Télécoms

Télécoms : à peine débarqué à Lomé, Axian déjà dans le viseur du régulateur

Réservé aux abonnés | | Par - à Lomé
Mis à jour le 02 décembre 2020 à 12h11
Vue de la ville de Lomé, au Togo.

Vue de la ville de Lomé, au Togo. © Jacques Torregano pour JA

Mis en cause pour les « dysfonctionnements » de son service de mobile money, Togo Cellulaire risque une sanction de 2 % de son chiffre d’affaires. L’opérateur défend pourtant son offre commerciale et son déploiement rapide de la 5G.

Après avoir échappé à une amende pour différentiation tarifaire inter et extra-réseaux, Togo Cellulaire n’est pas encore tiré d’affaire.

Le 23 novembre, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep, ex-Autorité de règlementation des secteurs des postes et télécommunications ART&P) a  déclenché une procédure de sanction pour cause de désagréments  et de dysfonctionnements graves du service de paiement mobile T-Money.

Le régulateur reproche également à l’opérateur détenu par le holding togolais Togocom, né de la fusion des anciens opérateurs publics Togo Télécom (téléphonie fixe) et Togo Cellulaire (téléphonie mobile) en 2018, un déficit de communication à l’endroit des consommateurs.

Baisse des tarifs inter-réseaux

« La décision ouvre la voie à une enquête plus approfondie qui peut durer deux à six mois avant d’aboutir à une décision du  comité de direction », explique une source contactée par Jeune Afrique. L’opérateur risque une amende dont le montant peut aller jusqu’à 2 % de son chiffre d’affaires, avec possibilité d’une astreinte d’un montant minimal de 500 000 F CFA (762 euros) par jour.

Actionnaire majoritaire du holding togolais Togocom depuis sa privatisation il y a un an, Axian Groupe est donc dans le collimateur de l’Arcep pour la 2e fois en un mois, après une première mise en demeure, le 9 novembre, concernant la différenciation tarifaire inter et extra réseaux qu’il appliquait – une procédure qui a également visé Atlantic Télécom (qui opère sous la marque Moov).

Togocom et Atlantic Télécom avaient alors procédé à une réduction de 30 % de leurs tarifs inter-réseaux et à une cessation de la différenciation tarifaire. Les coûts intra-réseaux sont tombés à 79 F CFA par minute contre 80 à 90 F CFA auparavant.

Manque de transparence

Cette fois-ci, ce sont les nombreuses défaillances sur le canal USSD que pointe le régulateur. Au cours de dernière semaine, les consommateurs ont été confrontés à des bugs récurrents, tels que des difficultés à retirer de l’argent ou des retraits décomptés deux fois.

« Les consommateurs sont outrés par la qualité des  services de T-Money », fustige Emmanuel Sogadzi, président de la Ligue des consommateurs du Togo (LCT), qui se félicite que l’Arcep soit « en train de répondre favorablement aux cris de détresse des Togolais » et encourage l’opérateur à « appliquer les différents textes de loi qui régissent le secteur pour une amélioration sensible des services ».

Parmi les obligations visées, celle d’« assurer la disponibilité permanente, continue et régulière des services autorisés », note l’Arcep. Mais aussi, en cas de perturbation ou d’interruption du service pendant plus de deux heures, celle d’ informer les clients sur la nature du problème et le délai approximatif dans lequel le service sera rétabli.

Or, « la société Togo Cellulaire n’a informé ni l’autorité, ni ses clients de ses problèmes », relève le régulateur qui juge les explications fournies par l’opérateur après son interpellation « irrecevables », ce qui a entraîné l’ouverture de la procédure de sanction.

4,5 millions d’abonnés

« Togocom met tout en œuvre pour offrir les meilleurs services en manière de télécommunication et de connectivité à toute sa clientèle, tout en assurant la proximité et la disponibilité de ses produits et services pour toutes les bourses », réagit Paulin Alazard, directeur général de Togocom, qui veut continuer à « offrir une meilleure qualité de service au client final, assurer le désenclavement des hameaux les plus reculés et amener le meilleur de la technologie mobile à la population togolaise ».

Paulin Alazard souligne le fait que l’opérateur vient d’activer son réseau commercial 5G, « un défi relevé en seulement un an, conformément à notre feuille de route », se félicite le dirigeant. L’opérateur mobile Togo cellulaire qui revendique 4,5 millions d’abonnés (+9 % sur un an) annonce une couverture des services 3G et 4G  respectivement de 96 % et 65 % de la population.

En 2019, le chiffre d’affaires cumulé de Togo Cellulaire et Togo Telecom, les deux structures rassemblées dans Togocom, dépassait 120 milliards de F CFA.

Un régulateur plus offensif

Chargée de mettre en place les conditions d’une concurrence saine et équitable sur le marché togolais des communications électroniques, dans l’intérêt des consommateurs, « l’Arcep a gagné en indépendance après la privatisation des sociétés publiques  Togo Télécom et Togo Cellulaire », souligne Kwami Ossadzifo Wonyra, expert en politique commerciale et enseignant-chercheur à l’Université de Kara.

Pour ce dernier, le secteur togolais des télécoms tel qu’il était jusqu’en 2018 – deux opérateurs publics aux côtés d’un seul privé, « a rendu difficile le rôle du régulateur qui maintenant, reprend sa mission en main », analyse le chercheur qui préconise une application des normes de la Cedeao en matière de réduction des coûts des services de télécommunications, « qui ont un rôle majeur pour tous les autres secteurs d’activités économiques ».

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer