Société

La lutte contre le paludisme, victime collatérale du Covid-19

Mis à jour le 18 juin 2021 à 13:39

Un test de paludisme sur une patiente à Zanzibar, en Tanzanie, en 2006 (Archives). © Creative Commons / Flickr / USAID

Selon l’OMS, le paludisme pourrait faire 46 000 morts supplémentaires en 2020, en raison des perturbations engendrées sur les systèmes de santé par la prise en charge de la pandémie de coronavirus.

Le paludisme tue chaque année plus de 400 000 personnes sur le continent. Et le décompte macabre pourrait être bien pire en 2020, à en croire les projections de l’OMS. La cause ? La pandémie de coronavirus. Car si les efforts d’adaptations conjoints des organisations internationales et des gouvernements ont permis d’éviter le désastre face au Covid-19, les systèmes de santé du continent, globalement fragiles, ont été lourdement ébranlés.

Selon Abdisalan Noor, chef d’équipe de l’unité de surveillance, de suivi et d’évaluation du Programme mondial de lutte contre le paludisme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre de décès causés par le paludisme pourrait, au niveau mondial, passer de 409 000 en 2019 à 455 000 en 2020 – dont 427 000 en Afrique, le continent représentant 94 % du nombre de morts causés par ce fléau – , soit 46 000 victimes supplémentaires en un an dans le monde.

PALU1

De 19 000 à 100 000 morts supplémentaires

L’OMS a modélisé plusieurs scénarios possibles, portant sur le degré d’incidence de la pandémie de coronavirus sur le niveau d’accès aux diagnostics et aux soins. Dans le pire des scénarios, qui considère que 50% de l’activité des services de santé a été perturbée par le coronavirus, il y aurait 100 000 morts supplémentaires dus au paludisme en 2020, par rapport à 2019.

Dans le meilleurs des cas, l’OMS table sur une surmortalité de 19 000 morts, si il s’avère que seulement 10% de l’activité aura été touchée en 2020. Pour Abdisalan Noor, « le scénario le plus probable est celui d’une incidence de 25% ».

PALU2La prévention et les soins touchés

L’impact du coronavirus sur la lutte contre le paludisme s’est fait sur les deux pans de celle-ci. La prévention, d’abord. La production et l’approvisionnement d’insecticides, de moustiquaires imprégnées, de tests et de médicaments ont été freinés ou bloqués par les mesures de confinement.

Moins bien diagnostiquées, les personnes touchées par le paludisme ont également été moins bien soignées. Les mesures prises pour endiguer la propagation du Covid-19 – confinement total ou partiel, distanciation sociale, etc. – ainsi que la peur d’être contaminé en se rendant dans un centre de soins, ont pesé sur l’accès aux soins. La crise économique qui a accompagné la crise sanitaire a également joué, rendant financièrement inaccessible les consultations pour les soins essentiels de base, selon les données de l’ONG Oxfam.

Par ailleurs, le manque de personnels soignants, déjà criant dans les pays impaludés (moins de 1 médecin pour 10 000 personnes dans la région du Sahel), a été aggravé par la contamination au coronavirus de plus de 10 000 d’entres eux à la fin du mois d’août.

PALU3

L’effet de l’engouement pour l’hydroxychloroquine

En avril, l’engouement provoqué par l’hydroxychloroquine pour soigner le Covid-19 a multiplié par six le prix de l’EMME, une molécule de base essentielle à sa fabrication. Une envolée qui aurait pu coûter très cher à la bataille contre le paludisme. Cette molécule entre en effet dans la composition de nombreux traitements antipaludiques (hydroxychloroquine, chloroquine, piperaquine et amodiaquine).

L’offre de la principale thérapie aujourd’hui prescrite contre le paludisme, à base d’artemisia, a aussi été perturbée. Cependant, les espoirs suscités par cette molécule défendue par le fameux professeur français Didier Raoult étant retombés, les prix ont recommencé à descendre à partir du mois de juin.

Plan de travail 1PALU

Besoin de 5 milliards de dollars

« En 2020, nous pourrions perdre tous les acquis obtenus au cours de la dernière décennie. Nous ne pouvons pas accepter que cela se produise » alertait, en septembre dernier, Peter Sands, directeur exécutif du Fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, premier pourvoyeur d’aide à destination des pays impaludés.

Si une enveloppe supplémentaire de 800 millions de dollars a été débloquée pour atténuer les effets délétères de la pandémie de Covid-19 sur les systèmes de santé, le Fonds mondial estime cependant avoir toujours besoin « de toute urgence » de 5 milliards de dollars pour les douze mois qui viennent.

PALU5