Politique

Maroc : 10 choses à savoir sur Khalid Aït Taleb, ministre de la Santé

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Le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, à Rabat le 5 novembre 2019.

Le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, à Rabat le 5 novembre 2019. © MAP

Son poste a rarement été aussi exposé. Depuis sa nomination en octobre 2019, le ministre a eu à prendre des décisions difficiles du fait de la crise sanitaire.

  • Simple

Très discret, on ne sait rien ou presque de sa vie. Khalid Aït Taleb est né en 1966 au sein d’une famille modeste, dans la région d’Agadir. Il étudie à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, d’où il sort diplômé en chirurgie générale. Parmi ses professeurs : l’illustre Moulay Tahar Alaoui, son mentor, qu’il a d’ailleurs nommé à la tête du Comité technique de vaccination en novembre dernier. Côté vie privée, Khalid Aït Taleb est marié et père de trois enfants, deux garçons et une fille, étudiante en médecine comme son père.

  • Excellence

Son parcours est sans failles, au point qu’il est considéré comme un « ponte de la médecine ». Khalid Aït Taleb a fait ses preuves à Fès où il a été professeur de médecine et chef du service de chirurgie viscérale au CHU, avant d’en prendre la tête pour dix ans à sa réouverture en 2009. En 2008, il préside le conseil d’administration de l’Institut de recherche sur le cancer et fait partie du comité d’experts du ministère de la Santé.

En 2016, il est élu à la présidence de l’Alliance des CHU du Maroc. À la rentrée 2019, quelques jours avant d’être nommé ministre, il est désigné Secrétaire général par intérim du ministère de la Santé, et remplace ainsi Hicham Nejmi (RNI) débarqué à la suite d’un sombre fait divers à Agadir.

  • Gestionnaire

« Homme de terrain », l’actuel ministre de la Santé est avant tout un gestionnaire dans l’âme, réputé pragmatique. Selon son mentor, Moulay Tahar Alaoui, « il a fait preuve d’une gestion remarquable et remarquée au CHU de Fès, qui a été le premier véritable CHU du pays ».

Khalid Aït Taleb a aussi traversé plusieurs épreuves, notamment le plan de départ volontaire de la fonction publique, imposé par la Banque mondiale, en 2005, « à cause duquel il a perdu ses meilleurs enseignants », selon un membre du comité national technique de vaccination. Des éléments pourtant essentiels à la formation des nouvelles générations.

  • Technocrate

C’est à la fois un point fort et un point faible. Son profil lui évite de prendre part aux « tambouilles » politiciennes, mais il ne dispose pas, de ce fait, de force partisane derrière lui. Khalid Aït Taleb est sans attache politique et sans étiquette. C’est un technocrate pur jus, totalement indépendant « qui n’a pas les mains liées », selon ses proches.

  • Intègre

Les professionnels du milieu de la santé (médecins, industriels,…) sont unanimes : Khalid Aït Taleb est un homme d’éthique, qui a fait le ménage dès son arrivée à la tête du ministère de la Santé. Il a d’abord annulé plusieurs appels d’offres frauduleux sur des dispositifs médicaux, avant de se séparer de l’ancien directeur de la direction des médicaments (DMP), « un expert, qui manquait d’intégrité » selon un proche du ministre.

Depuis plusieurs années déjà la DMP est accusée « de monopole, de conflit d’intérêts, de concurrence déloyale et de lobbyisme », souligne un membre de l’entourage du ministre. Depuis octobre, elle fait l’objet d’une commission parlementaire d’enquête.

  • Méfiant ?

Le ministre accorde visiblement sa confiance au compte-gouttes. L’équipe qui l’entoure est extrêmement réduite, et rassemble notamment ses anciens professeurs. Parmi ses proches, on évoque la difficulté de « faire face au poids de l’administration ».

En dehors de son clan, il passe pour quelqu’un de fermé, voire de secret. Parmi les critiques évoquées, un certain désintérêt pour l’industrie pharmaceutique nationale, contrairement, par exemple, au ministère de l’Industrie.

  • Droit dans ses bottes

Quelques mois à peine après sa nomination, Khalid Aït Taleb est entré dans l’œil du cyclone avec la pandémie liée au Covid-19. Depuis le mois de mars, les yeux sont braqués sur lui et tout le monde est suspendu à ses lèvres.

Même s’il a parfois fait des choix dans la douleur et à contrecœur, il assume tout sans ciller

Protocole thérapeutique à la chloroquine, fermeture des frontières, confinement, restrictions pour la fête de l’Aïd, annulation de la rentrée scolaire à Casablanca, couvre-feu, prise en charge des malades… Le ministre, avec ses conseillers, a pris des décisions fortes, tantôt saluées, tantôt critiquées. Même s’il a parfois fait des choix dans la douleur et à contrecœur, il assume tout sans ciller et récuse les « y’a qu’à, faut qu’on » exprimés a posteriori.

  • Fédérateur

Son clan est réduit, mais fidèle. Ses proches apprécient son expertise, son franc-parler, son courage, et son ambition d’aller de l’avant malgré les « contraintes ». Lors du déclenchement de la crise, « les anciens » comme ils se surnomment eux-mêmes n’ont pas hésité à lui proposer leur aide : Moulay Tahar Alaoui, bien sûr, mais aussi Moulay Saïd Afif, président de la Société marocaine des sciences médicales (SMSM) et de la Fédération nationale de la santé (FNS), ou encore le Professeur Kamal Marhoum El Filali, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Casablanca.

  • Réformateur

Plan de départ volontaire des fonctionnaires, exode des médecins à l’étranger (sur 24 000 médecins marocains, 13 000 sont à l’étranger), grèves de l’hôpital public… sont autant de maux qui ont marqué l’ADN du ministre. Conséquence : Khalid Aït Taleb est favorable à un service public fort et à un statut particulier des fonctionnaires du ministère de la Santé afin, entre autres, qu’ils obtiennent de meilleurs salaires.

  • Puissance montante

La crise liée au Covid-19 a au moins eu un mérite : ceux qui gouvernent ont pris conscience qu’il était vital de mettre sur pied un système de santé juste et performant, pour tous ; et qu’il en allait de l’avenir du pays. Résultat, le ministère de la Santé et son titulaire bénéficient d’une nouvelle considération de la part des élites et des politiques.

En juillet dernier, le roi Mohammed VI a d’ailleurs annoncé sa volonté de généraliser la couverture santé à tous les Marocains…

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