Société

Maradona : l’Afrique pleure une icône

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Un supporter se recueille devant une fresque de Maradona, en Argentine, le 25 novembre 2020.

Un supporter se recueille devant une fresque de Maradona, en Argentine, le 25 novembre 2020. © Marcos Brindicci/AP/SIPA

Diego Maradona, le génial joueur argentin, est décédé le 25 novembre à l’âge de 60 ans. Icône dans son pays, El Pibe de Oro a laissé une immense empreinte partout dans le monde, et notamment en Afrique.

Il était un caméléon, mi-ange, mi-démon. Un homme souvent excessif, à la fois attachant et exaspérant, et surtout un footballeur hors norme. Diego Maradona, dont la santé était chancelante depuis des années, à cause d’une consommation démesurée de drogue, d’alcool et de cigares, est parti, le 25 novembre 2020, d’un arrêt cardiaque.

Quelques semaines plus tôt, l’Argentin avait une nouvelle fois été hospitalisé, pour un problème au cerveau, une énième alerte qui précèdera l’inévitable verdict que tout le monde savait inéluctable.

Merveilleux et instinctif

On ne s’attardera pas ici sur les excès du gamin des bidonvilles de Buenos Aires, devenu une star mondiale grâce aux titres conquis, à Naples, cette ville populaire et bouillonnante, qu’il n’avait sans doute pas choisie par hasard, ou avec l’Argentine lors de la Coupe du Monde 1986. Où à son lucratif séjour à Tripoli, en 1999, pour donner des leçons de football à Saadi Kadhafi, fils de dictateur et footballeur professionnel à ses heures perdues.

Les Africains qui aiment le football pleurent Maradona

Non, il sera ici question de ce joueur merveilleux et instinctif, membre éternel du club très fermé des génies, où il côtoie Pelé, Platini, Zico, Cruyff, Zidane, Messi  et Ronaldo, les deux, le Brésilien et le Portugais. En Afrique, Maradona, était, à sa plus belle époque, de1980 et 1990, adulé, vénéré, respecté.

« Bien sûr, à l’époque, il y avait beaucoup moins de matches à la télé, ni Internet, mais on le voyait jouer, surtout quand il est arrivé à Barcelone (1982), et qu’il est parti à Naples (1984-1987). Ses matches avec le Barca étaient parfois retransmis au Maroc. Les Marocains, tous les Africains, l’aimaient, parce qu’ils faisaient des choses extraordinaires avec un ballon. Il venait d’un milieu très pauvre, et il était devenu le meilleur joueur du monde. Beaucoup d’enfants, mais aussi de joueurs professionnels, s’identifiaient un peu à lui », se souvient Mustapha El Haddaoui, l’ancien milieu de terrain des Lions de l’Atlas, qui aura attendu 2018 et un match de gala à Laayoune pour croiser le Sud-américain sur un terrain.

Et le joueur marocain d’ajouter : « C’était un numéro 10 génial, capable de tout faire avec son pied gauche, marquer et faire des passes décisives. Aujourd’hui, les Africains qui aiment le football pleurent Maradona… »

Face au Cameroun en 1990

Maradona et Pelé, en 1987.

Maradona et Pelé, en 1987. © /AP/SIPA

Joueur, El Pibe de Oro n’a pas souvent affronté de sélections africaines, souvent peuplées de joueurs voyant en lui un véritable Dieu vivant. Le Camerounais François Omam-Biyik, de six ans son cadet, ne s’imaginait pas un jour être au même endroit, à la même heure « que ce joueur qui nous faisait rêver, quand on était plus jeune. »

Arrivé en France en 1987, le Lion indomptable a battu l’Argentin un après-midi de juin 1990, à Milan, en match d’ouverture de la Coupe du Monde (1-0), se chargeant lui-même d’inscrire le seul but du match.

« Vous vous rendez compte ? Quand on se prépare à affronter un tel joueur, on flippe un peu, et à la fin, vous gagnez, face à un homme qui vous donnait tant de joie quand vous étiez gamin. On voyait que Maradona aimait le contact avec le ballon. »

Depuis le Maroc, El Haddaoui abonde : « Il donnait du bonheur aux gens, et malgré les exigences du haut niveau, on voyait qu’il aimait s’amuser, que le contact du ballon le rendait tout simplement heureux. »

Il y a ceux qui ont pu l’affronter, quelques heures ou quelques minutes. Et il y a ceux qui ont côtoyé la star argentine au quotidien. Comme Alphonse Tchami, lui-aussi camerounais, recruté par Boca Juniors en 1993. Le club où Maradona, après quatre saisons à Argentinos Juniors, avait  effectué un premier passage flamboyant, en 1981.

« Un jour, alors que j’étais à Boca depuis quelques semaines, on est dans le vestiaire, et j’entends que Maradona va bientôt signer. Mon premier réflexe, ça été de me dire que ce serait génial d’évoluer avec un tel monument. Puis je me suis demandé si j’allais être au niveau ! »

Diego Maradona, sous le maillot de Naples, en 1987.

Diego Maradona, sous le maillot de Naples, en 1987. © Massimo Sambucetti/AP/SIPA

À l’entraînement, il aimait qu’on refasse le Cameroun-Argentine de 1990

« À peine arrivé, Maradona déclare à la presse « qu’un joueur black sera titulaire dans son équipe ». C’était moi. Il était vraiment sympa avec moi, nous avions une très bonne relation », se souvient le Camerounais.

Sur le terrain, mais aussi en dehors. « Diego avait une vie privée animée, on le savait. Il aimait faire la fête, organiser des soirées chez lui, chez des amis, et il invitait souvent ses coéquipiers. C’était un type généreux, excessif, attachant, et qui aimait vraiment le football. Pour lui, c’était un jeu, un spectacle. À l’entraînement, il aimait qu’on refasse le Cameroun-Argentine de 1990, il voulait sa revanche, même si je n’avais pas participé à ce Mondial. »

« Quand il voyait un ballon, il était heureux »

Diego Maradona, devant une foule de fans argentins, le 26 décembre 2019.

Diego Maradona, devant une foule de fans argentins, le 26 décembre 2019. © Marcos Brindicci/AP/SIPA

Maradona, ce personnage haut en couleur, était précédé d’une réputation d’homme incontrôlable et imprévisible, agissant souvent sur des coups de tête.

« On m’avait dit que ce type était fou », rigole l’ancien international algérien Yacine Bentaala, l’entraîneur des gardiens de but d’Al-Wasl Dubaï, où l’Argentin est nommé coach en 2011. « Et j’ai travaillé un an avec lui, sans aucun problème. Oui, il avait une forte personnalité, il pouvait parfois péter un plomb, comme danser nu sur le balcon de sa chambre d’hôtel, après une victoire en championnat ou envoyer promener les journalistes. Mais au quotidien, il était agréable, plutôt modeste, malgré son immense aura. Quand il est arrivé au club, j’étais intimidé, un peu hésitant au moment de l’aborder, mais Diego m’avait mis à l’aise. »

L’image que Bentaala veut retenir de l’Argentin est finalement celle que les amoureux du football conserveront. « Quand il voyait un ballon, il était heureux. Comme  quand, après les entraînements, on faisait des parties de tennis-ballon. Là, il redevenait comme un gosse… »

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