Culture

Maroc : quand le Parlement égare des œuvres offertes par Hassan II

Réservé aux abonnés | | Par - à Rabat
Fouad Bellamine et trois de ses oeuvres disparues au Parlement.

Fouad Bellamine et trois de ses oeuvres disparues au Parlement. © H24 Info

Le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain accueille une exposition dédiée au peintre Fouad Bellamine. Mais trois tableaux de l’artiste, offerts par Hassan II au Parlement, restent introuvables.

Le 20 novembre dernier, l’artiste marocain Fouad Bellamine, 70 ans, a fait sa grande entrée au musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) de Rabat. Une centaine de ses œuvres, provenant de musées internationaux et de collections particulières, y sont exposées pour sa rétrospective, retraçant ses 50 années de création artistique. Un événement au Maroc, tant cette exposition, baptisée « Entrée en matière », est la première du genre consacrée à un artiste marocain vivant.

Pour préparer l’événement, le musée s’est livré à un inventaire des ouvrages de l’artiste au sein des différentes institutions du royaume. Surprise : trois de ses toiles, achetées par le défunt roi Hassan II et offertes au Parlement marocain dans les années 1980, manquaient à l’appel. « J’aurais aimé qu’elles soient présentes lors de cette rétrospective », regrette Fouad Bellamine.

À qui la faute ?

Comment trois œuvres, offertes par un monarque et destinées à orner les murs du Parlement, ont pu les quitter sans que personne ne s’en aperçoive ? « C’est triste, déplore l’artiste. Ce n’est que trois décennies plus tard que je découvre que trois de mes œuvres, que je croyais toujours au Parlement, n’y sont plus. »

L’histoire commence en 2019, quand Fouad Bellamine livre à la direction du musée Mohammed VI un répertoire de ses toiles en vue de préparer l’exposition, initialement prévue au printemps de l’année suivante. Parmi elles, trois toiles font partie de la collection parlementaire. Le directeur du musée, Abdelaziz Idrissi, s’adresse alors à l’institution. Réponse du Parlement : « ces peintures n’existent pas ici et ne figurent pas dans l’inventaire des œuvres d’art. »

Devant le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) de Rabat, en 2014.

- © FADEL SENNA/AFP

Pourtant, tout porte à croire que les œuvres de Fouad Bellamine s’y sont bien trouvées. « Suite aux travaux de rénovation et de restructuration du siège du Parlement entre décembre 1984 et avril 1985, l’édifice a été orné de décorations de luxe, sur ordre du roi Hassan II, relève Abdelhay Bennis, plus ancien fonctionnaire au Parlement, dans ses Mémoires. Des œuvres d’art de peintres marocains de renom, dont le prix total était estimé à 2 millions de dirhams (environ 183 000 euros), ont été commandées. » Celles de Bellamine faisaient partie du lot. En témoigne le chèque personnel du souverain émis par la Banque centrale et portant la signature de « Hassan Ben Mohammed », comme le rapporte l’artiste au média Le360.

Mystère

Pour l’heure, ni l’actuel président de la Chambre des représentants, Habib El Malki, ni ses prédécesseurs n’ont pu élucider le mystère de la disparition des œuvres de Fouad Bellamine. Dans ses Mémoires, Abdelhay Bennis confirme la disparition de coûteuses œuvres d’art de l’enceinte de l’institution législative au moment de la construction de la Chambre des conseillers. « Nous ne pouvons pas dire pour l’instant que les œuvres de Fouad Bellamine ont disparu, affirme Abdelaziz Idrissi, directeur du musée Mohammed VI, contacté par Jeune Afrique.

Plusieurs œuvres acquises par Hassan II et offertes au Parlement dans le même cadre ont été retrouvées dans d’autres endroits et dans d’autres collections. » Mais encore ? « Le mystère plane encore sur cette affaire », lâche-t-il, admettant que le musée n’a pas « creusé davantage », tant il était « mobilisé pour emprunter les œuvres de l’artiste représenté dans plusieurs collections de musées internationaux et collections privées ».

Le Parlement s’était pourtant doté d’un cadre juridique pour prévenir ce cas de figure. En février 2019, Habib El Malki et Mohamed Laâraj, alors ministre de la Culture, avaient signé une convention-cadre de partenariat visant à entretenir le patrimoine artistique et documentaire de la Chambre basse et à renforcer son rôle dans le développement de la créativité culturelle. L’accord scellé entre les deux institutions prévoyait « la protection des œuvres d’art plastique à la disposition de la Chambre des représentants et la préservation de ses composantes et de sa qualité ». Les trois tableaux ont-ils disparu lorsque leur « protection » a été décidée ? Le mystère reste entier.

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