Politique

Bénin : que retenir de la tournée nationale du président Talon ?

Réservé aux abonnés
Par - à Cotonou
Mis à jour le 15 décembre 2020 à 11:54

Patrice Talon à Lokossa, le 6 décembre 2020. © DR / Présidence du Bénin

Le président béninois a bouclé le 12 décembre la première partie de sa tournée l’ayant conduit dans 60 des 77 communes du Bénin. Officiellement destinée à « rendre compte », elle vise aussi (et surtout) à prendre le pouls du pays, à l’approche de la présidentielle d’avril 2021.

Il aura fallu un mois à Patrice Talon pour sillonner les trois quarts des communes béninoises. Plus de 6 801 km avalés par voie terrestre pour ce périple entamé le 12 novembre sur les terres hostiles de Savè et de Tchaourou. Fiefs de son prédécesseur, Thomas Boni Yayi, ces deux villes avaient été le théâtre de violences meurtrières en 2019, au lendemain des législatives contestées.

Patrice Talon y a surpris en y demandant « pardon ». « Les événements qui ont pu nous meurtrir par le passé doivent être oubliés (…) Moi j’ai pardonné, l’État a pardonné, la République a pardonné. C’est à vous de pardonner maintenant », a déclaré le chef de l’État. Une démarche renouvelée à Parakou, la grande métropole du Nord, en invitant les sages et notables de la ville à « travailler à sa réconciliation » avec son « aîné Boni Yayi ».

À chaque escale, Talon a longuement expliqué les mesures phares de son gouvernement et justifié les réformes engagées depuis 2016. Il a aussi voulu répondre à ses contempteurs, notamment ceux qui estiment que sa gouvernance est brutale. « Notre ambition légitime était de prouver enfin que nous ne sommes pas condamnés à la fatalité. Si on ne commence pas un jour, on n’y arrivera jamais. Et j’ai décidé de commencer ! », a-t-il défendu, avant d’assurer qu’au vu de ses « résultats », le Bénin est « déjà un autre pays ».

« Pays de pagaille »

Le chef de l’État est aussi revenu sur d’anciens propos controversés, lorsqu’il avait par exemple décrit le Bénin comme un « pays de pagaille », dénoncé le « bavardage » du système éducatif actuel, ou invité le peuple béninois à « serrer la ceinture ».

« Quand je dis aux uns et aux autres de serrer la ceinture, ce n’est pas serrer la ceinture sur leur salaire. Quand la couturière travaille, je ne lui demande pas de ne pas dépenser son argent. Serrer la ceinture, c’est une façon de dire de ne plus voler, c’est tout », s’est-il expliqué d’un air amusé, tranchant avec sa fermeté ordinaire.

Depuis son élection en 2016, Patrice Talon s’est terré dans son palais »

Accueilli par une liesse savamment orchestrée par ses partisans qui contrôlent presque la totalité des mairies du pays, Patrice Talon est souvent allé au-delà de la démarche rédemptrice officielle, déclarant que la tournée avait également vocation à « recenser les préoccupations » de ses compatriotes.

Un objectif qui alimente la polémique sur une visée électoraliste. Le 17 novembre à Djougou, dans le Nord-Ouest, le chef de l’État avait nourri ces suspicions en affirmant que « la dynamique doit continuer ». « À voir les bains de foule du président, on n’a pas l’impression qu’il faisait ses adieux », commente le politologue Armand Kanho.

« Je l’ai plutôt entendu faire des promesses de campagne », fustige de son côté Nourénou Atchadé, vice-président du nouveau parti Les Démocrates (formation d’opposition proche de l’ex-président Boni Yayi). « Depuis son élection en 2016, Patrice Talon s’est terré dans son palais », ajoute-il, ironisant sur le fait le président « se réveille à cinq mois de la fin de son mandat. »

Une entrée en campagne ?

Le professeur Joël Aïvo,candidat à la présidentielle du 11 avril 2021, se targue d’avoir « sorti (Patrice Talon) de son aquarium pour le plonger dans la réalité de la lagune ». Bien avant la tournée présidentielle, cet agrégé de droit avait en effet engagé « un dialogue itinérant » dans plusieurs villes du Bénin pour incarner une alternative crédible et mobiliser une alliance gagnante en 2021.

C’est un engagement que je prends : les élections présidentielles à venir verront la participation de tout le monde

Reste que, de l’avis de nombreux observateurs, le scrutin ne s’annonce pas très ouvert. Selon le Code électoral adopté en 2019 malgré les protestations de l’opposition, tout prétendant à la magistrature suprême devra justifier du parrainage d’au moins 10 % des 83 députés et des 77 maires, soit un minimum de 16 élus. Un nombre impossible à mobiliser sans le soutien de la mouvance présidentielle.

À la mi-novembre dans les communes de Nikki et de Cobly, Patrice Talon a cependant promis que ses opposants auront « les parrainages nécessaires », y compris ceux issus des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) et des Démocrates. « C’est un engagement que je prends : les élections présidentielles à venir verront la participation de tout le monde », a-t-il martelé.

S’il s’est efforcé de ne pas se prononcer ouvertement sur sa propre candidature, celle-ci pourrait être annoncée lors de la seconde phase de cette tournée, prévue en janvier pour sillonner les 17 communes restantes. « Nous serons à trois ou quatre mois du scrutin, c’est un bon timing », confie un proche du président.