Politique

Prestation de serment d’Alpha Condé : le président guinéen appelle à « un sursaut national »

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 17 décembre 2020 à 13h08
Lors de la cérémonie de prestation de serment d’Alpha Condé, le 15 décembre 2020.

Lors de la cérémonie de prestation de serment d'Alpha Condé, le 15 décembre 2020. © DR / Présidence guinéenne

Alpha Condé a prêté serment lundi devant la Cour constitutionnelle pour un troisième mandat à la tête de la Guinée. Affirmant être ouvert au dialogue, il a cependant appelé l’opposition à « bannir de ses propos et de ses actes la violence ».

Vêtu d’un boubou blanc immaculé, c’est devant une salle comble qu’Alpha Condé a prêté serment. Face aux juges de la Cour constitutionnelle, le président guinéen, qui entamera officiellement son troisième mandat le 21 décembre prochain, a déclamé la formule consacrée.

« Moi, Alpha Condé, président de la République élu conformément à la Constitution, je jure devant le peuple de Guinée et sur mon honneur, de respecter scrupuleusement les dispositions de la Constitution, les lois et les décisions de justice, de défendre les institutions constitutionnelles, l’intégrité du territoire et l’indépendance nationale ». « En cas de parjure, que je subisse les rigueurs de la loi », a ajouté le président de la Guinée, 82 ans, main droite levée.

Présidents, Premiers ministres… et opposants

Un serment prononcé dans un Palais Mohammed V de Conakry placé sous haute sécurité et devant plusieurs présidents africains qui avaient fait le déplacement pour l’occasion. Étaient présents le Bukinabè Roch Marc Christian Kaboré, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Malien Bah N’Daw, le Sierra-Léonais Julius Maada Bio, le Libérien George Weah, l’Éthiopienne Sahle-Work Zewde, le Comorien Azali Assoumani, le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, le Ghanéen Nana Akufo-Addo, le Mauritanien Mohamed Ould Ghazouani et le Tchadien Idriss Déby Itno.

Plusieurs Premiers ministres étaient également présents, celui de Djibouti, Abdoulkader Kamil Mohamed, la Première ministre gabonaise Rose Christiane Ossouka Raponda, l’Équato-Guinéen Francisco Pascual Obama Asue et l’Ougandais Ruhakana Rugunda.

Le président français Emmanuel Macron a pour sa part été représenté par Jean-Baptiste Lemoyne, son secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Parmi les invités présents, également, Hama Amadou. Cette apparition de l’opposant nigérien, dont la candidature à la présidentielle prévue le 27 décembre a été écartée, est un signe supplémentaire des relations exécrables qu’entretiennent Alpha Condé et son homologue nigérien Mahamadou Issoufou depuis plusieurs mois.

Autre opposant à avoir assisté à cette prestation de serment : le Burkinabè Zéphirin Diabré, arrivé en troisième position lors de la présidentielle remportée dès le premier tour par Roch Marc Christian Kaboré. Alpha Condé a en effet joué un rôle de médiation entre l’opposant et le président réélu, Diabré ayant initialement indiqué sa volonté de remettre en cause les résultats de l’élection présidentielle, avant de finalement reconnaître sa défaite.

Sur les gradins du Palais Mohammed V, également, le très virulent opposant sud-africain Julius Malema, figure emblématique de la gauche radicale africaine à la tête des Combattants pour la liberté économique, et proche d’Alpha Condé depuis plusieurs années.

Autre invité de marque, l’ancien ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, ami personnel de longue date du président guinéen.

« Gouverner autrement »

Le vice-président de la Cour, Ahmed Therna Sanoh, avait auparavant insisté sur le fait que « dans un régime présidentiel comme le nôtre, le président est la clé de voûte de l’État » et qu’à ce titre il est « condamné à être juste et égal pour tous, pour ceux qui lui ont apporté leurs suffrages ou non et pour  ceux qui se sont abstenus ».

Mohamed Lamine Bangoura, président de la Cour constitutionnelle, a pour sa part « pris acte » de la prestation de serment. Estimant que le scrutin du 18 octobre s’était déroulé « dans le calme et la sérénité », il a tenu à saluer le taux de participation, jugeant que « le peuple de Guinée a administré une leçon de civisme, de maturité politique et de démocratie dont beaucoup gagneraient à s’inspirer ».

À Alpha Condé, il a cependant adressé plusieurs messages. « Vous incarnerez l’État de droit, que vous êtes tenu de respecter et de faire respecter », a notamment déclaré Mohamed Lamine Bangoura. « L’engagement que vous avez pris de gouverner autrement, ce n’est ni un slogan, ni une vue de l’esprit, a insisté le président de la Cour constitutionnelle. Gouverner autrement, c’est notamment dire : aucune tolérance à la corruption, aucune tolérance au copinage, aucune tolérance à l’ethnocentrisme et au clientélisme. »

Appel à un « véritable sursaut national »

« La Guinée a besoin d’un véritable sursaut national afin de consolider notre commun désir de vivre ensemble », a répondu Alpha Condé dans le discours qu’il a délivré après avoir prêté serment. « Les fondements de notre démocratie ont souvent été ébranlés par les luttes politiciennes et les tensions sociales », a-t-il constaté. « Je suis le président de tous les Guinéens au service de tous les Guinéens. Dans la réalisation de notre idéal commun, aucune partie du pays ne sera exclue, chaque Guinéen aura sa place », a-t-il cependant promis.

Les mois qui ont précédé le scrutin présidentiel ont en effet été marqués par de nombreuses violences dans le pays. Les manifestations des opposants à une réforme constitutionnelle ouvrant la voie à une candidature d’Alpha Condé à un troisième mandat ont été sévèrement réprimées. Et au lendemain du scrutin présidentiel, des violences post-électorales ont éclaté dans plusieurs villes du pays. Des affrontements au cours desquelles 16 personnes ont été tuées par balles.

Affirmant son attachement « aux vertus du dialogue et de la concertation », Alpha Condé a cependant mis en garde : « Chacun doit respecter la loi et bannir de ses propos et de ses actes la violence ». Un message à Cellou Dalein Diallo, son opposant lors de la présidentielle, qui refuse de reconnaître la victoire d’Alpha Condé à cette élection.

Invité à assister à la prestation de serment, le leader de l’opposition a préféré boycotté la cérémonie, à l’instar de la majorité des autres candidats à la dernière présidentielle. Ousmane Kaba, Makalé Camara et Laye Souleymane Diallo étaient cependant présents.

Si Alassane Ouattara n’avait pas fait le déplacement, la Côte d’Ivoire était représentée par son ministre des Affaires étrangères, Ally Coulibaly, accompagné notamment de la première vice-présidente du Sénat, Sara Sako. Alpha Condé a terminé son discours par une forme de clin d’œil à son homologue ivoirien, sans toutefois prononcer son nom. Le président guinéen s’est en effet plié à un exercice auquel Ouattara s’était adonné la veille, pour son investiture à un troisième mandat à la tête de son pays : saluer personnellement certains des présidents venus assister à la cérémonie, affublant chacun d’un sobriquet personnalisé. « L’empereur » Sassou Nguesso, le « commandant en chef des troupes africaines, le Maréchal Idriss Déby Itno » ou encore le « jeune doyen des chefs d’État, le président Faure ».

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