Politique

Mali : ce qu’il faut savoir sur Malick Diaw, pièce maîtresse de la junte à la tête du CNT

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Mis à jour le 09 décembre 2020 à 18h03
Malick Diaw, le président du CNT, lors de la cérémonie inaugurale à Bamako le 5 décembre 2020.

Malick Diaw, le président du CNT, lors de la cérémonie inaugurale à Bamako le 5 décembre 2020. © Emmanuel Daou Bakary

Élu président du Comité national de la transition le 5 décembre, le colonel Malick Diaw a troqué sa tenue militaire contre un boubou. Il devra user de ses talents de négociateur pour diriger cet organe clé, dont la composition est déjà contestée par une partie de la classe politique.

· De Ségou à la Chine

Malick Diaw naît en 1979 à Ségou, dans le centre du Mali. Il obtient son bac au Prytanée militaire de Kati en 1997 avant d’intégrer, un an plus tard, l’École militaire interarmes de Koulikoro (Émia). Il suivra plusieurs formations en Chine, dont le cours d’application de l’artillerie sol-sol et le cours de capitaine d’artillerie.

· Terrain

Le jeune colonel jouit d’une réputation d’homme de terrain et a occupé de nombreuses fonctions : il a été, de 2006 à 2008, commandant de batterie du 124ème bataillon à Kidal.

Il a participé à des opérations de l’armée malienne à travers le pays dont « Maliba », lancée en 2013, qui visait à reconquérir le territoire, et « Dambe », lancée en 2017, dont le but était de combattre les groupes terroristes dans les régions de Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao, Kidal, Taoudéni et Ménaka. Il a aussi été décoré de la médaille du Mérite militaire.

· « Fabrique à putschistes »

En 2019, il est nommé chef d’état-major de la 3ème Région militaire de Kati, ville garnison d’où est partie la mutinerie qui a conduit au coup d’État du 18 août dernier. C’est également un ancien directeur du Prytanée militaire de Kati, que certains qualifient de « fabrique à putschistes ». Comme lui, de nombreux meneurs du putsch y ont fait leurs classes.

· 18 août

Le jour de la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), tout commence au petit matin quand des coups de feu sont entendus au camp militaire de Kati, situé à 15 km au nord de Bamako. Dès le début, Malick Diaw joue un rôle clé au côté du colonel Sadio Camara, aujourd’hui ministre de la Défense et des Anciens combattants.

Ensemble, ils déclenchent la mutinerie et font main basse sur les stocks d’armes, tandis qu’à Bamako Assimi Goïta procède à l’arrestation des principaux généraux. C’est à Kati que la junte, rebaptisée Comité national pour le salut du peuple (CNSP), établira son QG.

·Récidiviste

Le discret Malick Diaw, premier vice-président du CNSP, n’en est pas à son premier coup d’État. Il avait déjà été l’un des acteurs du putsch de 2012 qui avait renversé Amadou Toumani Touré (ATT) et porté Amadou Haya Sanogo au pouvoir.

· Négociateur

Au lendemain du coup d’État, il est le visage diplomatique de la junte. C’est lui qui mène les négociations avec les émissaires de la Cedeao et qui, fin août, se rend au Niger pour rencontrer le président Mahamadou Issoufou, puis au Burkina pour échanger avec Roch Marc Christian Kaboré et plaider en faveur de la levée des sanctions que l’organisation ouest-africaine a imposées au Mali. Il joue également un rôle central dans la construction de la feuille de route de la transition et est l’interlocuteur des partis politiques et des organisations de la société civile.

· Perchoir

Il était jusqu’à présent le seul leader de la junte à ne pas avoir de poste à responsabilité. Son élection à la tête du CNT le 3 décembre, avec 111 voix sur 118, semblait donc « naturelle ».

Mais le fait que la présidence du CNT ait été confiée à un militaire fait déjà polémique. Dénonçant la prédominance des hommes en uniforme au sein de l’organe et un mode de désignation qu’ils estiment ni transparent ni équitable, certains députés de la transition ont déjà fait connaître leur volonté de suspendre leur participation.

· Missions

Le CNT, qui fait office d’Assemblée nationale, était le dernier organe de la transition qu’il restait à mettre en place. Chargé de voter les réformes prévues dans le cadre de la transition, il a un rôle capital. Il devra aussi arbitrer sur les questions d’organisation des élections et d’application de l’accord de paix… Le CNT peut également proposer une révision de la Charte de la transition, sous certaines conditions.

· La fin du CNSP ?

La charte de la transition prévoyait la dissolution du CNSP après la mise en place de tous les organes de la transition. Après le choix de Bah N’Daw (président), d’Assimi Goïta (vice-président), de Moctar Ouane (Premier ministre) et donc de Malick Diaw, c’est désormais chose faite…

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