Politique

Laurent Gbagbo entend rentrer en Côte d’Ivoire avant la fin de l’année 2020

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Laurent Gbagbo à La Haye, le 15 janvier, jour de leur acquittement.

Laurent Gbagbo à La Haye, le 15 janvier, jour de leur acquittement. © Peter Dejong/ANP/AFP

L’ancien président ivoirien s’est vu remettre ce vendredi 4 décembre deux passeports : un diplomatique et un ordinaire.

C’est en personne, et en présence de son avocate Me Habiba Touré, que Laurent Gbagbo a reçu, vendredi 4 décembre, en fin de matinée, ses deux passeports des mains de la cheffe de cabinet du ministre ivoirien des Affaires étrangères et de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire à Bruxelles.

Selon l’un de ses proches, l’ancien président « est très heureux » de pouvoir enfin en disposer. C’est un acte qui « va dans le sens de l’apaisement », peut-on lire dans un communiqué de son avocate.

Sur le départ

La délivrance de ces documents était néanmoins attendue. Elle avait été actée par le président Alassane Ouattara début novembre. Une mission du ministère des Affaires étrangères s’était rendue quelques semaines plus tard dans la capitale belge, où Laurent Gbagbo réside depuis son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI) en janvier 2019.

Dans son communiqué, Me Habiba Touré a précisé que l’ancien chef de l’État envisageait désormais de rentrer en Côte d’Ivoire avant la fin de l’année 2020. « Il a désigné à cet effet Assoa Adou pour approcher les autorités compétentes afin d’organiser son retour dans la quiétude, conformément à son statut d’ancien président de la République », explique-t-elle.

Le secrétaire général du Front populaire ivoirien (FPI) devrait très rapidement envoyer un courrier au Premier ministre, Hamed Bakayoko. Ce dernier s’était entretenu avec Gbagbo le 4 novembre, puis avait reçu Assoa Adou dix jours plus tard.

« Si son acquittement est confirmé »

Quelle sera la réaction des autorités ivoiriennes ? Selon nos sources, Alassane Ouattara ne souhaite toujours pas voir Gbagbo rentrer à Abidjan avant la fin de son procès devant la CPI. La cour ne s’est toujours pas prononcée sur la demande d’appel déposée par la procureure, Fatou Bensouda. « Le chef de l’État est prêt à le gracier si son acquittement est confirmé », précise un proche du président.

Je ne compte pas l’amnistier mais prendre une décision qui facilite son retour », affirme Ouattara

« Laurent Gbagbo va rentrer. Il a été acquitté en première instance par la CPI, mais il y a une procédure d’appel et, dès qu’elle sera terminée, je prendrai les dispositions pour qu’il puisse rentrer. Mais il a été condamné pour le pillage de la BCEAO et il y a des victimes qui ont ouvert une procédure ici pour les tueries perpétrées pendant sa présidence. Si je ne fais pas quelque chose, il ira directement en prison. Je ne compte pas l’amnistier mais prendre une décision qui facilite son retour », a ainsi déclaré Alassane Ouattara au Monde le 27 octobre.

Négociations avec le pouvoir

« Gbagbo veut rentrer le plus tôt possible. Il a déjà tout prévu, mais il ne peut pas le faire en catimini. Il est obligé de négocier avec le pouvoir », explique un collaborateur de l’ancien président, pour lequel il est plus réaliste d’envisager son retour début 2021, sans doute en février.

Dans les mois qui avaient précédé l’élection présidentielle du 31 octobre, plusieurs personnalités proches du pouvoir ivoirien s’étaient rendues à Bruxelles pour rencontrer l’ex-président. Si elles n’étaient pas forcément mandatées par Abidjan, elles ont fait passer un message similaire : son retour en Côte d’Ivoire serait facilité en cas de neutralité durant la campagne.

Ses proches affirment que Gbagbo n’a jamais donné suite. Alors que l’entourage du chef de l’État pensait avoir obtenu qu’il s’abstienne de prendre la parole avant le scrutin, le « Woody de Mama » a finalement brisé le silence le 29 octobre, dans une interview à TV5 Monde. Il a alors annoncé soutenir l’opposition dans sa contestation de la candidature d’Alassane Ouattara, sans toutefois appeler à la désobéissance civile. Et quelques jours plus tard, lorsque Henri Konan Bédié, Pascal Affi N’Guessan et Guillaume Soro avaient créée le Conseil national de transition (CNT), il avait demandé aux cadres de son parti de s’en démarquer.

Quelle place laissera-t-il à Pascal Affi N’Guessan et Simone Gbagbo ?

« Nous ne sommes pas dupes. Nous savons très bien que c’était une posture. Il n’avait pas d’autre choix que d’être en retrait », nuance un cadre du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Nouvelle génération

Plus proche que jamais, le possible retour de Laurent Gbagbo à Abidjan aura d’importantes conséquences, notamment sur l’avenir du FPI. Entend-il en conserver la présidence ? Quelle place laissera-t-il à Pascal Affi N’Guessan et Simone Gbagbo ? Une chose est sûre, l’ancien président planche sur cette question depuis plusieurs années.

« Il veut que le FPI retrouve son essence de formation de gauche. Il entend faire émerger une nouvelle génération. Des personnalités comme Justin Koné Katinan [son porte-parole en exil au Ghana] ou l’ancien ministre Ahoua Don Mello [aujourd’hui conseiller d’Alpha Condé] seront amenés à prendre des responsabilités plus importantes », explique un intime de Laurent Gbagbo.

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