Politique économique

Finance : « Wally » Adeyemo, le golden boy nigérian de l’équipe de Joe Biden

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Mis à jour le 15 décembre 2020 à 15h28
Adewale Adeyemo aura à épauler Janet Yellen, ancienne présidente de la Réserve fédérale, nommée secrétaire au Trésor

Adewale Adeyemo aura à épauler Janet Yellen, ancienne présidente de la Réserve fédérale, nommée secrétaire au Trésor © Andrew Harnik/AP/SIPA

Premier Afro-Américain nommé secrétaire adjoint au Trésor et fervent défenseur du multilatéralisme, Adewale Adeyemo doit aider les États-Unis à surmonter leur pire crise économique depuis le krach de 1929.

« Wally Adeyemo figurait parmi les meilleurs talents de l’administration Obama. » Jason Furman, qui fut le principal conseiller économique du président des États-Unis, ne tarit pas d’éloges sur son ancien collègue. « Son intelligence, son excellent jugement et sa bienveillance ont impressionné tout le monde », poursuit celui qui est désormais professeur de politique économique à l’université d’Harvard.

A 39 ans, Adewale Adeyemo – « Wally », comme on le surnomme – a déjà une longue expérience au sein du Parti démocrate et dans la gestion des affaires économiques du pays. Il y a un mois, il était pourtant peu connu du grand public, aux États-Unis comme en Afrique. Nommé le 30 novembre secrétaire adjoint au Trésor par le président élu Joe Biden, il se voit projeté sur le devant de la scène. Et fait désormais l’actualité de Washington à Abuja.

Pour cause : jamais un Afro-Américain n’a été nommé à une aussi haute fonction au sein de ce ministère régalien. Né au Nigeria – à Gbongan, dans l’État d’Osun, selon la presse nigériane – il n’est qu’un bébé quand ses parents décident d’émigrer, avec leurs trois enfants, aux États-Unis. « À la recherche du rêve américain », comme il aime à le répéter.

« Mérite et opportunités »

La première étape d’un parcours qui le mènera à la Maison blanche, et que saluent de nombreux Nigérians. Sur Twitter, Akinwumi Adesina, le président de la BAD, se dit « extrêmement fier » de lui, tandis que l’auteur Japheth Omojuwa, très suivi sur les réseaux, applaudit une trajectoire à l’américaine, « faite de mérite et d’opportunités ».

Si le Sénat confirme sa nomination, comme s’y attend Ross Baker, professeur de politique américaine à l’université Rutgers, Adewale Adeyemo aura à épauler Janet Yellen, ancienne présidente de la Réserve fédérale, nommée secrétaire au Trésor. Une tâche qui s’annonce particulièrement ardue en ces temps de pandémie et de schisme politique.

La crise économique provoquée par les restrictions visant à contenir la propagation du coronavirus, qui a vu le PIB des États-Unis chuter de 31 % au deuxième trimestre, fait passer le taux de chômage de 4,4 % à 11,2 % sur la même période et ébranlé des milliers de PME, est l’urgence absolue.

Dossiers épineux

Mais les dossiers épineux ne manquent pas : les relations commerciales avec la Chine, les sanctions imposées à l’Iran et le taux d’imposition des plus fortunés pourraient vite être revus par l’administration Biden, celui-ci ayant exprimé de profonds désaccords avec l’approche trumpienne sur ces sujets.

Pour sa part, au cours d’un échange organisé par le think tank CSIS en juillet, Adewale Adeyemo a cité trois dossiers à privilégier : les inégalités, la compétitivité du pays et les emplois de demain. Il a également souligné l’importance d’une gestion collaborative de la pandémie par les états du G20. Soit une approche aux antipodes de la dynamique unilatérale – le fameux « America First » – de l’administration Trump.

De lointains événements peuvent avoir un réel impact sur la vie des Américains

Adewale Adeyemo situe très tôt l’origine de son multilatéralisme. Le 11 février 1990, son père, instituteur, le réveille pour voir Nelson Mandela sortir de prison. « Les images qui s’affichaient sur ma télévision montraient une réalité à des milliers de kilomètres de chez moi, en Californie, mais j’étais bien conscient de l’espoir que suscitait Mandela non seulement chez les Sud-Africains mais également chez mon père », dira-t-il bien plus tard. « Je garde donc à l’esprit que de lointains événements peuvent avoir un réel impact sur la vie des Américains. »

Ascension fulgurante

S’ensuit une ascension fulgurante, de la présidence de la représentation étudiante de l’université de Berkeley en 2001 à la direction du cabinet du Bureau de protection des consommateurs en matière financière (nouvelle agence fédérale née de la crise financière) en 2010.

Adewale Adeyemo s’engage très tôt au Parti démocrate. À 23 ans, la campagne présidentielle de John Kerry le charge d’enthousiasmer les électeurs afro-américains en Californie. Il participera aussi aux campagnes présidentielles de John Edwards et de Barack Obama, avant d’être courtisé (sans succès), selon un mémo publié par Wikileaks, par celle de Hillary Clinton en 2016.

Le Président Obama lui demandait constamment son avis sur tous ces sujets

En 2015, c’est la consécration : il est nommé conseiller à la présidence sur les dossiers économiques internationaux. Interrogé par Jeune Afrique, Jason Furman se souvient : « Nous avons collaboré sur la relation des États-Unis au G20, notre politique économique envers la Chine et une foule d’autres dossiers d’économie internationale. Le Président Obama lui demandait constamment son avis sur tous ces sujets. »

Le bureau du jeune conseiller se situe alors à quelques dizaines de mètres du Bureau ovale. Parmi ses faits d’armes : la négociation de l’Accord de partenariat transpacifique, un traité de libre-échange signé par Barack Obama en 2016 mais abandonné par Donald Trump avant qu’il n’entre en vigueur. Sa proximité avec l’ancien président lui vaudra d’ailleurs d’être nommé l’an dernier président de la Fondation Obama, qui soutient des actions caritatives en Afrique et ailleurs.

Sa nomination ne fait pas l’unanimité

À gauche, sa nomination au Trésor ne fait pourtant pas l’unanimité. D’aucuns lui reprochent d’avoir viré de bord en 2017 en devenant le chef de cabinet de Larry Fink, le PDG du géant de la gestion d’actifs BlackRock.

Un lien qui dérange d’autant plus certains démocrates que Joe Biden a nommé un autre ancien de BlackRock, Brian Deese, à la tête du Conseil économique national, et que Larry Fink a soutenu la candidature de Biden lors d’une rencontre en janvier 2019 révélée par The Atlantic.

Tout en critiquant l’influence de BlackRock et le va-et-vient entre services public et privé, Jeff Hauser, du think tank CEPR, relativise le passage d’Adeyemo à Wall Street. « Il a le soutien du secrétaire au Trésor du Président Obama, Tim Geithner, dont l’approche pro-bancaire a déçu, mais aussi de [la sénatrice] Elizabeth Warren, qui est, aux États-Unis, la plus féroce opposante au pouvoir excessif des banques », relate-t-il à JA. Un grand écart qui s’explique, selon lui, par « l’incroyable compétence » du trentenaire d’origine nigériane.

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