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« Oh! AfricArt » : l’art contemporain africain enfin à la télé

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Mis à jour le 04 décembre 2020 à 10h10
L’artiste ghanéen El Anatsui, en 2015.

L’artiste ghanéen El Anatsui, en 2015. © Eric Sander pour le Domaine de Chaumont sur Loire

Dès le 6 décembre, les chaînes de télévision France 2 et TV5 Monde lancent « Oh! AfricArt », une courte émission labellisée Africa 2020 sur la création contemporaine africaine.

Depuis quelques années maintenant, l’art contemporain africain se forge une reconnaissance internationale, séduisant les collectionneurs, investissant les foires au-delà de celles qui lui sont spécifiquement consacrées, telles 1-54 et AKAA pour ne citer qu’elles. Lentement, l’enthousiasme et l’énergie qui animent ce petit monde de créateurs se diffusent vers le grand public, en Occident et, d’une manière plus confidentielle, en Afrique.

Ainsi peut-on se réjouir quand des chaînes télévisées comme France 2 et TV5 monde (entre 2,5 et 3 millions de téléspectateurs) annoncent une nouvelle émission consacrée aux artistes contemporains du continent. Dès le 6 décembre, « Oh! AfricArt » prend en effet le relais de d’« Art d’Art », tous les dimanche à 21 heures, et entend toucher entre 3 et 4 millions de téléspectateurs.

« L’ailleurs n’est pas si loin d’ici »

La série, présentée par Elizabeth Tchoungui et réalisée par Fabrice Michelin, sera composée de 24 programmes d’une minute trente chacun. Chaque épisode aura pour ambition de présenter, à partir d’une œuvre, un artiste et un pays. « Notre souhait est de montrer, à travers la dynamique et la vitalité de la scène artistique, une Afrique en mouvement qui écrit de nouveaux récits, un continent en pleine effervescence », écrivent les auteurs.

Dans sa note d’intention, la journaliste franco-camerounaise Elizabeth Tchoungui, actuelle présidente déléguée de la fondation Orange, s’exclame : « Quelle chance de pouvoir, à la faveur de la saison culturelle Africa 2020, raconter un continent en mouvement et une diaspora à l’unisson à travers ses plasticiens, dans un format pédagogique, diffusé à une heure de grande écoute, sur une grande chaîne nationale ! Telle un griot moderne, je souhaite être une passeuse entre le téléspectateur, que je crois curieux de nature, et les artistes contemporains d’Afrique qui montrent un continent en pleine effervescence. Il ne s’agit pas seulement d’une invitation au voyage : bien souvent, il est question de communauté de destins. L’ailleurs n’est pas si loin d’ici. »

Si nous faisons une seconde série de 24, nous irons vers des artistes moins consensuel

Produits par Tim Newman (D18) et Sonia Perrin, qui ne souhaitent pas communiquer leur budget, les 12 premiers épisodes d’« Oh! AfricArt » seront diffusés entre le 6 décembre 2020 et le 21 février 2021. À tout seigneur tout honneur, le premier d’entre eux portera sur l’artiste africain le plus en vogue et le mieux côté aujourd’hui, le Ghanéen installé au Nigeria El Anatsui, et son œuvre Sasa (2004).

Les téléspectateurs pourront ensuite découvrir les créations du Malgache Joël Andrianomearisoa, de l’Algérienne Dalila Dalléas Bouzar, de la Marocaine Fatima Mazmouz, de la Sud-Africaine Zanele Muholi, du Nigérian Yinka Shonibare, de l’Éthiopienne Aïda Muluneh, du Congolais Sammy Baloji, ou encore du Camerounais Barthélémy Toguo.

Approche pédagogique

Il serait malavisé de bouder le plaisir d’entendre parler de ces artistes majeurs, sélectionnés pour « la diversité des thèmes explorés », « l’engagement politique, sociétal et environnemental », la « diversité des mediums », le « respect des équilibres géographiques et linguistiques » et enfin leur « représentation dans les programmes des expositions de la saison Africa 2020″. Reste qu’avec un choix si consensuel et une durée d’émission très courte, « Oh! AfricArt » risque de rester à la surface d’une créativité qui bouscule les codes établis bien plus qu’il n’y paraît.

À titre d’exemple, l’émission consacrée à l’artiste égyptienne Ghada Amer et à son œuvre brodée My Nympheas #2 se contente d’évoquer de loin l’engagement de l’artiste. « L’éloge de la liberté des corps, enfin… Regardez bien. Derrière les rideaux d’arabesques, des moues sensuelles, des regards mutins : des nymphéas aphrodisiaques, comme une invitation au plaisir. » C’est joliment dit, mais souvent, Ghada Amer va beaucoup plus loin, brodant des scènes de sexe à partir d’images tirées de magazines pornographiques pour hommes, brodant des passages du Coran évoquant les femmes d’une manière générale. « Si nous faisons une seconde série de 24, nous irons vers des artistes moins consensuel, explique Tim Newman. Mais pour une première série s’adressant à des téléspectateurs novices en matière d’art contemporain africain, il fallait rester dans une approche simple, pédagogique. »

Reste donc à espérer pour la suite des choix plus iconoclastes et provocateurs qui diraient véritablement l’énergie et l’engagement d’une génération qui ose s’attaquer bille en tête aux tabous, traditions, institutions, ou encore pouvoirs en places.

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