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Quand l’exception devient la règle

Ministres, magistrates, élues locales… Les femmes jouent un rôle de plus en plus important dans la vie publique tunisienne.

Par - Abdelaziz Barrouhi
Mis à jour le 15 mars 2005 à 00:00

Les femmes tunisiennes font peut-être de moins en moins d’enfants, mais elles font de plus en plus de politique. D’abord au sein du pouvoir exécutif, où leur poids dans la prise de décisions est de plus en plus significatif. Deux d’entre elles occupent le poste de conseiller auprès du président de la République, et les femmes qui siègent au gouvernement représentent 15 % de l’effectif ministériel. Depuis le remaniement du 10 novembre 2004, on en compte cinq dans des ministères dits « sociaux », une au département des Affaires étrangères et l’autre dans les Nouvelles Technologies. Deux ont rang de ministre : Samira Khayach Belhadj, qui est à la tête de l’Équipement, l’Habitat et l’Aménagement du territoire, et Saloua Ayachi Labben, pour les Affaires de la femme, de la famille, de l’enfance et des personnes âgées.
Saida Chtioui est secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée des affaires américaines et asiatiques. Khadija Ghariani l’est auprès du ministre des Technologies de la communication, chargée de l’informatique, de l’Internet et des logiciels libres. Sarra Jarraya est chargée de l’enfance et des personnes âgées au ministère des Affaires de la femme, de la famille, de l’enfance et des personnes âgées ; Najah Belkhiria Karoui de la Promotion sociale auprès du ministre des Affaires sociales, de la Solidarité et des Tunisiens à l’étranger ; Neziha Escheikh des institutions hospitalières auprès du ministre de la Santé publique.
C’est devenu une tradition que des femmes soient nommées ambassadeurs. On en compte actuellement trois en fonctions : Naziha Zarrouk représente la Tunisie au Liban, Emna Aouij est ambassadrice aux Pays-Bas, et Hamida Mrabet Labidi, la dernière venue, l’est auprès de trois pays latino-américains : l’Argentine, le Chili et l’Uruguay.
Dans la fonction publique, les effectifs féminins représentent 22 % du total, dont 12 % dans les cabinets ministériels en 2004. Vingt-trois femmes occupent la charge de directeur général. Dernière nouveauté dans le pays : une femme a été nommée gouverneur à Zaghouan.
Sur le plan des droits constitutionnels, la femme tunisienne a le droit de vote et est éligible depuis l’indépendance, en 1956. Au sein du pouvoir législatif, le taux de représentation féminine à la Chambre des députés est de 22,7 % depuis les législatives de 2004, presque le double de la législature précédente… et douze fois plus qu’en 1966. Une femme occupe le poste de vice-président de la Chambre et une autre celui de présidente d’une commission parlementaire. Au niveau des conseils municipaux, le taux de présence féminine est de 21,6 % en 2004 contre 13,3 % en 1985. Une décision présidentielle prévoit de le porter à 25 % lors des élections municipales prévues pour 2005. Dans la justice, on compte une femme au poste de procureur de la République, et 27 % des juges sont des femmes.
Comment expliquer leur présence de plus en plus forte dans la vie publique ? D’abord, la plupart des nominations relèvent d’une volonté politique qui tend à devenir une règle : lorsqu’il s’agit de pourvoir un poste d’un certain niveau, la liste des candidats suggérés comporte obligatoirement le nom d’une femme. Il est vrai que l’on peut également puiser dans un vivier universitaire, où les femmes réussissent généralement mieux que les hommes. Le taux de succès des filles au baccalauréat est de 72 %, et les étudiantes représentent 56 % des effectifs dans l’enseignement supérieur.