Politique

RDC : la stratégie de Kabund pour convaincre les députés de Kabila de rallier Tshisekedi

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Mis à jour le 9 décembre 2020 à 08:25

Jean-Marc Kabund, à Kinshasa en septembre 2016 © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Le président intérimaire de l’UDPS a réuni le 7 décembre de nombreux députés afin de les appeler à soutenir l’« union sacrée » autour de Félix Tshisekedi. Jeune Afrique vous dévoile le contenu de son discours. 

Alors que les tensions sont extrêmement vives à l’Assemblée nationale, qui a été le théâtre de violents affrontements les 7 et 8 décembre, plusieurs dizaines de députés de tous bords politiques se sont rassemblés le 7 à l’initiative de Jean-Marc Kabund-a-Kabund, le président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti de Félix Tshisekedi. Kabund souhaitait rassurer les participants étiquetés Front commun pour le Congo (FCC) sur le fait qu’ils n’auraient pas à subir d’éventuelles représailles de la part du camp de Joseph Kabila, s’ils venaient à soutenir l’« union sacrée ». La veille, le chef de l’État avait annoncé la fin de la coalition entre le Cap pour le changement (Cach) et le FCC de l’ancien président.

« Je veillerai aux intérêts de ceux qui viennent du FCC »

« En ce moment, il y a des menaces sur les députés, surtout ceux issus du FCC. Chers collègues, vous avez le soutien de tout le monde, ici c’est le camp du peuple, a déclaré Jean-Marc Kabund.  Vous avez fait un choix exceptionnel, vous êtes pour nous comme du diamant. Vous avez contribué à ce que l’union sacrée soit une réalité. Fort du soutien que vous avez de vos collègues, chers députés venant du FCC, il ne faut pas avoir peur. »

Dans son discours, qui a duré une quarantaine de minutes, Kabund a insisté sur les nombreuses « assurances » dont bénéficieraient les députés du FCC qui rejoindraient l’union sacrée. « Vous êtes 132 aujourd’hui, a-t-il dit aux députés FCC. Il ne vous manque plus que 18 autres élus pour être 150. Ce que vous partagiez au FCC avec 2500 personnes, vous aurez la chance de le partager entre vous, à 150. Vous avez cette assurance, je suis un homme de parole, je vais veiller à cela moi-même. »

« Ceux de l’AFDC-A  [l’Alliance des forces démocratiques du Congo et Alliés] peuvent compter sur Modeste Bahati Lukwebo, ceux de Ensemble, sur Moïse Katumbi, ceux du MLC ont Jean-Pierre Bemba. Mais moi, je veillerai aux intérêts de ceux qui viennent du FCC. […] Je l’ai dit au chef de l’État, les intérêts du FCC au sein de l’union sacrée, c’est moi. L’union sacrée, c’est jusqu’en 2023. Le pays va décoller avec l’union sacrée. »

Devant les députés, Jean-Marc Kabund a également évoqué la situation à l’Assemblée nationale, dont le bureau – présidé par Jeanine Mabunda (FCC) – est visé par plusieurs pétitions réclamant sa destitution.

« Tshisekedi va faire deux mandats, et il partira. »

« J’ai été membre du bureau de l’Assemblée nationale, mais ce qu’il s’y passait, c’était une catastrophe. Il n’y a personne dans ce pays, qui peut vous donner plus de garantie que le chef de l’État », a-t-il martelé. Kabund a en effet été destitué de son poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale en mai dernier.

Le chef de l’État venait de vivre des choses impossibles, et il avait décidé que c’était terminé

Alors qu’une plénière est convoquée le 8 décembre pour mettre en place le « bureau d’âge » chargé d’examiner ces pétitions, Jean-Marc Kabund a appelé à la vigilance des élus pour éviter qu’ils ne fassent marche arrière sur ce dossier. « Beaucoup de collègues ont été parrainés pour signer nos pétitions. Je demande à ces parrains de continuer à encadrer les députés parce que certains commencent à rétropédaler », a-t-il enjoint.

« Un jour, j’ai trouvé sur la table du président une ordonnance portant dissolution de l’Assemblée nationale, qui devait être contresignée par Gilbert Kandonde [le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur]. Je prends à témoin le premier vice-président du Sénat [Samy Badibanga]. Le chef de l’État venait de vivre des choses impossibles, et il avait décidé que c’était terminé. J’ai mis deux heures à convaincre le président d’attendre encore. Donnons-nous le temps de constituer une union sacrée et d’avoir la majorité parlementaire. Si nous sommes dans l’impossibilité d’avoir la majorité, alors vous pourrez dissoudre. La coalition n’a pas réussi et la cohabitation ne réussira pas non plus. »

Jean-Marc Kabund a enfin estimé qu’il fallait « tout faire » pour donner cette majorité à Félix Tshisekedi qui, dans le cas contraire, a promis de dissoudre l’Assemblée nationale. Il a aussi affirmé que le chef de l’État ne comptait pas s’éterniser au pouvoir. « Vous n’êtes pas venu soutenir Tshisekedi comme individu, il va faire un mandat, deux mandats, et il partira ».