Politique

Présidentielle au Ghana : comme un air de déjà-vu

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 06 décembre 2020 à 17h05
Nana Akufo-Addo au Cap, en février 2019.

Nana Akufo-Addo au Cap, en février 2019. © Mike Hutchings/REUTERS

Le Ghana se prépare à choisir lundi son président, dans un scrutin qui s’annonce serré entre deux adversaires politiques de longue date qui se sont engagés à ne promouvoir aucune violence lors du vote et de la proclamation des résultats.

Les sons des vuvuzelas, ces trompettes sud-africaines bourdonnantes, et les chants de ralliement des partis politiques avaient envahi samedi Accra, où les deux principaux candidats devaient tenir leur ultime meeting en ce dernier jour de campagne des élections législatives et présidentielle de lundi 7 décembre.

Le président Nana Akufo-Addo, 76 ans, a rassemblé des centaines de partisans, portant des masques anti-Covid à son effigie, lors d’une tournée dans les principaux quartiers de la capitale et de ses environs. « C’est gagné d’avance. C’est clair. Regardez cette foule, ça dit tout, il y en aura pour quatre ans de plus pour Nana », s’exclamait Dauda Faisal, qui soutient le parti du président, le Nouveau Parti Patriotique (NPP).

L’adversaire du chef de l’État, l’ancien président désormais candidat de l’opposition et du Congrès national démocratique (NDC), John Dramani Mahama, a de son côté rencontré samedi matin les responsables des principaux syndicats du pays. Il leur a promis plus d’emplois, dans un contexte de faible croissance économique. John Dramani Mahama, 62 ans, devait organiser dans la soirée son dernier meeting à Accra.

Troisième round

Cette campagne a peu mobilisé en raison de la pandémie, mais aussi d’une certaine lassitude. Dans les rues d’Accra vendredi, seuls les drapeaux miniatures des principaux partis accrochés à des lampadaires rappelaient la tenue de scrutins présidentiel et législatif. Les t-shirts à l’effigie des candidats, habituellement portés en période électorale, sont restés dans les placards. Pas de grand meeting ou d’animation : les militants ont fait du porte à porte, et les électeurs ont été encouragés à se rendre aux urnes par SMS.

Il faut dire que cette élection a comme un air de déjà-vu. De fait, ces deux irréductibles adversaires s’affronteront lundi pour la troisième fois. En 2012, Dramani Mahama avait remporté le scrutin avec 50,7% des voix. Puis, en 2016, Akufo-Addo l’avait emporté avec 53,8%.

« Cette élection est celle des bilans », affirmait vendredi Bernard Twum-Ampofo, un fonctionnaire de la capitale. « Il faut comparer les bilans des deux principaux candidats et choisir le meilleur ». L’actuel président « a instauré la gratuité des lycées » et son prédécesseur « nous a donné les infrastructures », dit-il, précisant n’avoir pas encore fait son choix.

Onze autres candidats

Onze autres candidats – dont trois femmes – sont aussi en lice, mais leurs chances de l’emporter sont minimes, alors que les deux principaux partis dominent la vie politique depuis l’instauration de la démocratie, il y a 28 ans. « Lundi j’irai aux urnes, car le Ghana a besoin d’une troisième force, nous sommes fatigués de la politique du NDC et du NPP », affirme Gifty Inkoom, une étudiante-infirmière.

Depuis les années 2000, le pays a connu une forte croissance, mais certaines régions vivent dans le plus grand dénuement.

Les prétendants devront convaincre les 17 millions d’électeurs ghanéens, dont plus de la moitié a moins de 35 ans. Le chômage, les infrastructures, l’éducation et la santé sont les principaux enjeux.

Depuis les années 2000, ce pays riche en or, cacao et plus récemment en pétrole, a connu une forte croissance. Et le taux d’extrême pauvreté a été divisé par deux en moins de 25 ans. Mais certaines régions, notamment dans le Nord, continuent de vivre dans le plus grand dénuement, sans eau potable ou électricité.

Surtout, la crise provoquée par le coronavirus a durement touché le pays, dont la croissance cette année devrait tomber à 0,9 %, selon le FMI, soit le taux le plus bas depuis plus de 30 ans. Le président sortant a été salué pour sa gestion de cette crise, et il a tenu certaines de ses promesses, notamment sur l’éducation et l’accès à l’électricité. Mais il a déçu sur son engagement principal : lutter activement contre la corruption. En novembre, le procureur spécial anticorruption a démissionné, accusant Nana Akufo-Addo d’obstruction dans son travail.

Un « pacte de paix » signé

De son côté, John Dramani Mahama devra faire oublier les accusations de mauvaise gestion économique qui avaient empêché sa réélection. Cette année, il peut toutefois compter sur sa colistière, Jane Naana Opoku-Agyemang, une ancienne ministre de l’Éducation, réputée intègre et originaire du Centre, une région clé pour remporter le scrutin.

Jusqu’ici, le Ghana a toujours échappé aux violences post-électorales, contrairement à plusieurs de ses voisins ouest-africains. La campagne a toutefois été marquée par des accrocs, les opposants accusant notamment la commission électorale de manque de neutralité.

Tout le monde désire que cette élection se déroule bien. Il y a déjà beaucoup trop de points chauds à gérer dans la région »

Le président et son principal opposant ont signé vendredi un « pacte de paix » et se sont engagés à ne promouvoir aucune violence lors du vote de lundi et à la proclamation des résultats. « J’ai confiance dans le processus électoral, et je suis heureux de dire que nous accepterons le souhait du peuple ghanéen », a déclaré le président Nana Akufo-Addo, lors d’une cérémonie symbolique organisée à Accra. « La paix, l’unité et la sécurité doivent être notre première préoccupation », a-t-il ajouté.

Pour Kojo Asante, du Centre ghanéen pour le développement démocratique, les élections devraient se dérouler dans le calme. Il souligne également le nombre important d’observateurs internationaux et locaux prévus : « tout le monde désire que cette élection se déroule bien. Il y a déjà beaucoup trop de points chauds à gérer dans la région ».

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