Politique

« Tout ce que Donald Trump déteste » : Karine Jean-Pierre, la future voix de Joe Biden

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Mis à jour le 3 décembre 2020 à 16:56

Karine Jean-Pierre, lors d’une émission sur la chaîne américaine MSNBC, le 17 janvier 2020 à New York. © Gary Gershoff/Getty Images

Le président élu des États-Unis, Joe Biden, a nommé une équipe exclusivement féminine pour gérer sa communication à la Maison-Blanche. Parmi ces porte-voix, la (quasi) francophone Karine Jean-Pierre, sa future attachée de presse adjointe qui fut également la directrice de campagne de Kamala Harris.

1. Haïtienne

D’origine haïtienne, Karine Jean-Pierre naît en 1977 à Fort-de-France, en Martinique, où ses parents émigrent pour fuir la dictature du régime Duvalier.

À l’âge de cinq ans, elle s’envole en direction de New York et plus précisément du Queens, où elle grandit. Ses parents, séduits par le mythe du rêve américain, sont vite déroutés par les conditions de vie des immigrés aux États-Unis. Ingénieur de formation, son père se résout au métier de chauffeur de taxi et sa mère entame une carrière d’aide-soignante à domicile.

2. Formée à Columbia

En 2003, elle obtient un master en Affaires publiques dans la prestigieuse université de Columbia. Elle y fait un retour en 2014, cette fois pour donner des cours.

3. Lesbienne

Femme, noire, issue de l’immigration et lesbienne. Où qu’elle soit, Karine Jean-Pierre revendique son identité haut et fort. Elle est mariée à Suzanne Malveaux, journaliste de CNN, avec qui elle a adopté une fille se prénommant Soleil. Après la transition, elle sera la première femme noire et lesbienne à être attachée de presse adjointe de la Maison-Blanche.

« Servir et travailler pour le président Obama, auprès de qui vous pouvez être ouvertement gay, a été un honneur », avait affirmée celle qui avait rejoint les équipes du 44ème président des États-Unis en 2008. C’était incroyable de faire partie d’une administration qui donne la priorité aux questions LGBT. »

4. Aile gauche

Végétarienne, écologiste, défenseuse des droits des minorités … Karine Jean-Pierre incarne indéniablement l’aile gauche du parti démocrate. Sur le plan social, elle s’inscrit dans la lignée de Bernie Sanders et d’Alexandria Ocasio-Cortez.

5. D’Obama à Harris

Rien ne la prédestinait à s’engager en politique. Ses parents auraient souhaité qu’elle soit « avocate » ou « médecin ». « Chez mes parents, politique rime avec corruption », souligne Karine Jean-Pierre, dont la famille a été marquée par le régime Duvalier.

Elle s’engage pourtant après une rencontre à l’âge de 20 ans avec David Dinkins, premier maire noir de New York récemment décédé. Il sera son mentor. Elle rejoint la campagne de Barack Obama en 2008 et sera nommée directrice des affaires régionales après l’élection de ce dernier. Pour ses parents, elle devient alors l’incarnation de leur « rêve américain ». Engagée pour tourner la page Donald Trump, elle devient directrice de campagne de la vice-présidente élue Kamala Harris, dont elle est une proche.

6. « Tout ce que Trump déteste »

« J’incarne tout ce que Donald Trump déteste », aime-t-elle à rappeler. En 2018, elle est choquée par les propos du républicain, qui qualifie Haïti et plusieurs États africains de « pays de merde ». Face aux discours injurieux » et « haineux » du président américain, elle s’engage au sein de l’organisation MoveOn, un mouvement de résistance au président dont elle devient une figure éminente.

Elle s’oppose fermement aux politiques migratoires de l’administration Trump, comme le Muslim Ban, et dénonce l’expulsion des Dreamers, ces jeunes arrivés clandestinement aux États-Unis.

7. Accusée d’être « anti-Israël »

Depuis l’annonce de sa nomination, de nombreux médias et militants conservateurs l’accusent d’être « anti-Israël ». La critique, initialement relayée par le média d’extrême-droite Breitbart News, fait référence à une tribune parue dans l’hebdomadaire américain Newsweek.

Le texte, intitulé « Pourquoi les démocrates de 2020 ont ignoré l’AIPAC, le groupe israélien qui est souvent l’antithèse des valeurs progressistes » et signé par Karine Jean-Pierre en mars 2019, pourfend l’American Israel Public Affairs Committee, puissant lobby pro-israélien. Elle accuse notamment ce groupe d’avoir soutenu les politiques migratoires de Donald Trump contre le monde arabe, dont le Muslim Ban.

8. Le « tabou » de la dépression

Dans son ouvrage Moving forward, paru en novembre 2019, Karine Jean-Pierre évoque en quelques lignes la dépression dont elle a souffert. Un sujet qu’elle estime « tabou » au sein de la communauté afro.

Aînée d’une famille de trois enfants, en l’absence de parents souvent au travail, elle a assumé très jeune un rôle quasi-parental. À l’entrée dans l’âge adulte, elle peine à gérer les responsabilités familiales et la pression sociale qu’elle subit du fait de son homosexualité. Dans son livre, elle raconte comment cette accumulation va la conduire, jeune étudiante, à commettre une tentative de suicide.

9· (Un peu) francophone ?

Depuis l’annonce de sa nomination, de nombreux médias français insistent sur sa qualité de « francophone ». Mais sa maîtrise de la langue française reste limitée. « Elle comprend, mais n’est pas à l’aise pour parler couramment », précise à Jeune Afrique le journaliste québécois Frédéric Arnould.

10· Éditorialiste rhétoricienne

À Washington, son nouveau poste devrait lui aller à la perfection. Si elle n’est pas journaliste, elle en maîtrise tous les codes. Son art de la rhétorique a d’ailleurs fait d’elle une analyste politique très courue sur les plateaux télé. Elle a notamment été éditorialiste pour les médias américains NBC News et MSNBC.