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CAF : suspendu et accusé de détournement de fonds, Ahmad Ahmad ne s’avoue pas vaincu

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Ahmad Ahmad, président de la CAF, dans son bureau à Antananarivo, en février 2017

Ahmad Ahmad, président de la CAF, dans son bureau à Antananarivo, en février 2017 © RIJASOLO/AFP

Ahmad Ahmad a décidé de faire appel de sa suspension par la Fifa devant le Tribunal arbitral du sport. Le Malgache ne compte pas renoncer à se présenter à un second mandat à la tête de la CAF, malgré sa condamnation pour détournement de fonds.

Deux jours seulement après avoir été suspendu, le 23 novembre, par la Commission d’éthique indépendante de la Fifa pour une durée de cinq ans, une peine assortie d’une amende de 185 000 euros, pour détournement de fonds, abus de pouvoir ainsi que pour acceptation et distribution de cadeaux ou autres avantages, Ahmad Ahmad a décidé de contre-attaquer.

Dans un communiqué de presse publié le mercredi 25 novembre, et signé par « l’équipe d’Ahmad Ahmad », il est clairement annoncé que le Malgache fera appel de cette sanction devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), situé à Lausanne. Plusieurs passages de ce texte fustigent une décision qui n’a « pas été rendue de façon juste et impartiale », des « fuites défavorables à Ahmad Ahmad », ainsi qu’une audience (par visio-conférence) « menée au pas de charge », durant laquelle celui-ci « n’a pas pu présenter ses témoins ».

Prêt à faire campagne

Le camp Ahmad s’étonne en outre que cette suspension intervienne à moins de quatre mois de l’élection à la présidence de la Confédération africaine de football (CAF), qui doit se tenir le 12 mars prochain à Rabat : « La raison d’une telle précipitation pourrait être que cette condamnation empêcherait le président Ahmad d’être réélu à la présidence de la CAF, en dépit des nombreux soutiens déclarés en sa faveur », estime l’équipe du président déchu.

Au lendemain de sa spectaculaire mise à l’écart, Ahmad semble bien décidé à ne pas renoncer à un second mandat. Il souhaite notamment que l’appel devant le TAS soit assorti d’un effet suspensif, afin de pouvoir mener campagne face aux quatre autres candidats, l’Ivoirien Jacques Anouma, le Sénégalais Augustin Senghor, le Mauritanien Ahmed Yahya et le Sud-Africain Patrice Motsepe.

À ce jour, c’est le Congolais Constant Omari qui assure l’intérim à la tête de la CAF, jusqu’au scrutin. Le dernier président de l’institution à n’avoir pu aller au terme de son mandat était l’Éthiopien Ydnekatchew Tessema, décédé en 1987.

Quatre ans de réformes

Depuis son élection face au camerounais Issa Hayatou, qui avait surpris beaucoup de monde, Ahmad a beaucoup réformé. Il a modifié le format de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), faisant passer le nombre de sélections présentes en phase finale de 16 à 24 et décalant l’événement aux mois de juin et juillet. Il a par ailleurs toiletté la Ligue des champions et la Coupe de la CAF, développé les compétitions chez les jeunes ou encore créé la Ligue des champions féminines.

Il y a eu des avancées significatives, Ahmad était un président qui avait des idées »

Le dirigeant malgache a également changé le mode de gouvernance de la CAF, dont il assurait récemment qu’il l’avait rendu « plus démocratique et plus transparent », notamment en donnant plus d’autonomie aux zones géographiques (le football africain en compte six). Il a aussi souhaité impliquer d’anciens grands joueurs, tels Didier Drogba et Samuel Eto’o, dans le fonctionnement de l’institution.

Des évolutions validées par Moctar Mahamoud Hamid, le président de la fédération tchadienne de football : « Il y a eu des avancées significatives, Ahmad était un président qui avait des idées. » « Mais le fonctionnement interne de la CAF interroge, tempère-t-il. Deux membres de son comité exécutif (Senghor et Yahya) ont décidé de se présenter à l’élection. »

Manuel Lopes Nascimento, l’ancien président de la fédération bissau-guinéenne, se montre en revanche beaucoup plus critique : « Sa gestion a manqué de transparence, beaucoup de ses réformes n’ont pas été assez bien préparées, et le Comité éxécutif de la CAF, à cause de son manque de compétences, n’a pas fait que du bien au football africain. »

Soupçons de corruption et de harcèlement sexuel

Si Ahmad a été suspendu, c’est, comme l’a révélé partiellement le communiqué de la Fifa – l’intégralité des griefs sera connue d’ici au 23 janvier – , en raison de sa gestion financière problématique. Le dossier Tactical Steel – un contrat d’équipementier jugé surfacturé qui avait valu à Ahmad Ahmad d’être placé en garde à vue et interrogé par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclif), en juin 2019, avant d’être remis en liberté sans poursuite formelle – et celui de l’organisation d’un pèlerinage à La Mecque, offert à plusieurs dirigeants de fédération, ont pesé lourd dans la balance.

Et les accusations de corruption et de harcèlement sexuel à l’encontre de salariées égyptiennes de la CAF, retranscrites en avril 2019 dans un courrier adressé à la Fifa par Amr Fahmy, ancien secrétaire général de la Confédération, décédé en février dernier, ont sans doute été prises en compte pour motiver la suspension d’Ahmad.

« La sanction ne m’étonne pas, car je crois que les faits de corruption sont fondés », confie Manuel Lopes Nascimento. Le rapport financier au vitriol commandé par la Fifa au cabinet PwC, sur la période 2015-2018 – dont les deux dernières années du mandat d’Hayatou –, ont également dû peser lourd, en défaveur d’Ahmad, lors de l’enquête de la Commission d’éthique de la Fifa.

La vengeance d’Infantino ?

Si Gianni Infantino avait œuvré discrètement mais efficacement pour l’élever au sommet de la hiérarchie du football africain, l’estimant capable de moderniser le football africain, c’est bien lui qui a, selon plusieurs observateurs, précipité sa chute. Car sur au moins deux dossiers majeurs – mais que la Fifa se garde bien d’évoquer –, Ahmad a froissé le patron de la Fifa.

D’abord, sur celui de la Coupe du Monde 2026. Ahmad avait publiquement apporté son soutien et celui de la CAF à la candidature du Maroc, alors qu’Infantino, officieusement favorable à celle du trio États-Unis-Mexique-Canada, avait demandé aux Confédérations de rester neutres.

Il a compris, avec d’autres dirigeants africains, que la Fifa voulait prendre le contrôle de la CAF »

Puis sur le cas de la Sénégalaise Fatma Samoura, secrétaire générale de la Fifa, dépêchée au Caire en juin 2019 pour une mission d’audit, officiellement à la demande de la CAF. Six mois plus tard, Ahmad et son comité exécutif y mettait fin, déclenchant la froide colère d’Infantino.

« Le président de la Fifa a vécu cet épisode comme un affront personnel. Cela a détérioré ses relations avec Ahmad, affirme un membre d’une fédération africaine. Infantino rêve d’une CAN tous les quatre ans, et d’une Ligue africaine à vingt clubs pour remplacer la Ligue des Champions, des idées qui passent mal sur le continent. Ahmad a compris, avec d’autres dirigeants africains, que la Fifa voulait prendre le contrôle de la CAF. »

Une affirmation nuancée par Augustin Senghor, président de la Fédération sénégalaise de football et candidat à la présidence de la CAF : « Il est normal que la Fifa fasse des propositions à la CAF, comme elle le fait avec d’autres confédérations. Et c’est au Comité éxécutif de la CAF de trancher. »

Accusé sans être nommé par le clan Ahmad d’être à l’origine des déboires du Malgache, Gianni Infantino ne détesterait pas, selon de nombreuses sources, voir le milliardaire Patrice Motsepe prendre les commandes…

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