Politique

Présidentielle au Bénin : face à Patrice Talon, Les Démocrates s’organisent

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Mis à jour le 16 décembre 2020 à 10h31
Éric Houndété, le président du parti de l’opposition béninoise « Les Démocrates ».

Éric Houndété, le président du parti de l'opposition béninoise « Les Démocrates ». © KOFFI BENOIT/AID

Rassemblant certains transfuges des FCBE de Boni Yayi, le parti Les Démocrates a obtenu une reconnaissance légale après plusieurs mois d’attente. À quatre mois de la présidentielle, il entend bien s’imposer comme une force d’opposition radicale face à Patrice Talon.

Quatre mois et demi qu’ils l’attendaient. Les cadres des Démocrates ont enfin obtenu du ministère de l’Intérieur le précieux récépissé, vendredi 11 décembre. À moins de six mois de la présidentielle du 11 avril, le parti devient ainsi la deuxième formation se réclamant de l’opposition à obtenir la reconnaissance de son existence légale, aux côté des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE).

Porté sur les fonts baptismaux par plusieurs des cadres des FCBE qui ont quitté le parti en même temps que Thomas Boni Yayi, en avril dernier, Les Démocrates avaient déposé leur dossier fin juillet sur le bureau du ministère. « Je n’ai jamais douté du fait que nous obtiendrions ce récépissé, d’abord parce que c’est notre droit, et ensuite parce que notre dossier était complet, affirme son président, Éric Houndété. Mais le gouvernement n’a pas respecté les règles, comme à son habitude. Il a tout fait pour nous faire perdre du temps. »

« Faux », rétorque une source proche de Patrice Talon, qui assure que les délais sont à imputer « aux manquements dans le dossier présenté ». Ce conseiller du président béninois affirme notamment que « treize membres fondateurs des Démocrates n’avaient pas formellement démissionné de leur ancien parti au moment de l’examen du dossier ».

« S’ils estiment avoir été abusés, pourquoi n’ont-ils pas saisi le juge administratif », s’interroge pour sa part Orden Alladatin, député de l’Union progressiste (UP, mouvance présidentielle) et président de la Commission des lois à l’Assemblée nationale. « En réalité, le dossier s’est débloqué lorsqu’ils ont fini par corriger les insuffisances relevées », estime-t-il, jugeant que les accusations d’obstruction sont « de bonne guerre » de la part d’un parti d’opposition.

Réhabiliter la constitution

Il n’en reste pas moins vrai que l’instruction du dossier au ministère de l’Intérieur a été longue, et qu’elle semble s’être singulièrement accélérée au cours de ces dernières semaines. Hasard du calendrier ou pas, le président Talon, qui vient de terminer une tournée marathon dans toutes les régions du pays, a assuré, à plusieurs reprises lors de ces meetings aux allures de pré-campagne électorale, que Les Démocrates recevraient bel et bien leur récépissé.

« Il se sentait mal à l’aise face à nos concitoyens », estime Éric Houndété, qui voit dans la date de la reconnaissance légale de son parti « un signe ». « Nous avons obtenu ce document le 11 décembre, soit exactement trente ans après la promulgation de la Constitution du 11 décembre 1990, celle-là même que Patrice Talon a profané avec les modifications d’octobre 2019 », assure l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale.

Pour les mois à venir, la stratégie des Démocrates est claire : rester sur la « ligne dure » défendue par une partie de l’opposition, et en particulier par les formations qui n’ont pas obtenu leur reconnaissance légale. Ils se voient même devenir, dans les mois qui viennent, leur porte-parole. « Nos objectifs sont clairs : obtenir la révision du code électoral, réhabiliter la Constitution et obtenir le retour des exilés », insiste Houndété. Le président du parti assure par ailleurs être prêt à envisager un front commun avec les FCBE, « si ceux-ci s’inscrivent dans la même stratégie que la nôtre ».

Quels parrainages ?

Dans ce contexte, les récentes décisions de la Cour africaine de droits de l’homme et des peuples (CADHP) donnent indéniablement du grain à moudre au parti tout juste légalisé. Dans deux arrêts consécutifs, rendus le 27 novembre et le 4 décembre, la CADHP a émis des avis très durs à l’encontre du Bénin. La cour d’Arusha juge notamment que « la révision constitutionnelle a été adoptée en violation du principe du consensus national ».

Des décisions qualifiées de « non-évènement » par le ministre de la Justice, Séverin Quenum. Le porte-parole du gouvernement, Alain Orunla, estime lui qu’elles « frisent l’hérésie », insistant sur le fait que cette révision constitutionnelle était « une initiative parlementaire approuvée à l’unanimité des représentants du peuple ».

L’identité de leur candidat devrait être connue dans les prochaines semaines

Reste pour les Démocrates à élaborer la stratégie à adopter en vue de la présidentielle du 11 avril prochain. Pour le moment, l’identité de celui – ou de celle – qui portera leurs couleurs n’est pas encore connue. Un « conclave » doit être organisé dans les prochaines semaines. Surtout, la nouvelle formation, qui ne compte d’élus ni à l’Assemblée nationale ni au niveau local, aura sans doute de grandes difficultés à rassembler les parrainages nécessaires – les signatures de 10 % de l’ensemble des députés et élus locaux.

Mais pour le président des Démocrates, la question ne se pose même pas : « Les parrainages ne sont pas un problème pour nous. Puisque la CADHP a remis en cause la réforme constitutionnelle, c’est tout l’édifice qui s’écroule et nous en revenons donc à la Constitution de 1990 ». Pas sûr que l’argument porte, mais il montre que, bien que désormais « légaux », Les Démocrates entendent toujours s’imposer comme des opposants radicaux à Patrice Talon.

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