différents défis globaux. Les pistes sont déjà connues et le défi devient urgent avec le Covid.

En 2017, PwC avait déjà identifié les différents défis globaux urgents et interdépendants, et avait baptisé ce cadre « ADAPT » (Asymétrie, disruption, âge, polarisation et confiance). Ce sont des points sur lesquels il faudrait reconfigurer la manière dont la société est pensée. Chaque acteur doit jouer sa partition.

Si cette crise sanitaire n’est pas gérée de manière efficace, avec des réponses adaptées, le prochain choc imprévisible sera plus catastrophique. À PwC, nous pensons qu’une réponse est possible à travers tous les segments de la société (État, secteur privé, société civile, individus). Cela passe par quatre étapes : réparer, repenser, reconfigurer et rendre compte.

L’impératif à court terme est de réparer ce qui a été cassé en termes de dommages humains et économiques. Les gouvernements font face à une augmentation de leur dette interne et extérieure, une réduction de l’assiette fiscale et un accroissement des dépenses à court terme dans la santé, l’éducation et les infrastructures.

Un accent particulier doit être mis sur la transparence et la redevabilité

S’ils veulent rester sur une dynamique de croissance, les pays devront gérer ces problématiques nationales, consolider les recettes et trouver des moyens pour accélérer la croissance des entreprises, tout en développant de nouvelles compétences. Un accent particulier doit être mis sur la transparence et la redevabilité. Cette crise a mis en avant la nécessité de rendre l’information disponible.

L’urgence pour les entreprises est de savoir comment elles retrouvent de la valeur par rapport à leurs faibles bilans du fait de la détérioration de la valeur et une baisse des revenus en dehors des télécoms. Pour ce faire, un diagnostic des principaux points doit être effectué afin de savoir si toutes les réponses sont disponibles.

Par ailleurs, une revue de l’analyse de risques s’impose. Au niveau de Pwc, nous avons mis, dès avril, un outil à la disposition de nos clients permettant d’évaluer les insuffisances et proposer des solutions.

Comment appréhendez-vous les récents problèmes liés à la crise politique au Mali et aux turbulences électorales en Côte d’Ivoire et en Guinée ?

Cela fait des décennies que nous sommes installés dans ces pays, où nous avons toujours fait face à des défis de sécurité et d’alternance, notamment lors des élections. Nous nous sommes organisés pour assurer la sécurité de nos équipes et la continuité du service auprès de nos clients. Le Covid-19 n’est qu’un élément supplémentaire, qui vient exacerber les défis auxquels nous sommes confrontés. Ces événements viennent conforter notre approche sur la nécessité d’une transformation passant par les quatre aspects relevés plus haut.

Faut-il redouter un plan social chez Pwc ?

Nous ne l’envisageons pas chez PwC en Afrique francophone subsaharienne, pour la simple raison que nous anticipons continuellement sur les différents défis de notre métier et de nos territoires. Nous sommes engagés depuis près de trois années dans un plan de transformation et étions prêts à affronter cette crise. Nous avons donc construit notre résilience.

Quel est l’état du conseil et de l’audit en Afrique francophone ?

La demande de conseil en Afrique en général, et dans notre zone en particulier, est en forte croissance aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé. Avec les challenges qui ont été exacerbés, l’appétence pour le conseil s’est accrue, car les différents acteurs le recherchent pour l’identification des besoins et l’accompagnement.

Que faudrait-il faire de mieux par rapport à ce qui a été fait ?

Les entreprises n’étaient pas préparées au confinement. Il a fallu trouver des solutions, le télétravail pour les services ou plus de technologie pour l’industrie. Il faut désormais réfléchir à l’organisation de la continuité de l’activité, tout en s’assurant de la disponibilité des outils et des ressources humaines dans un environnement aussi contraint. Les États doivent s’atteler à prévenir davantage, au-delà des tests et des mesures barrières. Par exemple, en mettant en place des dispositifs de traçage. Des acteurs locaux ont proposé des outils numériques à des gouvernements dans ce sens.

 

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