Diplomatie

Union africaine : au cœur des batailles pour les postes de commissaires

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 14 décembre 2020 à 10h22
Moussa Faki Mahamat, en juin 2019 à Paris.

Moussa Faki Mahamat, en juin 2019 à Paris. © Vincent FOURNIER/JA

Si Moussa Faki Mahamat est le seul candidat à sa succession à la présidence de la Commission de l’UA, les postes de vice-président et de commissaires sont plus disputés. J.A. vous plonge dans les coulisses de la compétition.

Ce n’est plus un mystère : la réélection du Tchadien Moussa Faki Mahamat pour un second mandat à la tête de la Commission de l’Union africaine (UA) n’est désormais plus qu’une formalité. Seul candidat à sa succession, l’ancien ministre des Affaires étrangères n’a plus qu’à recueillir le vote de deux-tiers des chefs d’État lors du prochain sommet de l’Union africaine, en février 2021, à Addis-Abeba.

Selon nos informations, le président tchadien Idriss Déby Itno lui a d’ores et déjà obtenu les votes favorables de l’Afrique centrale, et notamment du Cameroun. Le 27 novembre dernier, son homologue Paul Biya a même désigné un représentant du Cameroun pour rejoindre l’équipe de campagne chargée de la réélection de Moussa Faki Mahamat.

Ce dernier a par ailleurs profité de ses récents déplacements, malgré la pandémie de Covid-19, pour s’assurer du soutien de certains poids lourds de l’UA, comme le président de la RDC, Félix Tshisekedi, qui dirigera l’organisation panafricaine à partir de février prochain. Les deux hommes ont encore échangé à ce sujet, entre autres, le 3 décembre à Kinshasa.

Une Rwandaise à la vice-présidence ?

Du côté de l’Afrique australe et de l’Est, le président rwandais Paul Kagame, qui s’est entretenu avec le Tchadien le 8 décembre, et son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui l’a reçu début décembre, lui ont également assuré leur soutien. Selon nos sources, Kigali espère surtout obtenir l’autre poste de prestige de la commission : celui de vice-président. Le Rwanda a présenté la candidature de l’économiste Monique Nsanzabaganwa, gouverneure adjointe de la Banque nationale du Rwanda.

Cette dernière, vue par beaucoup comme la favorite, devra toutefois faire face à quatre autres prétendantes : l’ex-ministre djiboutienne Hasna Barkat Daoud, l’universitaire ougandaise Pamela Kasabiiti Mbabazi, la diplomate ghanéenne Martha Ama Akyaa Pobee et l’ancienne vice-présidente gambienne Fatoumata Jallow-Tambajang. Seul un homme reste en piste : Awale Kullane, ambassadeur somalien en Chine.

Pretoria a en revanche choisi de retirer de la course deux de ses candidats initiaux, l’ancien ambassadeur Ndumiso Ntshinga et l’actuel secrétaire général du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, Eddy Maloka. Selon les critères de parité mis en avant depuis 2018 par l’UA, puisque Moussa Faki Mahamat est en passe d’être réélu, le poste de vice-président devrait en effet revenir à une femme.

Le Nigeria favori aux « Affaires politiques, Paix et Sécurité »

Du côté des six postes de commissaires à pourvoir, les luttes sont également âpres. Le « panel d’éminents africains », composé notamment du Camerounais Philémon Yang, de l’Éthiopienne Konjit Sinegiorgis, du Namibien Tuliameni Kalomoh et du Gambien Hassan Bubacar Jallow, a réduit le nombre de candidats de 89 à 58, puis à 25, dont huit femmes.

L’ambassadeur Bankole Adegboyega Adeoye a impressionné le panel de sélection

La liste définitive, établie sur la base d’entretiens et d’un audit du cabinet britannique PwC, a été envoyée le 7 octobre aux États-membres et en particulier aux dix-huit pays ayant présenté un ou des candidats.

Le poste le plus disputé est actuellement celui de commissaire « Affaires politiques, Paix et Sécurité », qui regroupera deux anciens départements. Selon nos informations, Abuja a mené un intense travail pour imposer son candidat, l’ambassadeur Bankole Adegboyega Adeoye, qui a particulièrement impressionné le panel de sélection. Le Nigeria estime en effet qu’il est le mieux placé, parmi les poids lourds de l’organisation, pour succéder à l’Algérie (et au sortant Smaïl Chergui) à la tête de ce département remanié.

Favori en raison de l’importance diplomatique de son pays d’origine, Bankole Adegboyega Adeoye devra toutefois se méfier d’une autre Ouest-Africaine, actuellement à la tête du département des Affaires politiques, la Burkinabè Minate Samate Cessouma. Deux autres candidats postulent également : les diplomates sud-africain et tanzanien Jeremiah Nyamane Mamabolo et Liberata Rutageruka Mulamula.

Le Maroc en mauvaise posture

Selon nos sources, le Maroc a lui aussi tenté de contrecarrer les plans nigérians et avait présenté la candidature de l’ancien ministre Hassan Abouyoub pour succéder au rival algérien. Mais celle-ci n’a pas été retenue par le panel de sélection de l’UA.

Plusieurs autres prétendants du royaume se sont vus écartés, comme Nezha Hayat (Commerce et Industrie), Latifa Laabida (Éducation, Sciences et Technologies) et Mohamed Maaroufi (Santé, Affaires humanitaires et Développement). Seul le secrétaire général du ministère marocain de l’Agriculture, Mohammed Sadiki, a eu les faveurs du panel.

La diplomatie marocaine a déployé d’intenses efforts pour obtenir le poste de commissaire à l’Agriculture, pour lequel la sortante angolaise, Josefa Leonel Correia Sacko, faisait figure de favorite.

Selon nos informations, le ministre des Affaires étrangères du Maroc, Nasser Bourita, a reçu ces dernières semaines quinze ministres de l’Agriculture africains pour vanter les mérites de son candidat. Le Gambien Ernest Reuben Aubee et l’Ougandais Godfrey Bahiigwa sont également en lice.

Cinq hommes pour le Commerce et l’Industrie

Le siège de commissaire pour le Commerce et l’Industrie sera quant à lui disputé par cinq hommes : le Sierra-Léonais David Fashole Luke, le Zambien Albert Muchanga, les Tanzaniens Apollo Kenneth Bagamuhunda et Servacius Beda Likwelile et le Mauricien Kheswar Jankee. Les deux premiers seraient favoris et au coude-à-coude.

Le commissariat à l’Éducation et aux Sciences sera dirigé par un représentant de l’Afrique australe et de l’Est

Les trois seules postulantes, la Sud-Soudanaise Jacqueline Nyibol Benjamin Ajongo, la Marocaine Nezha Hayat et la Guinéenne Malado Kaba, ont été recalées. Selon nos informations, des voix s’étaient pourtant élevées pour placer une femme à la tête de cette commission, qui devra travailler main dans la main avec le secrétariat général de la Zone de libre-échange africaine (Zlecaf), dirigé par le Sud-Africain Wamkele Mene.

Un Ivoirien à la Santé ?

Le commissariat à l’Éducation, aux Sciences et aux Technologies sera lui forcément dirigé par un représentant de l’Afrique australe et de l’Est puisque, derrière le favori Molapo Qhobela, directeur de la Fondation nationale pour la recherche d’Afrique du Sud, Hirut Woldemariam (Éthiopie), Rita Bissoonauth (Maurice), Fanuel Tagwira (Zimbabwe) et John Patrick Kabayo (Ouganda) se sont portés candidats.

Le Zimbabwéen Amos Marawa, le Kényan Cyrus Njiru, la Rwandaise Coletha Uwineza Ruhamya, et l’Égyptienne Amani Abou-Zeid se disputent quant à eux le poste à l’Énergie et aux Infrastructures. Cette dernière, actuelle titulaire du poste, pourrait obtenir un second mandat.

Enfin, selon les derniers pronostics, un poste pourrait sourire à un ressortissant d’Afrique de l’Ouest francophone, celui de commissaire à la Santé, aux Affaires humanitaires et au Développement. Le docteur ivoirien Justin N’Guessan Koffi tient en effet la corde actuellement, après examen de son dossier par le panel, devant un autre candidat de poids, le Kényan Ahmed Ezra Ogwell Ouma, et la Mauritanienne Aicha Vall Verges.

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