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Abdelmadjid Tebboune : une convalescence… et des questions

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Le président algérien Abelmadjid Tebboune est apparu à la télévision publique dimanche après-midi pour la première fois depuis le 15 octobre.

Le président algérien Abelmadjid Tebboune est apparu à la télévision publique dimanche après-midi pour la première fois depuis le 15 octobre. © Capture d'écran Twitter/JA

Le président algérien se porte mieux comme l’indique une apparition sur une vidéo diffusée le 13 décembre. Mais parviendra-t-il à reprendre ses réformes là où il les a laissées ?

Une vidéo de 4 minutes et 54 secondes pour donner des nouvelles, rassurer, commenter l’actualité et fixer ses priorités politiques. La première réapparition publique du président Abdelmadjid Tebboune, dimanche 13 décembre dans une courte vidéo, a mis un terme aux rumeurs sur l’aggravation de son état de santé. Sans pour autant répondre à toutes les interrogations sur la maladie dont il souffre et ses complications, ainsi que sur ses capacités à reprendre pleinement ses fonctions au palais d’El Mouradia.

Cette courte sortie a aussi un caractère symbolique car elle intervient au lendemain du 1er anniversaire de son arrivée au pouvoir à l’issue de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019.

Tebboune tiré d’affaire ?

Assis, les mains croisées, vêtu d’une vareuse, amaigri, la voix un peu essoufflée, le chef de l’État, 75 ans, a été filmé dans un bureau situé vraisemblablement à l’ambassade d’Algérie en Allemagne.

Quarante sept jours après son évacuation en urgence, le 28 octobre dernier, de l’hôpital militaire de Aïn Naâdja d’Alger vers une clinique réputée en Allemagne (à Cologne), Abdelmadjid Tebboune semble être tiré d’affaire après sa contamination au Covid-19.

La durée de son hospitalisation laisse penser que la santé du chef de l’État a été mise à rude épreuve

Toutefois, la durée de son hospitalisation en Algérie et en Allemagne laisse penser que la santé du chef de l’État a été mise à rude épreuve, alors que les informations sur sa maladie et son hospitalisation sont entourées d’un mystère tel qu’elles relèvent du secret d’État.

En attendant son retour au palais d’El Mouradia, siège de la présidence, des rendez-vous et des priorités politiques attendent Abdelmadjid Tebboune. Le premier est la signature de la nouvelle Constitution, qui a été adoptée par référendum le 1er novembre dernier avant qu’elle ne soit promulguée au Journal Officiel — sans quoi elle ne peut entrer en vigueur. La loi exige la présence du chef de l’État sur le sol algérien lors de sa signature.

Dans la mesure où sa convalescence va se prolonger de quelques semaines, cet écueil peut être contourné. Le président de la République peut parapher le document à l’ambassade d’Algérie à Berlin qui constitue un territoire sous souveraineté algérienne.

Rendez-vous politique

L’autre rendez-vous politique non moins important est la signature de la loi de Finances 2021 qui devra intervenir au plus tard le 31 décembre à minuit, sans quoi le texte ne pourrait lui non plus entrer en vigueur.

Dans le contexte de crise financière et de pandémie de coronavirus aux conséquences économiques et sociales très dures, le pays ne peut se permettre le moindre retard. Mais là encore, l’écueil de l’absence de Tebboune sur le territoire national pour signer cette loi de Finances peut être contourné de la même façon que pour la nouvelle Constitution.

L’échéance la plus importante qui attend le patient de Berlin est la tenue des élections législatives

Mais l’échéance la plus importante qui attend le patient de Berlin pour la deuxième année de son quinquennat est la tenue des élections législatives pour renouveler l’actuelle Assemblée nationale, un autre vestige du règne d’Abdelaziz Bouteflika.

Au cours de son allocution, Abdelmadjid Tebboune a annoncé avoir chargé une équipe à la présidence d’élaborer une nouvelle loi électorale ainsi que la tenue d’élections, sans fournir toutefois un agenda précis pour ce prochain scrutin. Après avoir doté le pays d’une nouvelle loi fondamentale, l’une des priorités de sa deuxième année au palais d’El Mouradia sera donc le renouvellement des assemblées élues.

Avant/Après Covid-19

Ce cap étant fixé, il reste encore de vraies interrogations sur l’évolution de son état de santé bien que celui-ci se soit visiblement amélioré. C’est qu’incontestablement, il y aura un avant et un après Covid-19 dans le mandat présidentiel d’Abdelmadjid Tebboune.

À quel degré sa maladie et sa longue convalescence ont-elles affecté ses capacités physiques et psychologiques ? Une épreuve comme celle que vit le président laisse des traces durables, d’autant que les séquelles du coronavirus peuvent durer longtemps après la guérison.

À quel degré sa maladie et sa longue convalescence ont-elles affecté ses capacités physiques et psychologiques ?

Un an après son accession au pouvoir, l’Algérie se trouve en pleine tourmente, entre la pandémie de Covid-19, la crise économique qui en découle, la chute des revenus pétroliers, la défiance d’une partie de la population qui n’a pas cessé de contester la légitimité du président ainsi qu’un contexte régional tendu avec la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental ainsi que la normalisation des relations entre Rabat et Israël.

La situation est à ce point tendue et complexe que l’armée algérienne est montée au créneau pour évoquer l’instabilité dans la région et les menaces qui pèsent sur la sécurité du pays et de ses frontières et pour appeler les Algériens à se tenir prêts pour y faire face. Certes, le risque d’une confrontation armée avec le voisin de l’Ouest est totalement écarté.

Tensions régionales

Il n’en demeure pas moins que ces tensions avec les deux voisins marocain et libyen pèseront lourd dans l’agenda politique du chef de l’État. La seconde année de son mandat se jaugera à l’aune de tous ces facteurs internes et externes.

Une fois de retour à son bureau, quel sera le rapport de Abdelmadjid Tebboune au pouvoir, lui qui n’a jamais cultivé d’appétence particulière pour la fonction ? Aux visiteurs à qui il se confiait avant sa maladie, il répétait qu’il n’était demandeur de rien, qu’il n’était pas homme à s’accrocher au fauteuil présidentiel et qu’il fera de son mandat celui de la transition démocratique.

Tebboune va-t-il écourter son mandat et organiser une transition ordonnée ?

Dans le cas où il retrouverait pleinement ses capacités physiques, l’hypothèse qu’il écourte son mandat ou qu’il soit poussé vers la sortie par l’institution militaire s’éloigne. Mais en cas de persistance de séquelles, de rechute, d’usure, de fragilité ou de lassitude, sa volonté de faire de son mandat celui de la transition démocratique va-t-elle être révisée ? Va-t-il écourter son mandat et organiser une transition ordonnée ?

Certes, Abdelmadjid Tebboune, à l’en croire, est sur la voie de la guérison, quand bien même il est difficile de se fier à une courte vidéo et à des bulletins de santé aussi parcellaires que contradictoires.

Les prochaines semaines et surtout ses premiers pas au palais d’El Mouradia comme patient guéri du Covid-19 seront scrutés à la loupe tant ils seront décisifs aussi bien pour la suite de son quinquennat que pour l’avenir de l’Algérie.

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