Politique

Mustafa Sanalla, gardien de l’or noir libyen

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Mustafa Sanalla, le patron de la National Oil Corporation, à Vienne, en Autriche, le 5 décembre 2019.

Mustafa Sanalla, le patron de la National Oil Corporation, à Vienne, en Autriche, le 5 décembre 2019. © Ronald Zak/AP/SIPA

Le patron de la compagnie pétrolière nationale libyenne (NOC) s’illustre actuellement dans le bras de fer contre la Banque centrale libyenne autour du gel des revenus pétroliers. Fort de son bilan positif, il donne de la voix pour un meilleur partage des recettes.

Jusque-là, Mustafa Sanalla s’astreignait à rester au-dessus de la mêlée des clivages politiques en Libye. Mais ce 22 novembre, le président de la National Oil Company (NOC) a décidé de s’en prendre au gouverneur de la Banque centrale libyenne (BCL), Al-Siddiq Al-Kabir, qu’il a accusé de détourner des milliards de dollars de fonds en provenance des revenus pétroliers. Une manière sans doute de se positionner dans les négociations sur la question de la redistribution équitable des ressources pétrolières, alors même que les camps rivaux de l’Ouest et de l’Est libyens cherchent toujours à trouver des compromis pour sortir de la crise.

Cette manne financière reste en effet la principale source de revenus du pays. Ce qui explique sans doute pourquoi Mustafa Sanalla a décidé de geler ses revenus sur le compte de la Libyan Foreign Bank, filiale de la Banque Centrale Libyenne (BCL), censée assurée elle-même la gestion de ces ressources. « Ces ressources resteront bloquées jusqu’à la mise en place d’un mécanisme transparent assurant une répartition équitable entre les régions », a annoncé le patron de la NOC.

Il répond ainsi au souhait de la communauté internationale, éloignant le spectre d’un nouveau blocage des infrastructures pétrolières par le camp de Khalifa Haftar à l’Est. Ce mécanisme est également une demande de la mission des Nations-Unies, dont la chef Stéphanie Williams a apporté le 6 décembre « son soutien à la décision de la NOC ».

Allié d’al-Sarraj à Tripoli

Dans la capitale, Mustafa Sanalla bénéficie de l’oreille du chef du Gouvernement d’union nationale (GNA), Fayez al-Sarraj. Le patron de la NOC a noué avec le Premier ministre une alliance de raison contre le gouverneur de la BCL. De fait, Al-Siddiq Al-Kabir est dans le viseur de Mustafa Sanalla depuis plus d’un an, alors qu’il lui reproche un manque de transparence. À Tripoli, parmi ses proches, Sanalla dispose également du soutien de Mazin Ramadan, le patron de la société de distribution de produits pétroliers Ola Energy et ex-conseiller de Fayez al-Sarraj.

Ayant débuté sa carrière en 1992 en tant que chef des opérations au sein de la société Ras Lanuf Oil & Gas Processing Co (Rasco), Mustafa Sanalla est aux commandes de la NOC depuis mai 2014. Il s’est forgé une stature de gestionnaire respectable aux yeux de la population, selon un connaisseur du secteur. De plus, grâce à son bilan positif, le patron de la NOC s’est assuré une position indéboulonnable.

Il a réussi à maintenir la production de l’or noir libyen malgré la situation sécuritaire chaotique

Mustafa Sanalla peut se targuer d’avoir réussi à maintenir la production de l’or noir libyen malgré la situation sécuritaire chaotique dans le pays. Celle-ci avoisinait les 1,2 million de barils par jour (bpj) en 2019 jusqu’au blocage des infrastructures pétrolières par les forces du maréchal Haftar en janvier. Tandis que la production moyenne était de 1,6 million de bpj avant la révolution de 2011 qui a entraîné la chute de Mouammar Kadhafi.

À la tête de la compagnie nationale, Mustafa Sanalla a cultivé des alliances stratégiques à l’étranger, avec les partenaires de la NOC comme le géant pétrolier italien ENI ou l’autrichien OMV. Il entretient aussi de bonnes connexions aux États-Unis. Il a ainsi inauguré en 2019 un bureau à Houston, ville symbole de l’industrie pétrolière et gazière américaine, afin de favoriser de nouvelles opportunités de développement avec les firmes américaines. Mais aussi dans le but de se rapprocher de l’administration du président sortant Donald Trump, qui a par le passé montré des signaux favorables au maréchal Haftar.

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