Politique

RDC : Félix Tshisekedi va-t-il nommer un « informateur » pour trouver une nouvelle majorité ?

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Mis à jour le 04 décembre 2020 à 18h13
Le président congolais Félix Tshisekedi, en octobre 2020 lors de la prestation de serment des nouveaux juges nommés à la Cour constitutionnelle.

Le président congolais Félix Tshisekedi, en octobre 2020 lors de la prestation de serment des nouveaux juges nommés à la Cour constitutionnelle. © DR / Présidence RDC

Le président congolais a annoncé qu’il prendrait la parole, ce dimanche 6 décembre, pour annoncer ses décisions à l’issue des consultations menées en vue de constituer une « union sacrée » autour de sa personne. L’option de la nomination d’un « informateur » chargé d’identifier une nouvelle majorité parlementaire est privilégiée.

C’est une prise de parole qui est très attendue, et c’est peu dire. Pendant un mois, Félix Tshisekedi a multiplié les rencontres avec des acteurs politiques, des membres de la société civile et des diplomates.

La présidence a fait savoir qu’il prendrait la parole ce dimanche, à 14h30, pour annoncer les décisions politiques. Deux ans après son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi cherche des voies de sortie à la crise qui oppose sa coalition politique, Cap pour le changement (Cach), au Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, qui détient la majorité à l’Assemblée et au Sénat. Les divergences profondes au sein de cette alliance politique de circonstance entre deux camps qui se partagent le pouvoir exécutif sont devenues intenables pour le président.

Si plusieurs options sont sur la table, Félix Tshisekedi devrait privilégier la rupture de la coalition Cach-FCC, selon des indiscrétions de son entourage auprès de Jeune Afrique. Le président devrait par ailleurs annoncer la nomination d’un « informateur ».

Celui-ci sera ensuite chargé de conduire des consultations visant à identifier une nouvelle majorité, acquise cette fois à Félix Tshisekedi, dont la coalition ne dispose pour l’instant que d’une cinquantaine de députés sur les 500 que compte l’Assemblée.

Quel avenir pour Sylvestre Ilunga Ilukamba ?

Si l’informateur parvient à un tel résultat, cela devrait mécaniquement entraîner la démission du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilukamba, espèrent les conseillers de Félix Tshisekedi. « La fin de la coalition, si elle est déclarée, devrait conduire à sa démission », estime ainsi une source bien introduite à la présidence, qui insiste cependant sur le fait que, si ce dernier ne démissionne pas alors que ces conditions sont réunies, « tous les attributs du pouvoir lui seront retirés ».

Au sein de l’entourage présidentiel, pour parer aux éventuelles accusations d’inconstitutionnalité de cette démarche, on met en avant « l’ordonnance du 20 mai 2019 portant nomination de Sylvestre Ilunga  Ilunkamba, qui mentionne que celui-ci est nommé conformément à l’accord de coalition FCC-Cach ».

L’option d’une cohabitation, avec une majorité parlementaire non acquise à Félix Tshisekedi, « ne sera possible qu’en cas d’échec de l’informateur », précise une autre source.

Les noms de Katumbi et Bemba avancés

Si Félix Tshisekedi confirme, dans son discours de dimanche, cette option de la désignation d’un informateur, il restera la question de son identité. Dans ce cadre, les noms des opposants Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi sont régulièrement cités. Des hypothèses qu’un très proche conseiller de Félix Tshisekedi, qui a pris part aux consultations, juge « très crédibles ». Cependant, dans l’entourage de ces deux figures de l’opposition, personne ne confirme ni n’infirme formellement l’information.

Deux autres noms ont également été avancés. Celui de Modeste Bahati Lukwebo, sénateur élu sous l’étiquette de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et alliés (AFDC-A), un parti membre du FCC, et celui de Samy Badibanga, ancien Premier ministre et premier vice-président du Sénat.

Quelle que soit la personnalité désignée, l’informateur devra, s’il veut parvenir à identifier une nouvelle majorité, obtenir l’adhésion de mouvements politiques situés de part et d’autre du spectre. L’éventuel ralliement de Moïse Katumbi et de Jean-Pierre Bemba, qui rassemblent à eux deux une centaine de députés, ne permettrait pas à lui seul de renverser l’équilibre. Pour ce faire Tshisekedi devra aussi parvenir à débaucher près d’une centaine de députés du FCC de Kabila.

Chasse aux soutiens et accusations de corruption

Dans cette chasse aux soutiens, un ralliement de l’AFDC-A du sénateur Modeste Bahati Lukwebo, confirmé comme président de son parti par une décision du tribunal de grande instance de La Gombe le 23 novembre, ne suffirait pas. Le camp de Tshisekedi aurait besoin d’autres alliés.

Dans l’entourage de Tshisekedi, on se veut optimiste. « Plus de 150 députés du FCC sont partants », assure un proche conseiller du président. En face, les pro Kabila sont plus que sceptiques, et sur la défensive. Accusant le camp présidentiel de vouloir corrompre des députés, le Bureau de l’Assemblée nationale – tenu par le FCC – a d’ailleurs saisi le Conseil des sages pour vérifier les allégations selon lesquelles certains députés auraient été soudoyés pour changer de camp.

Cette crise au sommet de l’État entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi préoccupe également plusieurs pays de la région, ainsi que les États-Unis et l’Union européenne. Une campagne diplomatique croisée a été lancée par les deux bords, notamment à destination des trois pays « parrains de l’accord entre le FCC et Cach : l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Kenya.

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