Banque

[Tribune] Digitalisation : trois « angles morts » de la révolution bancaire en Afrique

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Par  Jean-Marc Velasque

Directeur conseil Moyen-Orient et Afrique de Sopra Banking Software

digitalisation bancaire

digitalisation bancaire © PeopleImages/E+/Getty

Une réglementation plus agile, une consolidation appelée à s’accélérer et le défi de la souveraineté des États sur le traitement des données financières sont des questions que l’industrie bancaire africaine ne peut éluder.

Avant la crise du Covid-19, la digitalisation de la banque était, pour certains, un concept abstrait. Aujourd’hui, cela n’est plus le cas. Pour autant, plusieurs enjeux cruciaux pour une digitalisation réussie des banques africaines demeurent sous-estimés.

En premier lieu, la régulation. Enjeu intimement lié à l’inclusion financière des populations, la régulation est une nécessité pour les marchés bancaires africains.

Si l’on prend l’exemple du mobile money, qui est aujourd’hui géré principalement par les opérateurs, avec une régulation distincte et un investissement limité des acteurs bancaires traditionnels, comment assurer aux populations un accès et une expérience partagée du paiement mobile ? Comment généraliser la technologie du paiement instantané et de l’interopérabilité sur l’ensemble du continent ?

Là où les intérêts des opérateurs et des banques peuvent diverger seul le régulateur est en capacité d’assurer ces démarches avec le double intérêt de répondre aux besoins de bancarisation tout en retrouvant un contrôle sur des opérateurs qui n’étaient pas historiquement dans son giron.

Les banques les plus fragiles sont amenées à être vendues ou fermées

De nombreuses démarches ont été lancées par des banques centrales régionales ou locales en ce sens pour assurer cet interopérabilité. La prochaine étape devra être de pouvoir assurer l’interopérabilité au niveau du continent et de ses 1,3 milliard d’habitants.

Deuxièmement, avant la crise du Covid-19, le secteur bancaire s’attendait déjà à une vague de consolidation notamment avec la pression des normes Bâle II/Bâle III sur les fonds propres des établissements. Celle-ci va s’accélérer.

Le marché va assister à des fusions-acquisitions ou des fermetures, limitant ainsi le nombre d’acteurs mais créant peut-être des entreprises plus fortes et plus à même de relever le défi de la sortie de crise et des investissements liés au numérique. Ces mouvements sont généralement initiés par le régulateur au travers la remontée des exigences en fonds propres qui amènent les banques les plus fragiles à être vendues ou fermées.

Aujourd’hui, le défi qui entoure le cloud est de plus en plus la souveraineté des États et des régions

Ce type de démarche pourrait cependant être plus ordonné avec par exemple l’intervention de structures nationales au travers de véhicules adhoc favorisant voire pilotant la fusion des banques les plus petites en apportant des compléments de fonds propres ainsi que l’expertise si besoin avec l’appui de cabinets de type Big four.

Les autorités pourraient alors à l’issue des fusions céder ou mettre en bourse leurs participations, et ainsi rentabiliser leurs investissements après avoir ainsi encadré la concentration des acteurs.

Enfin, tout projet de digitalisation pose à un moment la question du cloud, qui permet notamment d’abaisser les coûts d’infrastructures et de gestion pour les banques. Aujourd’hui, le défi qui entoure le cloud est de plus en plus la souveraineté des États et des régions, ainsi que la cybersécurité et la dépendance des opérateurs à quelques acteurs clés du cloud.

La question que se posent les banques est : peut-on aller vers le cloud en l’état ou les régulateur et autorités locales vont-elles imposer d’autres clouds, souverains ou régionaux ? Or, l’autonomie et de la compétitivité d’un territoire passent par le besoin d’orientations claires pour les acteurs bancaires et leurs partenaires.

Le rôle clé des banques centrales

La modernisation des banques africaines par le numérique est un chantier colossal que les banques ne peuvent se permettre de mener chacune de son côté. La montée en puissance des banques centrales est indispensable.

Elles ont un rôle clé, celui d’apporter un cadre clair, voire de favoriser les initiatives pour une modernisation globale du secteur. La mise en commun d’infrastructures numériques coordonnées par le régulateur et mises en place et gérées par quelques opérateurs permettrait d’abaisser le coût de ces réformes, et pourrait être amorti via une logique de paiement à l’usage.

Le défi de la digitalisation est grand, mais largement surmontable si l’ensemble du secteur arrive à renforcer la coopération entre acteurs, tout en assurant une concurrence dynamique au profit de l’expérience utilisateur. Ce qui est aujourd’hui une obligation peut même – si ces efforts sont réalisés – représenter un levier de développement et de sortie de crise pour le continent.

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