Politique

RDC : Joseph Kabila contraint de reporter son voyage à Lubumbashi

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Mis à jour le 05 décembre 2020 à 18h14
Joseph Kabila dans le jardin de son ranch de Kinshasa, en décembre 2018

Joseph Kabila dans le jardin de son ranch de Kinshasa, en décembre 2018 © JOHN WESSELS/AFP

Joseph Kabila ne s’est pas rendu à Lubumbashi comme prévu. Un report de dernière minute réclamé par les autorités, alors que le président Félix Tshisekedi doit annoncer d’importantes décisions politiques ce dimanche.

Tout était prêt pour le départ de Joseph Kabila au Katanga ce samedi 5 décembre. Deux petits avions avaient spécialement été affrétés pour le déplacement de plusieurs cadres du Front Commun pour le Congo (FCC) qui devaient décoller pour Lubumbashi. Plusieurs collaborateurs de l’ex-chef de l’État étaient présents à l’aéroport de N’Djili, dont Kikaya Bin Karubi, son conseiller diplomatique, et Théodore Mugalu, son ancien chef de la maison civile.

Quelques minutes seulement avant le décollage, changement de programme : Joseph Kabila ne se déplacera pas. « On lui a signifié plus tôt qu’il ne pourrait pas voyager », évoque une source au sein de l’entourage de l’ancien président. Son avion, ses pilotes et tout le dispositif sécuritaire étaient pourtant prêts. Selon d’autres membres de la délégation contactés par Jeune Afrique, la Direction générale de l’immigration a refusé son départ « sur instruction de la présidence », sans donner davantage de détails.

« C’est pour des raisons de sécurité, les autorités actuelles ne veulent pas prendre de risque », évoque une source gouvernementale contactée par JA. « Depuis plusieurs mois, Kyungu Mutanga (alias Gédéon, chef de la milice Bakata Katanga, NDLR) est en cavale et la situation sécuritaire dans la province du Haut-Katanga est volatile, tout comme la situation politique, explique un conseiller de l’actuel président. Nous ne voulons pas exposer le sénateur ou prendre des risques pour sa sécurité. Par ailleurs, il y a des passerelles entre lui et le président Tshisekedi, ils pourraient être amenés à se voir ce samedi ou ces prochains jours. »

« État paranoïaque »

Des explications qui passent mal dans l’entourage de Joseph Kabila. « Soit c’est un argument fallacieux, soit on est dans un État paranoïaque », se désole Kikaya Bin Karubi. C’est Joseph Kabila qui nous a demandé de ne pas nous énerver, de suivre les instructions et de rentrer chez nous. Mais c’est une violation de nos droits à la libre circulation dans notre pays. »

En amont des annonces importantes de Tshisekedi dimanche, il faut avoir le contrôle sur tout le monde. »

« Ici, il est question d’avoir le contrôle sur Joseph Kabila et de suivre tout ce qu’il fait, indique de son côté une source sécuritaire. Le président Tshisekedi va annoncer ce dimanche des décisions importantes et nous ne savons pas comment vont réagir les uns et les autres, il faut avoir le contrôle sur tout le monde. »

Joseph Kabila s’apprêtait-il à livrer, depuis Lubumbashi, un show aux allures de démonstration de force, alors que le divorce semble quasi consommé avec son successeur Félix Tshisekedi, dont le grand oral est attendu ce dimanche pour rendre publiques les conclusions de ses consultations politiques ?

Tensions

À Lubumbashi, des centaines de personnes aux couleurs des partis membres du FCC, le groupement politique de Joseph Kabila, convergeaient dès l’aube vers l’aéroport de la Luano pour accueillir leur champion. « Le président vient pour entamer une tournée dans le grand Katanga, c’est sa base et la population veut l’accueillir parce que ça fait longtemps qu’il n’y était plus revenu », expliquait Félix Kabange Numbi, l’un des membres du comité d’accueil.

Le pays tout entier est suspendu à la déclaration de Félix Tshisekedi ce dimanche, qui pourrait annoncer la fin de la coalition entre le FCC et Cap pour le changement (Cach) et la nomination d’un informateur pour identifier une nouvelle majorité en sa faveur. Les tensions entre les deux groupements politiques se sont encore accentuées après le dépôt, ce samedi, de pétitions visant le bureau de l’Assemblée nationale, dirigé par Jeanine Mabunda.

Le président de la commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, qui a rencontré Joseph Kabila et Félix Tshisekedi  durant son séjour de deux jours en RDC, a d’ailleurs appelé les deux personnalités au dialogue.

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