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Kofi Annan élu secrétaire général de l’ONU

Par - Francis Kpatindé
Mis à jour le 13 décembre 2004 à 00:00

Il est midi à New York, ce vendredi 13 décembre 1996, lorsque le Conseil de sécurité, dans un communiqué laconique, annonce son choix : Kofi Annan. Par un vote unanime, intervenu à l’issue de trois jours de tractations et de huit tours de scrutin, les quinze « sages » du Conseil recommandent à l’Assemblée générale d’élire le diplomate ghanéen au poste de secrétaire général des Nations unies. Simple formalité : Annan venait de prendre le dessus sur son vieil ami ivoirien, Amara Essy, et sur d’autres candidats plus ou moins déclarés. À 58 ans, il devient le second Africain, le premier Noir et le premier fonctionnaire onusien à accéder à ce poste prestigieux. Septième secrétaire général depuis la création de l’Organisation, en 1945, Annan, qui succède à l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, peut tranquillement s’installer sur le toit du monde.

Né le 8 avril 1938 à Kumasi, au coeur de ce qui s’appelait alors la Gold Coast, ce fils d’un chef coutumier a été formé d’abord dans son pays, puis aux États-Unis et en Suisse. C’est d’ailleurs à Genève qu’il décroche, en 1962, son premier poste dans le « système », comme on dit. À l’Organisation mondiale de la santé. Il exercera par la suite à la Commission économique (des Nations unies) pour l’Afrique, à Addis-Abeba, à la Force d’urgence des Nations unies à Ismaïlia (Égypte), au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. De l’intérieur, il gravira, à petits pas, les échelons, passant de la comptabilité à la planification, du programme aux ressources humaines, de la gestion aux questions de sécurité. Avant d’être élu secrétaire général, celui qui projetait d’être homme d’affaires, politicien, puis planteur de cacao dans son pays natal a rempli, entre autres, les fonctions de sous-secrétaire général, de secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix et de représentant spécial pour l’ex-Yougoslavie. À ce titre, il a supervisé la transition, en Bosnie-Herzégovine, de la Force de protection des Nations unies (Forpronu) à une Force multinationale de mise en oeuvre de la paix (Ifor) sous la direction de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan).

« Notre organisation ne peut être ni plus sage, ni plus compétente, ni plus efficace que les États qui la constituent et la guident, dira-t-il peu après sa prestation de serment, le 17 décembre 1996, devant l’Assemblée générale. L’ONU, c’est votre instrument de paix et de justice. Faites-en le meilleur usage, respectez-la, défendez-la. Applaudissez nos succès, condamnez nos échecs, mais, de grâce, ne laissez pas cette indispensable, cette irremplaçable institution dépérir. »
Une fois installé dans le superbe hôtel particulier de Sutton Place, résidence officielle du secrétaire général, Annan définira ses priorités : réforme en profondeur de l’organisation, renforcement de son action « traditionnelle » dans les domaines du développement, du maintien de la paix, de la sécurité collective, de la défense des droits de l’homme. Objectif : « Rapprocher les Nations unies des peuples ».

Le monde découvre un diplomate au flegme britannique, courtois à l’excès, mais dont l’affabilité cache un caractère bien trempé. Un homme qui, lors de certains de ses déplacements, est accompagné de son épouse, Nane Lagergren-Annan, une juriste devenue peintre de renom, par ailleurs nièce de Raoul Wallenberg, ce diplomate suédois qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, sauva des camps de la mort des milliers de Juifs hongrois avant de disparaître en Union soviétique.
Le 29 juin 2001, sur recommandation du Conseil de sécurité, l’Assemblée générale reconduira par acclamation le Ghanéen pour un nouveau mandat de cinq ans s’ouvrant le 1er janvier 2002 pour s’achever le 31 décembre 2006. Mais ça, c’est une autre histoire…