Politique

Cameroun : après de nombreuses désertions, le ministère de la Défense veut procéder à des radiations

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 12 décembre 2020 à 12h35
Des soldats camerounais en février 2015 (illustration).

Des soldats camerounais en février 2015 (illustration). © Edwin Kindzeka Moki/AP/Sipa

Les soldats et les gendarmes camerounais ayant abandonné leur poste seront bientôt rayés des effectifs du ministère de la Défense, selon un document auquel Jeune Afrique a eu accès.

D’après un rapport interne, signé du ministre camerounais de la Défense Joseph Beti Assomo, le 25 novembre dernier, et dont Jeune Afrique a obtenu une copie, 637 militaires absents de leurs postes sont concernés par cette opération d’assainissement. La plus importante jamais opérée au sein des forces de défense depuis près de 20 ans.

Parmi les radiés, figurent 94 gendarmes, 345 militaires de l’armée de terre, 79 de l’armée de l’air, 100 de la marine et 19 membres du corps national des sapeurs pompiers.

Recrudescence des désertions

Les désertions ont longtemps été un phénomène marginal au sein des forces de défense camerounaises. Mais elles se sont accrues au cours des trois dernières années. Cette période correspond à l’engagement militaire dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en proie aux velléités de groupes sécessionnistes. Les autorités militaires ont ainsi été contraintes à prendre la mesure du problème.

Le rapport de l’armée n’évoque pas les raisons de la recrudescence de ce phénomène et  il trouverait son origine dans les plaintes régulièrement formulées sous le boisseau par les soldats en fonction ou les déserteurs eux-mêmes. Les plus récurrentes sont relatives à la corruption, la faible rotation des effectifs sur les fronts de guerre et les détournements des budgets de prime et d’équipement.

Primes non payées

Dans une vidéo, publiée le 18 septembre et devenue virale, le sous-officier déserteur Etame Augustin Assong – dont le nom figure sur la liste des effectifs à radier -, portait des accusations dans ce sens contre ses supérieurs hiérarchiques. « Nos primes s’élèvent à 90 000 francs CFA, mais on nous en remet 30 000. Quand vous vous réunissez pour en parler, on dit rébellion et on vous punit. » Ce soldat vit depuis en exil dans un pays d’Europe.

Interpellé fin novembre par des militaires blessés au sujet de ces primes non reversées au cours d’une visite, le ministre de la Défense avait promis de faire la lumière sur ce problème. « J’ai la liste des intéressés de manière détaillée, avait-il déclaré. Elle sera remise par les voies appropriées au Commandant de la deuxième région militaire interarmées, pour qu’il procède aux vérifications nécessaires, de la pertinence ou non de ces revendications. Il s’agira de répondre à la question de savoir ce que sont devenues les primes envoyées par la hiérarchie et qui ne leur ont pas été remises ? Puisque nous n’avons reçu aucun retour de primes non payées. Ça veut dire qu’elles existent, elles sont quelque part. Le Commandant de la deuxième région militaire va s’y atteler, il fera la lumière, il tâchera de faire donner la suite appropriée à cette revendication. Evidement au cas où elle serait fondée. »

L’opération d’assainissement des effectifs de l’armée intervient quelques jours après le lancement d’un concours de recrutement de 2 200 nouveaux soldats pour le compte du Bataillon d’intervention rapide (BIR).

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