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Bourse de Casablanca : HPS, Managem, Label’vie, ces « valeurs sûres » qui ont sauvé 2020

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Mis à jour le 29 décembre 2020 à 17h56
Salle des marchés de la Banque Populaire de Casablanca au Maroc, en 2014 (archives).

Salle des marchés de la Banque Populaire de Casablanca au Maroc, en 2014 (archives). © Guillaume Mollé pour JA

Si le bilan de la place marocaine n’est pas aussi sombre que d’aucuns auraient pu le craindre, Casa le doit à une poignée d’entreprises qui ont tiré vers le haut l’ensemble de la cote.

Un nouveau règlement général imposant plus de communication financière aux sociétés cotées, des taux bas, des règles assouplies pour les PME… À la Bourse de Casablanca, 2020 a commencé sous les meilleurs auspices, l’indice global Masi atteignant 12 633 points le 22 janvier, son meilleur niveau depuis début 2018.

C’était sans compter sur la pandémie de coronavirus, dont le premier cas a été diagnostiqué au Maroc le 2 mars, et qui a entraîné l’un des plus longs confinements au monde, avec l’arrêt d’une grande partie de l’activité trois mois durant.

En bourse, « les titres ont commencé à plonger dès la fin de février, au moment où en Europe la situation commençait à se dégrader. Le manque d’informations et la mauvaise connaissance de la pandémie à l’époque ont fait paniquer les investisseurs », se rappelle un patron d’une société de bourse affiliée à une banque. Résultat, le 18 mars, veille du confinement, l’indice était tombé sous les 9 000 points, son plus bas niveau des quatre derniers exercices.

Première IPO depuis deux ans

Mais l’annonce des différentes mesures gouvernementales de soutien à l’économie – mise en place d’un comité de veille, mesures pour préserver la trésorerie des entreprises… – ainsi que la perspective d’une campagne nationale de vaccination et la baisse par Bank Al-Maghrib du taux directeur de 50 points de base à la mi-juin ont ramené les investisseurs vers la place boursière.

« La baisse des taux directeurs, qui diminue les rendements obligataires, a mécaniquement entraîné un retour en force des investisseurs sur le marché de l’action », décrypte notre interlocuteur. De fait, le Masi a regagné plus de 10 % depuis le mois de juin. La fin de l’exercice a été aussi boostée par la courageuse IPO d’Aradei Capital (Label’vie), la première depuis deux ans, qui a réinjecté du cash sur le marché.

Ce bilan plus positif qu’anticipé est aussi à mettre au crédit d’une poignée d’entreprises qui ont tiré vers le haut l’ensemble de la côte.

  • HPS : + 70 % depuis le mois de janvier

La valeur HPS est incontestablement la star de cette année en Bourse avec plus de 10 % de hausse depuis le 1er janvier et un volume d’échange de 610 millions de dirhams, malgré une chute  – comme l’ensemble du marché – entre fin février et mi-mars.

Introduite en bourse en 2006, à 850 dirhams, l’action du spécialiste marocain des solutions de paiement et des services informatiques dédiés aux banques est habituée des belles performances, avec une progression de + 45 % en 2019.

La société a vu son chiffre d’affaires multiplié par cinq depuis son IPO pour dépasser 710 millions de dirhams en 2019. « Le secteur du digital a pu démontrer une grande résilience face à la crise, et HPS en est l’un des leaders mondiaux », commente notre interlocuteur qui réfute toute idée de spéculation pour expliquer les bons résultats de l’action.

Le groupe dirigé par Mohammed Horani, un ancien patron de la CGEM, a signé en plein crise du Covid un contrat avec Capitec Bank en Afrique du Sud, Saudi Payments et Bank of Cyprus. « À chaque contrat, la valorisation du groupe est revue à la hausse », poursuit notre analyste, selon lequel très peu de détenteurs d’actions HPS sont actuellement disposés à vendre.

  • Managem tire profit de l’envolée de l’or

Alors que le marché casablancais commençait à reprendre des couleurs, l’action Managem basculait dans le rouge à la fin du mois de novembre. Une correction qui n’efface cependant pas la bonification enregistrée sur les derniers mois, de l’ordre de 60 %.

Sur les marchés internationaux, l’or a gagné plus de 20 % depuis le début de l’année et l’argent plus de 25 %, une dynamique dont le groupe minier marocain a pu tirer profit, avec une progression de son chiffre d’affaires de 10 % sur le premier semestre 2020, à plus de 2,3 milliards de dirhams.

En outre, l’entreprise présidée par Imad Toumi avait annoncé l’an dernier un ambitieux plan de croissance, selon lequel l’or devait représenter 25 % dans le chiffre d’affaires du groupe dans les années à venir, contre 6 % au cours des derniers exercices.

Si la perspective de la campagne de vaccination, qui réduit son rôle de valeur-refuge, est l’une des causes de son recul actuel, les investisseurs, notamment institutionnels, reprochent aussi au minier son manque de communication autour de certains projets, dont ses mines d’or en Afrique.

Ainsi, aucune information n’a filtré quant à un report de la mise en service de la mine guinéenne de Tri-K, initialement annoncée pour 2020, mais le lancement de sa production n’a pas non plus été annoncé. De même, le silence règne autour de la mine de Wadi Gabgaba, au nord-est du Soudan, qui devait entrer en production en 2021.

  • Label’vie, boosté par le digital

C’est l’une des rares entreprises à avoir profité de la période du confinement. L’unique entreprise du secteur de la grande distribution coté à la bourse de Casablanca a connu une hausse de 15% de son chiffre d’affaires courant les six premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2019.

Rien que sur le premier mois du confinement, le chiffre d’affaires a progressé de 300 %. La signature du contrat avec la plateforme Jumia pour distribuer sa marchandise a rassuré le marché. Zouhair Bennani explique que la contribution de cette branche représentait l’équivalent d’un magasin physique.

Il est vrai que l’action Label’Vie a accusé, comme l’ensemble du marché, la chute du Masi au début de la crise. Mais, rapidement,elle a réussi à reprendre un rythme haussier grâce notamment aux infos rassurantes, comme la disponibilité des produits et l’ouverture normale des magasins malgré les restrictions. Depuis le 1er janvier, la valeur a gagné plus de 21 % avec un plus haut le 30 juin à 3918 dirhams et avec un volume de transactions qui dépasse 1,6 milliard de dirhams.

Le groupe porteur de la marque Carrefour au Maroc maintient une rentabilité très importante et a démontré une grande capacité d’adaptation. « Leur stratégie est aussi claire qu’ambitieuse, au Maroc comme en Afrique subsaharienne, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest, où ils souhaitent s’installer durablement », analyse notre interlocuteur.

La valeur résiste en cette fin d’année malgré le ralentissement attendu des performances et en dépit du report des investissements : selon le groupe, 9 ouvertures initialement prévues en 2020 ont été reportées à l’année prochaine.

La société de bourse Alpha Mena s’attend à une poursuite de la hausse et prévoit un cours-cible à 3 643 dirhams contre 3 260 le 25 décembre. En outre, Label’vie devrait distribuer autour de 57 dirhams ds dividendes par action au titre de cette année. « L’IPO d’Aradei Capital, filiale de Label’vie, a rassuré les investisseurs et fait beaucoup de bien à l’action en bourse », ajoute ce patron d’une société de bourse.

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