Politique

Algérie : Tebboune pourra-t-il continuer à diriger ?

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 03 décembre 2020 à 11h49
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune le 19 décembre 2019 à Alger.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune le 19 décembre 2019 à Alger. © RYAD KRAMDI/AFP

Alors que le président algérien devrait regagner le pays dans les prochains jours, de nombreuses questions se posent sur la suite de son mandat.

Des informations au compte-gouttes, mais des informations qui se veulent rassurantes. Hospitalisé en Allemagne depuis le 28 octobre, le président Abdelmadjid Tebboune poursuit « ce qui reste de sa convalescence » après avoir quitté le CHU de Cologne où il se faisait soigner du Covid-19, indiquait lundi 30 novembre un communiqué de la présidence. Le chef de l’État algérien devrait revenir au pays dans les prochains jours, ajoutait la même source, sans autre indication.

Ces dernières nouvelles sur l’hospitalisation de Tebboune, âgé de 75 ans, interviennent à un moment où des rumeurs se faisaient insistantes sur la dégradation de son état de santé. Plus d’un mois après son admission dans une clinique à Cologne, admission précédée d’une semaine passée à l’hôpital militaire de Ain Naâdja d’Alger, le président n’a pas fait la moindre apparition publique.

Pas une seule image de son lieu de convalescence n’a été diffusée

Pas un seul mot de sa part – sauf sur le mode indirect – et pas une seule image de son lieu de convalescence n’ont été diffusés pour tenter de lever le mystère sur sa maladie et son évolution. Le 30 novembre, le jour même où la présidence avait rendu public ce communiqué, le président a reçu la visite de ses deux filles, venues par avion spécial d’Alger.

Elles rejoignent ainsi un des fils de Tebboune qui se trouve à ses côtés depuis son évacuation dans cet hôpital de renom situé en Rhénanie.

La dernière apparition publique du chef de l’État remonte au 15 octobre quand il a reçu en audience au Palais d’El Mouradia le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. Peu de temps après, il a contracté le nouveau coronavirus, probablement après avoir rendu visite à sa sœur, qui a rendu l’âme le 30 octobre.

Secret le mieux gardé d’Algérie

La communication autour de la guérison et d’un retour prochain du président incitent à la prudence tant il est vrai que des informations contradictoires ont été distillées par des canaux officiels depuis l’annonce de sa contamination samedi 24 octobre.

L’opacité sur sa situation réelle ainsi que sur sa période de convalescence suscitent des doutes quant à sa capacité à assumer pleinement ses fonctions une fois de retour au palais d’El Mouradia. Le mystère est tel que l’état de santé de Tebboune est devenu le secret le mieux gardé en Algérie.

La situation n’est pas sans rappeler l’épisode où l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, victime d’un AVC en avril 2013, a séjourné 80 jours à Paris, avant de regagner le pays.

Il y aura vraisemblablement un avant et un après-Covid dans le mandat de Tebboune

À l’époque, la longue convalescence de l’ancien président algérien ainsi que les graves séquelles de son accident vasculaire avaient posé la question de son incapacité à gouverner ainsi que la nécessité de faire appliquer les dispositions constitutionnelles concernant la vacance de pouvoir.

Bien que la question de l’incapacité de Abdelmadjid Tebboune à assumer ses fonctions ne fait pas encore débat, des interrogations émergent, mezza voce, malgré l’annonce de son prochain retour en Algérie et la reprise de ses fonctions. À quelques jours du premier anniversaire de son élection à la présidence de la République le 12 décembre 2019, il y aura vraisemblablement un avant et un après-Covid dans le mandat de Tebboune.

Tourmente

À quel degré sa maladie a-t-elle affecté ses capacités physiques et psychologiques ? Une épreuve comme celle que vit le président algérien laisse des traces. D’autant plus que les séquelles du coronavirus peuvent durer longtemps après la guérison.

Le pays se trouve en pleine tourmente, entre la pandémie du Covid-19, la crise économique qui en découle, la chute des revenus pétroliers et la défiance d’une partie de la population qui n’a pas cessé de contester la légitimé du président. La seconde année du mandat se jauge aussi à l’aune de ces facteurs.

À quel degré la maladie a-t-elle affecté les capacités physiques et psychologiques du président Tebboune ?

Quel sera le rapport de Abdelmadjid Tebboune au pouvoir, lui qui n’a jamais cultivé d’appétence particulière pour la fonction ? Aux visiteurs à qui il se confiait avant sa maladie, il répétait qu’il n’était demandeur de rien, qu’il n’est pas homme à s’accrocher au fauteuil présidentiel et qu’il fera de son mandat celui de la transition démocratique.

Dans l’hypothèse où il serait trop affecté pour poursuivre son mandat dans des conditions ordinaires, le président algérien pourrait davantage suivre la trajectoire d’un Liamine Zeroual, qui avait décidé d’écourter son mandat en septembre 1998, que celle de son prédécesseur Abdelaziz Bouteflika, dont l’obsession pour le pouvoir et ses privilèges avait fini par provoquer son départ forcé sous la pression de la rue.

À l’inverse, usé par ses fonctions, en proie à l’hostilité d’une partie de l’establishment miliaire, Zeroual avait démissionné en septembre 1998 pour organiser une élection présidentielle anticipée, qui avait abouti à l’arrivée au pouvoir de Bouteflika.

Hypothèse d’une succession évoquée

La volonté de Tebboune de faire de son mandat celui de la transition démocratique va-t-elle être révisée à la lumière des conséquences de sa maladie ? Va-t-il écourter son mandat et organiser une transition ordonnée ? L’hypothèse est évoquée dans les coulisses du pouvoir.

« La voie la plus salutaire pour le pays est que Tebboune mette en place lui-même et sans précipitation une succession apaisée et négociée avec l’institution militaire », avance un fin connaisseur du pouvoir, qui souhaite ne pas être identifié.

Reste qu’un tel scénario poserait peut-être plus de problèmes qu’il n’en réglerait pour le pouvoir algérien. Comment organiser une éventuelle alternance ? Avec quels acteurs et quel serait le rôle de l’armée qui demeure encore la colonne vertébrale du pouvoir ?

La voie la plus salutaire pour le pays est que Tebboune mette en place lui-même et sans précipitation une transition

Après le départ forcé de Bouteflika, c’est bien la Grande Muette qui avait repris en main les rênes du pouvoir, par l’intermédiaire de l’ancien vice-ministre de la Défense et chef d’État-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah. Prouvant ainsi que l’armée demeure un acteur incontournable lorsque le pays traverse une grave crise au sommet de lÉtat.

Pour autant, dans l’hypothèse d’une transition, il y a fort à parier que l’opinion algérienne ne verra pas d’un bon œil un tel retour aux affaires de l’armée, dont le chef d’état-major Saïd Chengriha, moins clivant et moins interventionniste que ne l’était Gaïd Salah, n’a d’ailleurs pas montré d’ambition de jouer les faiseurs de roi.

En attendant un début de réponse à toutes ces questions, les Algériens s’en remettent au bulletin de santé livré par les médecins du président. Et guettent l’apparition de son avion dans le ciel d’Alger.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3096_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte