Culture

Exit le blé, Glim Africa crée pâtes et farine à base de niébé

Mis à jour le 15 décembre 2020 à 14:43

Les pâtes au niébé de la start-up Glim Africa © Glim Africa

La Camerounaise Annie Adiogo, créatrice de la start-up Glim Africa, a troqué le blé contre le niébé pour créer une gamme de farine et de pâtes made in Africa. Son objectif ? Valoriser les ressources agricoles locales.

On l’appelle koki au Cameroun, cornille en Europe, black-eyed pea au Nigeria et niébé en Afrique de l’Ouest. C’est à partir de cette légumineuse issue de la famille des lentilles et pois chiches qu’Annie Adiogo, entrepreneure dans l’agroalimentaire, a eu l’idée de créer une gamme de farine et de pâtes à base de niébé broyé selon un procédé à froid. Son concept se nomme Glim Africa et fait figure d’exception dans le paysage culinaire du Cameroun.

Principalement produit au nord du pays, à la frontière du Tchad, le niébé est généralement intégré dans la préparation du koki, une terrine camerounaise traditionnelle, ou préparé sous forme de beignets. Mais il est peu exploité et valorisé dans la gastronomie locale.

Bonne alternative

Principale raison ? L’importation et le recours au blé russe pour fabriquer des pâtes et des produits de pâtisserie et de boulangerie. « En plus de participer aux changements alimentaires des populations, cela nuit à l’économie et à l’autonomie alimentaire africaine », déplore cette ancienne employée de la société d’épices Ducros.

Les produits made in Africa ont mauvaise presse, même s’ils sont de qualité »

Annie Adiogo voit dans la transformation de ce haricot riche en protéines (21 % contre 12 % pour les pâtes de blé) et en fibres, une bonne alternative au blé. Mais aussi le moyen de se frayer un chemin sur le marché de l’innovation culinaire africaine. « Les produits alimentaires made in Africa ont mauvaise presse, même s’ils sont de qualité. Sur le continent, on préfère aujourd’hui se tourner vers des gammes européennes », regrette cette diplômée d’AgroParisTech, une école d’ingénieurs basée en France qui l’accompagne dans la fabrication de pâtes en laboratoire.

Sans gluten

Cette entrepreneuse qui souhaite changer les perceptions a soigné ses recettes et l’identité visuelle de ses produits. Subtilement rehaussées de curcuma ou de gingembre, ses pâtes incurvées et en forme de coquillages sont enfermées dans un packaging soigné aux couleurs sobres et naturelles. Sans gluten, elles répondent aussi à la demande grandissante des consommateurs français, « de plus en plus friands de produits sains et digestes », glisse Annie Adiogo. Elle espère commercialiser sa gamme au printemps prochain (750 FCFA, soit un peu plus de 1 € le paquet de pâtes de 250g pour le Cameroun, et environ 2 € pour la France) via des marketplaces et des boutiques d’épicerie fine.

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En attendant, elle travaille déjà sur des recettes de pain et sur de nouveaux produits autour de l’égousi, « une variété de courge ouest-africaine également peu valorisée malgré ses vertus d’exception ». Au delà du niébé, Annie Adiogo souhaite mettre en avant d’autres denrées tombées dans l’oubli. « Il y a de moins en moins de fruits, de légumes et de tubercules locaux sur les étals des marchés de Douala », regrette-t-elle.