Justice

[Chronique] Algérie : le procès de Karim Tabbou peut-il relancer le Hirak ?

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Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez

© Damien Glez

Le nouveau procès de l’opposant algérien Karim Tabbou va-t-il anesthésier davantage un mouvement de contestation pris entre le marteau judiciaire et l’enclume sanitaire ? Va-t-il au contraire relancer la révolte ?

Le Hirak est à la croisée des chemins, après avoir déclenché un jeu de bonneteau à l’issue duquel un président octogénaire à la santé fragile a été remplacé par un président septuagénaire longtemps « bouteflikiste » et hospitalisé depuis un mois. Le mouvement algérien de contestation qui s’apprête à célébrer ses deux ans est censément au milieu du gué. Si un proverbe africain enseigne qu’on « n’enterre pas un cadavre en laissant ses pieds dehors », la révolte tant vantée à l’internationale n’a pas fini de tourner la page d’un régime par trop autoritaire.

Or les manifestants se retrouvent, depuis quelques mois, engoncés dans un étau dont les deux points de pression sont la politique sanitaire et le rouleau compresseur de la justice. Selon des opposants, le régime aurait même « profité » de cette période de distanciation sociale pour non seulement suspendre toute manifestation, mais aussi multiplier les détentions et les poursuites à l’encontre de militants, de journalistes et de blogueurs. Le tout dans le cadre de procédures qui se hâtent lentement, aux mêmes motifs liés au coronavirus.

Marathon judiciaire

Ce lundi s’est ouvert le procès pour « atteinte au moral de l’armée » de Karim Tabbou, poursuivi pour avoir critiqué le pouvoir en mai 2019 lors d’un meeting à Kherrata, l’un des fiefs du Hirak. Débuté devant le tribunal de Kolea, ce nouvel épisode procédurier n’est qu’une étape dans le marathon judiciaire vécu par l’opposant algérien de 47 ans…

Arrêté le 26 septembre 2019, le chef de l’Union démocratique et sociale –UDS, parti politique non agréé – a été embastillé neuf mois avant de bénéficier d’une libération conditionnelle. Dans une autre affaire, il avait déjà été condamné en appel, le 24 mars, à un an de prison ferme pour « atteinte à l’intégrité du territoire national ». Cette fois, le procureur a requis trois ans de prison ferme et une amende de 100 000 dinars.

La justice algérienne servira-t-elle d’étouffoir du Hirak ou en sera-t-elle l’allié involontaire ? D’après le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), ce sont quelque 90 personnes qui seraient actuellement emprisonnées en Algérie pour des motifs qui porteraient atteinte à leurs libertés individuelles, notamment dans le cadre du Hirak. Or Karim Tabbou est l’une des figures les plus en vue de la contestation.

Guerre des nerfs

Le régime, lui aussi pris entre un marteau et une enclume – celui de la grogne nationale et celle du regard international –, ne peut bâillonner de façon absolue l’opposant. Réagissant à l’interview d’Emmanuel Macron dans Jeune Afrique, celui-ci dénonçait encore récemment « un pouvoir arrogant qui emprisonne des journalistes, bafoue les libertés publiques et soumet la justice à son diktat ».

Et même si Tabbou était réduit au silence, la presse ne pourrait résolument l’être : après avoir été tenus à l’écart de l’ouverture du procès, ce lundi, les journalistes ont finalement été autorisés à accéder à la salle d’audience. Pour peu que 2021 sonne le glas du coronavirus et de ses prétextes « confinants », la guerre des nerfs ne jouera-t-elle pas à nouveau en faveur du Hirak ? Cette nouvelle année sera aussi celle du dixième anniversaire du Printemps arabe…

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