Politique

Burkina Faso : Komboïgo devant Diabré, la nouvelle donne au sein de l’opposition

Réservé aux abonnés | | Par - à Ouagadougou
Mis à jour le 01 décembre 2020 à 09h39
Eddie Komboïgo lors du scrutin présidentiel, le 22 novembre à Ouagadougou.

Eddie Komboïgo lors du scrutin présidentiel, le 22 novembre à Ouagadougou. © Sophie Garcia/AP/SIPA

Les résultats des législatives confirment l’ascendant pris sur l’opposition par Eddie Komboïgo, candidat du CDP de Blaise Compaoré, au détriment de Zéphirin Diabré, le désormais ex-chef de file de l’opposition.

L’image est forte. « Roch » et « Zeph », tous deux vêtus d’un boubou en Faso Dan Fani, installés côte à côte dans les confortables fauteuils du QG de campagne du président sortant, dont la Commission électorale a annoncé quelques heures plus tôt la victoire par « coup KO », avec 57,87% dès le premier tour. Si le premier arbore le sourire gourmand du vainqueur tout juste déclaré, l’expression du second, dont le visage est partiellement caché par le masque de protection, est moins lisible. Si sourire il y a, on imagine qu’il doit être un peu crispé.

En ce vendredi 27 novembre, Zéphirin Diabré n’est certes pas le seul candidat malheureux à être venu en personne féliciter Roch Marc Christian Kaboré, mais le président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) est le principal opposant à avoir fait le déplacement.

Celui qui espérait incarner le « vrai changement » et créer la surprise a finalement terminé troisième avec 12,46% des suffrages, laissant la deuxième place à Eddie Komboïgo (15,48%). Ce dernier, qui concourrait sous les couleurs du Congrès pour la démocratie (CDP, de Blaise Compaoré), n’a pour l’heure pas officiellement salué la victoire du président sortant. « Nous avions dénoncé des irrégularités profondes qui ont entaché la sincérité des votes, nous attendons de fait l’avis du Conseil du constitutionnel avant de nous adresser à lui », glisse un proche de Komboïgo.

Retour du CDP

Cette différence d’approche augure-t-elle de la posture que prendront, dans les semaines et mois à venir, les deux opposants ? Laisse-t-elle entrevoir la réponse que les deux hommes adresseront à Roch Marc Christian Kaboré qui s’est posé en rassembleur, assurant être attaché à « la concertation et au dialogue permanent » ?

Résultats des législatives 2020 (résultats provisoires délivrés par la Ceni, comparés aux résultats du scrutin de 2015.

Résultats des législatives 2020 (résultats provisoires délivrés par la Ceni, comparés aux résultats du scrutin de 2015. © Infographie : Marie Toulemonde / Jeune Afrique

Fort de son score, Eddie Komboïgo, pour qui cette campagne était une première tentative, est parvenu à réinstaller le CDP dans le paysage politique burkinabè. Les résultats provisoires des législatives, qui créditent le CDP de 20 sièges au Parlement, confirment ainsi le leadership pris par un parti dont les poids lourds n’avaient pu participer au scrutin de 2015.

À l’époque, la loi avait écarté de la compétition ceux qui avaient soutenu le projet de modification de la Constitution visant à permettre à Compaoré de briguer un cinquième mandat. « Le CDP est un grand parti. Il n’est pas là pour brûler ce pays, contrairement à ce que certains pensent, insiste notre source dans l’entourage du candidat du CDP. Dans l’intérêt de la nation, nous serons présents sur l’échiquier politique pour échanger sur les grandes questions. »

Contacté par Jeune Afrique ce lundi 30 novembre, Eddie Komboïgo a confirmé l’abandon des recours déposés devant le Conseil constitutionnel portant sur les résultats de la présidentielle. « Nous étions tenus par un accord [qui stipulait qu’en cas de second tour, les autres candidats soutiendraient le mieux placé d’entre eux, ndlr], mais celui ci a désormais volé en éclat. À partir de ce moment, il ne sert à rien pour nous de poursuivre sur cette voie », a-t-il déclaré.

Zéphirin Diabré, de son côté, a semblé hésiter sur la marche à suivre. Alors qu’il s’était montré extrêmement virulent, dès le jour du scrutin, mettant en garde contre des « tentatives de fraudes », et qu’au lendemain du vote il continuait de laisser planer le doute quant à sa volonté de reconnaître les résultats alors proclamés au compte-goutte par la Ceni, il était finalement resté silencieux. Le 24 novembre, quarante-huit heures après le vote et alors que le discours d’une partie de l’opposition – dont il faisait partie – faisait craindre des tensions post-électorales, Zéphirin Diabré a rencontré Roch Marc Christian Kaboré dans la résidence de ce dernier, dans le quartier huppé de Ouaga 2000. Le rendez-vous, confirmé à Jeune Afrique par plusieurs sources, n’a donné lieu à aucune communication publique.

Un accord entre le MPP et l’UPC ?

Zéphirin Diabré, lors de la présidentielle du 22 novembre, dans un bureau de vote de Ouagadougou.

Zéphirin Diabré, lors de la présidentielle du 22 novembre, dans un bureau de vote de Ouagadougou. © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

Les commentateurs politiques ne se sont pas privés d’y voir le prélude à un éventuel accord politique entre le Mouvement pour le progrès (MPP, parti présidentiel) et l’UPC, qui a enregistré un net recul lors des législatives en ne parvenant à obtenir que 12 sièges, contre 30 dans l’Assemblée sortante.

L’alliance entre Zéphirin Diabré et le MPP dépend du président Kaboré.

Dans ce contexte, « l’alliance entre Zéphirin Diabré et le MPP, qui pourrait l’amener au gouvernement, dépend du président Kaboré. Mais s’il décide effectivement d’aller vers cette option, il devra le faire en sautant les barrières militantes, car le MPP et ses cadres pourraient bien faire obstacle », prévient cependant l’analyste politique Siaka Coulibaly.

Pour ce dernier, si « le président Kaboré n’est pas tenu de tendre la main à l’opposition », le « contexte particulier pourrait toutefois encourager le chef de l’État à mener un dialogue politique lui permettant de débaucher dans d’autres formations politiques si cela est nécessaire. »

Si le MPP ne dispose pas de la majorité absolue dans la future Assemblée, avec les 56 sièges qu’il y a décrochés selon les chiffres de la Ceni (voir infographie ci-dessous), Roch Marc Christian Kaboré est toutefois assuré d’avoir un Parlement en sa faveur. En cumulant les sièges obtenus par le MPP et ses alliés, la mouvance présidentielle concentre en effet 90 des 127 sièges (13 sièges pour le NTD, 5 pour l’UNIR/PS, 4 pour le MBF, 3 pour le PDC, 3 pour le RPI, 3 pour le CPS, 2 pour le CNP et 1 pour le PUR). Dans ce contexte, fort de ses treize sièges, le parti de l’actuel ministre des Transports Vincent Dabilgou, le Nouveau temps pour la démocratie, pourrait bien jouer les arbitres.

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