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Delphine Traoré (Allianz Africa) : « Malgré les cessions, notre chiffre d’affaires a triplé en Afrique »

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Mis à jour le 26 novembre 2020 à 17h57
Le siège de l’assureur Allianz à Dakar (image d’illustration).

Le siège de l'assureur Allianz à Dakar (image d'illustration). © Youri Lenquette pour J.A.

Alors que son retrait de plusieurs pays en 2019 laissait craindre un repli d’Allianz sur le continent, le géant allemand adopte une stratégie ambitieuse, s’aventurant en dehors de son bastion historique.

Après la signature d’un partenariat stratégique fin septembre avec Jubilee Holdings – le plus grand groupe d’assurance d’Afrique de l’Est et ses quelque 210 millions de chiffre d’affaires, selon les derniers résultats publiés en 2018 -, la filiale africaine d’Allianz confirme ses ambitions de croissance panafricaine.

Delphine Traoré, directrice des opérations chez Allianz Africa, revient pour Jeune Afrique sur le changement de braquet de la stratégie du groupe. La Burkinabè, qui a intégré le géant allemand des assurances il y a quinze ans, détaille les raisons pour lesquelles Allianz a choisi de continuer à investir tous azimuts sur le continent après être sorti de certains marchés jugés moins porteurs.

Si Allianz a dégagé environ 660 millions d’euros de revenus l’an dernier (Égypte, Maurice et Afrique du Sud inclus), ce sont au total plus de 600 millions d’euros qui ont été investis au cours des quatre dernières années sur le continent. Prise de participation au capital d’Africa Re, nouveaux partenariats, transformation digitale… Tour d’horizon de ce que représente Allianz aujourd’hui en Afrique.

Jeune Afrique : Comment le pilotage de l’activité d’Allianz en Afrique est-il organisé aujourd’hui ?

Delphine Traore, COO d'Allianz Africa

Delphine Traore, COO d'Allianz Africa © Allianz

Delphine Traoré : Notre activité est essentiellement gérée à travers quatre différents « hubs » sur le continent. Celui de Casablanca regroupe la majorité des équipes finances, communication, risques ainsi que la direction générale.

Nairobi rassemble les équipes fusions et acquisitions. Il a été créé en 2018 afin de gérer notamment les discussions avec Jubilee Holdings, qui était une grosse acquisition pour nous, mais aussi de pouvoir travailler à l’intégration de nos activités respectives, une fois l’opération validée par les régulateurs.

Nous avons également un « hub » à Abidjan, où je suis moi-même basée depuis deux ans, pour les équipes IT, souscription, réassurance, juridique et conformité. Enfin, à Paris – qui était le « hub » originel dont le rôle reste important -, Allianz peut rester proche de ses clients et de ses courtiers opérant depuis la France vers l’Afrique francophone de la zone Cima (Conférence interafricaine des marchés d’assurance).

Organisée de la sorte, notre structure permet de gérer nos activités dans douze pays ainsi que nos clients dans 49 marchés du continent.

En ce qui concerne vos pays d’implantation, votre périmètre s’est-il à nouveau ouvert cette année ?

Oui, en effet. Nous venons de signer un accord de partenariat stratégique dans cinq pays africains avec le groupe kényan d’assurance Jubilee Holdings Limited, dont trois où nous n’étions pas présents auparavant : la Tanzanie, l’Ouganda et le Burundi.

Au niveau de la zone Maghreb, Allianz est présent au Maroc (à travers Allianz Maroc et Euler Hermes – la compagnie assurance-crédit du groupe Allianz) et en Tunisie (à travers Euler Hermes).

En zone Cima, nous opérons en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal et au Congo. Allianz est également présent en Égypte ainsi qu’à Maurice et en Afrique du Sud à travers d’autres entités du groupe. Quant à l’Afrique anglophone, nous avons des entités au Ghana, au Nigeria et au Kenya.

Quel est l’objectif de ce partenariat avec Jubilee ?

Nous cherchons à la fois à combiner nos activités « non-vie » et à faire croître nos chiffres d’affaires respectifs. Comme précisé précédemment, Allianz Africa fait partie des leaders sur les marchés-clés de la zone Cima, en particulier en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun. Il jouit aussi d’un positionnement fort au Maroc, au Nigeria et au Ghana, ainsi que de l’expertise et les capacités mondiales du groupe Allianz.

Notre objectif est désormais de pénétrer rapidement et de manière significative les marchés d’Afrique de l’Est en pleine croissance

Notre objectif est désormais de pénétrer rapidement et de manière significative les marchés d’Afrique de l’Est en pleine croissance. Jubilee Holdings est le meilleur partenaire pour concrétiser cette ambition, du fait de la profondeur de son réseau et de la réputation de sa marque.

Dans l’attente de la validation définitive de ce rapprochement par les autorités concernées, nous n’avons pas encore de données chiffrées à communiquer.

Au total, le groupe Allianz représente un chiffre d’affaires de plus de 140 milliards d’euros et figure parmi les leaders mondiaux des assurances. Dans cette perspective, comment décline-t-on une stratégie sur une zone aussi diversifiée que le continent africain ?

Nous nous assurons surtout de ne pas appliquer une stratégie fermée et non différenciée dans les pays où nous opérons. Chez Allianz Africa, nous n’avons donc pas de stratégie unique mais un cadre stratégique global avec des déclinaisons locales basées sur l’écoute de nos filiales, qui connaissent mieux leur marché que tout le monde.

En pratique, une fois par an, chaque pays présente au board d’Allianz Africa sa vision stratégique pour l’année suivante. Pour Allianz Côte d’Ivoire, il s’agira par exemple de vouloir croître sur le segment banque-assurance, et en particulier en assurance-vie, ou encore en assurance agricole, après avoir identifié de nombreuses opportunités.

L’Afrique est trop diversifiée pour que l’on adopte une stratégie « one size fits all »

Le Nigeria verra des opportunités dans le domaine des énergies renouvelables ou pétrolières… Et le comité exécutif étudiera si cela permet de créer une croissance profitable pour Allianz Africa en tant qu’organisation. L’Afrique est trop diversifiée pour que l’on adopte une stratégie « one size fits all ».

Au-delà de cette base de fonctionnement, quatre thématiques principales animent notre dynamique sur le continent : repositionner Allianz sur des marchés-clés avec des positions fortes ; développer nos talents africains sur le continent ; simplifier nos produits, nos processus de souscription et donc notre parcours client ; investir durablement dans l’économie locale et les projets de développement pour participer à la pérennisation de l’activité économique.

>>> À lire sur Jeune Afrique Business+ : Allianz Africa : pour piloter l’intégration des entités de Jubilee, Coenraad Vrolijk pioche en interne <<<

Concernant les talents, il faut noter que si Allianz embauche et forme les jeunes à prendre des postes de leadership, le groupe met également en avant les femmes, comme en témoignent nos dernières nominations. Adeolu Adewumi-Zer est par exemple notre directrice générale au Nigeria, Adja Samb était celle du Sénégal. Nandini Wilcke vient aussi de prendre les rênes de l’activité Fusions-acquisitions d’Allianz Africa.

Comment Allianz entend-il se positionner (segments, taille…) vis-à-vis de la concurrence locale et internationale ?

Drapeaux Allianz

Drapeaux Allianz © Allianz Group

Nous pouvons nous targuer d’être l’un des seuls groupes d’assurance en Afrique qui offre une gamme de produits aussi diversifiée. De la micro-assurance à l’assurance des particuliers, mais aussi à celle des PME, des grands groupes internationaux, en passant par les grands projets d’infrastructures comme les aéroports ou les compagnies aériennes.

Nous proposons également des produits d’assurance-crédit, d’assurance agricole, mais aussi de réassurance. Nous réassurons parfois même certains réassureurs en Afrique. Nous pouvons voir d’autres assureurs proposer certains produits mais, a priori, aucun autre opérateur ne les offre tous en même temps.

En tant qu’assureur panafricain, nous avons pour objectif de contribuer à l’élan économique et social dans chacun des pays dans lesquels nous sommes présents. Et depuis 2014, nous avons opéré un changement dans notre stratégie de croissance sur le continent. Au lieu de continuer à détenir des positions restreintes dans certains marchés, nous visons désormais des positions fortes sur des marchés-clés du continent.

Comme résultat de ce changement de stratégie, Allianz Africa a triplé son chiffre d’affaires aujourd’hui par rapport à 2014 (avec un GWP – primes émises brutes – de 124,92 millions d’euros en 2014 contre près de 370 millions d’euros attendus pour 2020). Nous continuerons à élargir notre empreinte géographique en Afrique dans les années à venir.

Quel positionnement Allianz adopte-t-il sur le segment de la réassurance en particulier?

Nous nous focalisons essentiellement sur la réassurance de nos filiales à travers Allianz Re, tout en respectant les cessions légales, mais également à travers notre grand partenaire Africa Re dont nous sommes actionnaires depuis 2018.

Ce dernier bénéficie d’une meilleure connaissance du marché de la réassurance en Afrique. Nous nous appuyons donc sur son expertise alors que nous apportons notre savoir-faire sur le marché mondial.

Toutefois, lorsque nous achetons des limites d’assurance assez élevées, Allianz Re prendra le relai. Mais ce n’est pas systématique, car nous nous assurons que nos filiales retiennent une bonne partie des risques, avant que cela soit réassuré.

Dans quelle mesure le Covid-19 a-t-il eu un impact sur votre activité ?

Comme tout le secteur des assurances, notre business a été chamboulé par la pandémie mondiale de Covid-19. En Afrique, cela s’est naturellement répercuté sur notre chiffre d’affaires. Mais aussi nous avons ressenti un impact sur notre manière de travailler.

Nous avons été touchés par le Covid-19 mais nous avons réussi à amortir le choc

Heureusement que nous avions commencé notre transformation digitale tôt ! Notamment avec notre service Allianz Virtual Client, qui permet à nos salariés de travailler à leur domicile, sans que cela ait d’incidence au niveau du service client.

Nous avons également rencontré des situations au cours desquelles nos clients ont subi d’importantes difficultés, et il nous a fallu revoir notre façon de travailler avec eux : échelonnements, délais… Mais grâce à notre appartenance à une compagnie résiliente comme l’est le groupe Allianz, avec une situation financière solide, nous avons été touchés par le Covid-19 mais nous avons réussi à amortir le choc.

Que pouvez-vous dire sur le projet de déploiement d’un nouveau système informatique sur le continent que vous pilotez ?

Pendant que les assureurs en Afrique restent prudents en matière d’investissements digitaux – avec 2 % de leurs revenus investis en moyenne dans la stratégie de transformation digitale -, Allianz Africa investit 10 % de son revenu dans la digitalisation, et comme dit précédemment, cela a commencé bien avant le Covid-19.

En effet, nous avons initié un chantier de transformation numérique dont la pièce maîtresse est ABS (Allianz Business System). Il s’agit d’une plateforme développée avec une approche centrée sur le client visant à standardiser et à harmoniser les produits, les systèmes et les processus à l’échelle du continent.

En interne, en moins de 18 mois, toutes nos entités ont migré vers un nouveau système d’exploitation complètement numérisé. Tous les employés peuvent accéder à leurs fichiers et données à partir de n’importe quel ordinateur dans le monde entier.

Quel a été l’impact sur les comptes d’Allianz de la cession de certaines de ses filiales à Sunu ?

Nous avons cédé nos entités historiques au Burkina, au Mali, au Togo et au Bénin à Sunu en 2019, groupe d’assurance panafricain opérant dans 15 marchés sur le continent. Nos projections ont révélé que l’augmentation du capital réglementaire combinée aux investissements opérationnels locaux rendrait difficile le maintien de niveaux de rentabilité viables pour Allianz, étant donné le volume d’activité de ces entités.

Malgré ces cessions en 2019, notre chiffre d’affaires est aujourd’hui plus solide, et notre périmètre élargi via nos nouvelles filiales en Afrique de l’Est. Et cela nous a permis d’investir ailleurs : Maroc, Nigeria, Africa Re,…

Par ailleurs, nous continuons à investir dans une transformation digitale qui représentera une autre source de croissance car elle nous permettra de viser des clients non assurés en ce moment. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cameroun ont été les premiers à bénéficier de cette transformation.

Comment Allianz se prépare à faire face à l’obligation de capital lié à la réglementation Cima en 2021 ?

Nous sommes prêts ! Et ce depuis 2018, après l’évaluation que nous avions menée afin d’identifier les marchés Cima dans lesquels nous pouvions continuer à investir sans affecter la viabilité de notre rentabilité.

Ainsi, en 2019, nous avions injecté des capitaux dans ces marchés (Sénégal, Cameroun et Côte d’Ivoire) et nous prévoyons de le refaire en 2021.

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