Politique économique

Comment la Côte d’Ivoire s’est réinvitée sur le marché de la dette obligataire

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Mis à jour le 07 décembre 2020 à 17h10
Abidjan

Abidjan © Renaud VANDERMEEREN

Alors que les dettes africaines sont plus que jamais au centre du débat, la Côte d’Ivoire a levé un milliard d’euros d’eurobonds fin novembre. Décryptage.

5 %. C’est le taux, historiquement bas, que la Côte d’Ivoire a décroché lors de sa sortie du 23 novembre sur les marchés internationaux. L’émission, qui a permis au pays de lever 1 milliard d’euros, a été largement sursouscrite (plus de 5 milliards d’euros d’intentions d’achat), malgré un contexte de regain d’inquiétude autour des dettes africaines.

Initialement prévue au 2e trimestre 2020, cette sortie avait été repoussée du fait de la crise sanitaire, et son annulation a un temps été envisagée.

Moment propice

Relancée par Alassane Ouattara après la présidentielle du 31 octobre, elle a cependant dû attendre que s’apaisent les tensions engendrées par le scrutin – marqué par des violences qui ont fait 87 morts et une centaine de blessés – et notamment la rencontre de réconciliation du 11 novembre entre Alassane Ouattara et son opposant Henri Konan Bédié.

Les équipes du ministère de l’Économie et des Finances, qui avaient depuis plusieurs semaines les yeux rivés à la courbe des taux sur les marchés internationaux, ont donc saisi le moment propice pour cette émission.

Ont notamment été mobilisés Jacques Assahoré Konan, le directeur général du Trésor public, ou encore Jules Coulibaly, le directeur général de la dette. La primature, siège du Premier ministre Hamed Bakayoko a servi de point focal, avec Emmanuel Ahoutou, le directeur de cabinet.

Le chef de l’État, Alassane Ouattara, a supervisé l’opération dont le mandat a été confié au trio composé de la BNP Paribas, JP Morgan et Standard Chartered. Au niveau local, le cabinet d’avocats KSK de Zinda Sawadogo a conseillé l’État ivoirien tandis que Karim Fadiga du cabinet Fadiga-Kacoutié prenait en charge les banques.

Reprofiler la dette

Sur le milliard d’euros ainsi levé, 825 millions serviront à racheter de précédentes obligations souscrites à des taux plus élevées. Ainsi, 500 millions d’euros seront consacrés à l’eurobond qui arrive à maturité en 2028, et dont le taux était à 6,37 %. Pour la maturité de 2032, un remboursement de 225 millions est prévu et enfin 100 millions sont destinés à l’échéance de 2025.

« C’est une stratégie qui permet de reprofiler la dette pour éviter une pression des échéances de remboursement dans la gestion des finances publiques », explique un conseiller financier à la primature.

Les 175 millions restant serviront à financer le budget 2020, tandis que les autorités ivoiriennes comptent sur une double levée en franc CFA et en euros pour financer le budget 2021.

Si ce taux de 5 % est un record pour la Côte d’Ivoire, et plus généralement très bas pour une émission africaine, il reste élevé comparativement celui qu’obtiendraient d’autres émetteurs, notamment en Europe où les banques sont en surliquidité. « La Roumanie, dont les caractéristiques sont quelque peu similaires à celles de la Côte d’Ivoire a levé un eurobond à 3 % », remarque ainsi un banquier international.

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