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Algérie : l’étrange pari d’une privatisation des banques par la Bourse

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Immeuble de la banque CPA à Oran. CPA est l’un des établissements qui pourraient être concernés par la réforme.

Immeuble de la banque CPA à Oran. CPA est l'un des établissements qui pourraient être concernés par la réforme. © Nacerdine ZEBAR/Gamma-Rapho/Getty

Le gouvernement souhaite introduire en Bourse une partie du capital de deux banques publiques à l’horizon 2021. Une opération qui s’avère compliquée, en pratique, sur un marché peu attractif.

Alors que le ministre algérien des Finances et ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, Aymane Benabderrahme, vient d’annoncer l’ouverture du capital de deux banques publiques – qu’il n’a pas nommées – courant 2021, la question du manque de liquidité sur le marché refait surface.

En effet, le ministre a précisé que cette opération doit être réalisée via la Bourse d’Alger (SGBV), et ce dans le cadre des réformes gouvernementales du système financier national.

« La difficulté est que le marché boursier en Algérie n’est pas liquide », rappelle un banquier de la place. De fait, la Bourse d’Alger n’enregistre que très peu de transactions et il est donc plus difficile pour un investisseur de trouver acquéreur s’il souhaite revendre ses actions, l’économie algérienne étant largement sous domination bancaire en termes de financement.

Transactions « insuffisantes »

D’après le dernier rapport publié par l’autorité de régulation du marché financier algérien, la Cosob, la capitalisation boursière globale de la Bourse d’Alger représente moins de 45 milliards de dinars (285 millions d’euros) au 31 décembre 2018, soit moins de 0,5 % du PIB. Un montant 186 fois inférieur à la valeur totale des actions de sa voisine casablancaise, qui enregistrait une capitalisation boursière globale de 582 milliards de dirhams (53 milliards d’euros), au cours de la même année.

Par ailleurs, même si le volume global des échanges en bourse atteignait 249 696 titres sur l’année 2019, soit une hausse de plus de 10,23 % par rapport à 2018, et qu’ils ont également augmenté de 20 % en valeur, à 249 millions de dinars, les chiffres sont jugés « insuffisants », par l’autorité.

« Le nombre de transactions réalisées en Bourse est stable par rapport à l’année 2017, mais reste tout de même très insuffisant, ce qui dénote du faible niveau de liquidité sur le marché », souligne la Cosob. Elle précise que « les échanges ont porté globalement sur un seul titre, en l’occurrence Biopharm ».

Seulement quatre titres sur le marché principal

La place d’Alger s’avère également être un marché financier très peu profond. Seuls quatre titres sont cotés au compartiment action du marché principal : Alliance Assurances, l’hôtelier EGH El-Aurassi, les groupes pharmaceutique Saidal et Biopharm. Ils étaient encore cinq jusqu’en mars dernier, date à laquelle l’agro-industriel NCA Rouiba a présenté une offre publique de retrait en bourse.

Le compartiment PME, quant à lui, comporte toujours une seule société, AOM Invest spécialisée dans le développement du tourisme thermal et de bien-être, admise en décembre 2018. Durant l’année 2019, la Cosob n’a délivré aucun visa pour l’émission des emprunts obligataires. De même, aucune obligation n’a été admise à la cote officielle de la bourse d’Alger.

Mais alors que faut-il espérer de l’annonce du gouvernement algérien cette semaine ? « La bonne nouvelle est que l’État a pris conscience du fait que ces banques publiques, qui concentrent la majorité de l’activité bancaire nationale, lui coûtent cher », souligne notre banquier. « Le fait que ces établissements soient par ailleurs utilisés pour financer d’autres entreprises publiques déficitaires ne peut plus continuer », poursuit-il.

Une option pour les investisseurs institutionnels

Selon les observateurs du marché, il serait plus efficace de privatiser ou de fusionner les banques publiques, très nombreuses, avant d’ouvrir leur capital. Pour rappel, dans le panorama bancaire algérien, en mal de liquidités depuis plusieurs mois, près de 90 % des dépôts sont enregistrés par les banques publiques.

Il s’agira sûrement d’investisseurs du type compagnies d’assurances, Fonds national d’investissement (FNI) ou toute autre société qui détient du cash

Ce sont elles qui détiennent le plus de créances avec le Trésor public. En outre, leur portefeuille se compose des clients qui exportent le moins (et génèrent donc moins de contre-valeurs dinar). Ainsi par exemple de la pétrolière nationale Sonatrach, dont les comptes ne sont déposés que dans une banque, la Banque extérieure d’Algérie (BEA).

Sur les six grandes banques publiques qui dominent le marché, BEA, la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR), la Banque de développement local (BDL) et la Caisse populaire d’Algérie (CPA) sont celles identifiées comme étant en sous-liquidité.

Si l’on ignore pour le moment, le nom des banques visées – le ministère des Finances n’ayant pas répondu à nos sollicitations avant la parution de cet article -, la qualité des investisseurs concernés est, quant à elle, facilement envisageable. « Il s’agira sûrement d’investisseurs du type compagnies d’assurances, Fonds national d’investissement (FNI) ou toute autre société qui détient du cash », conclut notre interlocuteur.

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