Politique

RDC : quand Tshisekedi s’assure de la « loyauté » des chefs de l’armée et de la police

Réservé aux abonnés | | Par - à Kinshasa
Des soldats congolais à Béni, dans le Nord Kivu, en décembre 2018 (illustration).

Des soldats congolais à Béni, dans le Nord Kivu, en décembre 2018 (illustration). © Goran Tomasevic/REUTERS

Félix Tshisekedi a demandé mardi au haut commandement militaire ainsi qu’aux chefs de la police nationale de réitérer leur loyauté à son égard. Un engagement qui intervient alors que le président congolais, engagé dans un bras de fer avec Joseph Kabila, s’apprête à annoncer d’importantes décisions politiques.

La rencontre aura duré quatre heures. Quatre heures au cours desquelles le président congolais a discuté avec tout ce que les forces armées et la police nationale comptent de généraux et d’officiers supérieurs. Mardi 1er décembre, Félix Tshisekedi, qui devrait très prochainement livrer ses conclusions du dialogue entamé il y a un mois dans l’optique de constituer une « union sacrée » autour de sa personne, avait aussi un message à transmettre : l’armée et la police doivent s’acquitter des missions qui leur sont dévolues, en particulier la « loyauté » envers les institutions, au premiers rang desquelles le président de la République…

Prenant la parole sur les marches du Palais de la Nation où venait de se dérouler la rencontre, le général Léon-Richard Kasonga, porte-parole de l’armée, a assuré que « militaires et policiers » demeurerons « apolitiques et républicains ». Face à ce qu’il a qualifié de « vicissitudes du moment », il a par ailleurs assuré que les militaires restaient « attachés aux valeurs démocratiques ».

La mise en garde de Tshisekedi

« Il nous a expliqué qu’il allait bientôt annoncer des décisions importantes, pour permettre d’améliorer les conditions de vie de la population, et qu’il voulait que les forces de sécurité se comportent de manière républicaine », confie à Jeune Afrique une source qui a assisté à la réunion.

« Le président a reconnu que nous travaillons dans des conditions difficiles, et qu’il doit trouver une solution pour changer cela, rapporte un autre participant. Mais il a aussi insisté sur le fait qu’il sait qu’il y a des gens, au sein des forces de sécurité, qui sont tentées de répondre aux appels de certains politiciens. Et sur ce point, il a prévenu : il a promis de châtier ceux qui sortiraient de leur rôle. »

Une mise en garde qui intervient dans un contexte politique très tendu au sein de l’attelage qui se partage les rênes du pouvoir à Kinshasa, les crispations entre le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila et Cap pour le changement (Cach) de Félix Tshisekedi semblant avoir atteint un point de non-retour. Du 2 au 25 novembre, le président congolais a mené des consultations politiques tous azimuts, recevant personnalités politiques et représentant de la société civile, promettant de proposer une voie de sortie à cette crise politique dont il estime qu’elle bloque l’avancée de dossiers prioritaires, de la sécurité à la réforme électorale en passant par la politique étrangère.

Décisions annoncées et craintes de violences

Si la présidence a maintenu un silence total sur ce que Félix Tshisekedi pourrait annoncer, le président a d’ores et déjà suspendu la tenue des conseils des ministres, ce que nombre d’observateurs lisent comme un signe supplémentaire de sa volonté de se séparer de son Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, un pro-Kabila nommé par Tshisekedi en mai 2019 au terme de longues tractations entre les deux camps. Selon des indiscrétions de l’entourage du président congolais, Félix Tshisekedi pourrait décider de désigner un « informateur » qui sera chargé d’identifier une nouvelle majorité au sein d’une Assemblée nationale qui, pour le moment, est très majoritairement détenue par le FCC.

Ces tensions politiques font craindre l’éruption de violences, et l’appareil sécuritaire, dont une partie des chefs a été nommé sous l’ancien président Joseph Kabila, est particulièrement scruté. Mi-novembre, le général Léon-Richard Kasonga avait déjà enjoint les hommes politiques à cesser de vouloir « opposer les militaires les uns aux autres » et demandé aux troupes de « ne pas se laisser influencer ».

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le général-major Christian Tshiwewe Songesha, commandant de la Garde républicaine, a réitéré cet appel à maintenir la neutralité de l’armée. « Je vous invite à ne pas comploter contre le pouvoir en participant à des réunions clandestines. Restez des patriotes habités par la loyauté, la fidélité envers le chef de l’État, a notamment déclaré l’officier à qui Tshisekedi a confié le commandement de la Garde républicaine en avril dernier. Trahir le Congo, pour nous, c’est trahir le président de la République en allant à l’encontre de ses directives. »

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