Politique

L’ex-Amazone de Kadhafi Zahra Mansour pourra-t-elle rester en France ?

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 07 décembre 2020 à 11h21
Mouammar Khadhafi, en 2007 à Syrte.

Mouammar Khadhafi, en 2007 à Syrte. © The Asahi Shimbun via Getty Images

Alors que la demande d’asile en France de Zahra Mansour a été rejetée, l’ex-Amazone de Kadhafi a déposé fin octobre un dernier recours devant le Conseil d’État.

Selon nos informations, Zahra Mansour a décidé de porter son affaire devant le Conseil d’État. La Libyenne, ancienne membre de la garde personnelle de Mouammar Kadhafi, espère que cette instance, devant laquelle elle a déposé son recours fin octobre, invalidera les précédentes décisions défavorables quant à sa demande de droit d’asile en France.

Éxilée sur le sol français depuis 2014, elle avait vu sa demande rejetée une première fois par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 4 mai 2018. La Libyenne avait alors fait appel devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), mais celle-ci a confirmé le refus en juin 2020, après avoir reporté sa décision de près de six mois.

Craintes pour sa sécurité

À 63 ans, Zahra Mansour, établie en Normandie depuis plusieurs années, estime qu’elle risquerait d’être persécutée, comme sa famille, par les nouvelles autorités libyennes, en raison de son passé et de ses opinions politiques. Une crainte reconnue par les autorités françaises, dans le cadre des conventions de Genève.

Néanmoins, l’OFPRA puis la CNDA ont tous deux fait jouer une clause d’exclusion à ces conventions. Elles ont indiqué que ces dispositions n’étaient « pas applicables aux personnes dont on aurait des raisons sérieuses de penser qu’elles se sont rendues coupables ou qui auraient participé à des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations unies ».

C’est ce qui a justifié le rejet de la demande de Zahra Mansour, représentée par Me Éric Moutet. La CNDA a estimé qu’il existait « des raisons sérieuses de penser qu’elle a contribué à ou (…) a assisté à la commission d’agissements contraires aux buts et principes des Nations unies sans chercher à aucun moment à les prévenir ou à s’en dissocier ».

Aux côtés de Kadhafi

Zahra Mansour fait la connaissance de Mouammar Kadhafi en 1977, alors qu’elle est chargée de l’accueillir en tant que déléguée des élèves de son école, non loin de Bab al-Azizia, le quartier général du « Guide ». Deux ans plus tard, elle entame une instruction militaire, pendant laquelle elle est régulièrement en contact avec Kadhafi en tant que représentante des élèves.

Formée en économie et en sciences politiques à l’université al-Fatah, à Tripoli, elle intègre en 1989 la garde du dirigeant libyen avant d’être recrutée par le ministère des Affaires étrangères. Chargée des relations entre la France et la Libye, elle accompagne Mouammar Kadhafi à plusieurs reprises lors de ses déplacements, notamment à Paris, en 2007.

Entendue dans l’affaire Sarkozy

L’ancienne Amazone a été entendue en janvier 2014 par le juge Serge Tournaire comme témoin dans l’affaire du financement libyen présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Elle aurait rapporté des propos de Khadafi sur ce sujet, dont un serait particulièrement explicite : « Zahra ne t’inquiète pas, si Sarkozy est aussi gentil, c’est qu’il ne fait que payer sa dette ».

L’ancien président français, qui a toujours nié les accusations, a été mis en examen le 21 mars 2018 pour corruption passive, recel de fonds publics étrangers et financement illégal de campagne. Le 12 octobre 2020, il a été également mis en examen pour association de malfaiteurs. Claude Guéant et Éric Woerth, directeur et trésorier de la campagne de 2007, sont mis en examen dans la même affaire.

Restée en Libye durant la guerre civile en 2011 – à la demande du Guide mais contre la décision du ministre libyen des Affaires étrangères, Moussa Koussa, qui souhaitait l’envoyer à l’ambassade de Libye en Autriche –, Zahra Mansour sera capturée par les rebelles libyens puis relâchée le 25 mai 2012, avant de fuir son pays pour la Tunisie puis pour la France en 2014.

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