Politique économique

BAD : carton orange pour Adesina au démarrage de son second mandat

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Mis à jour le 26 novembre 2020 à 10h58
Akinwumi Adesina lors de sa réélection à la présidence de la BAD, le 1er septembre 2020.

Akinwumi Adesina lors de sa réélection à la présidence de la BAD, le 1er septembre 2020. © AFDB

Malgré une plus grande efficacité de ses opérations, la banque panafricaine a sous-performé dans le secteur clé de l’énergie et peine à muscler son action sur l’industrialisation. Un mauvais point pour son président, Akinwumi Adesina.

Des progrès certes mais encore trop d’indicateurs clés dans le rouge. Tel est le bilan de la dernière édition de la Revue annuelle sur l’efficacité du développement (RAED) publiée le 20 novembre par la Banque africaine de développement (BAD).

Même s’il est réalisé en interne, ce document, en évaluant l’action de la banque via des indicateurs chiffrés, donne une bonne idée du travail effectué par l’institution sur les cinq priorités (high five) fixées par son président, Akinwumi Adesina.

Réélu en août pour un deuxième mandat au terme d’un début d’année 2020 difficile, l’ex-ministre nigérian de l’Agriculture aurait pu espérer mieux. Le patron de la banque, accusé puis blanchi d’accusations de mauvaise gouvernance avant d’être reconduit à l’unanimité à son poste lors des dernières assemblées annuelles en Côte d’Ivoire, doit en effet composer avec une évaluation 2019 en demi-teinte.

Accélération

Pas idéal pour lancer ses cinq prochaines années à la tête de la BAD, fortement sollicitée pour soutenir la réponse à la crise provoquée par la pandémie de Covid-19.

Côté pile, la banque panafricaine met en avant plusieurs motifs de satisfaction. « Notre performance s’est améliorée sur un certain nombre de points, dont la qualité et la rapidité de nos opérations, le délai d’exécution des projets, notre présence dans les pays partenaires et surtout l’impact de nos actions en termes de développement », souligne Akinwumi Adesina en introduction du rapport de près de 80 pages.


>>> À lire : notre dossier Six mois qui ont ébranlé la BAD 


Ainsi, plus de 90 % des opérations achevées en 2019 ont généré les « gains de développement » attendus, un pourcentage en hausse par rapport à 2018 et en ligne avec l’objectif fixé. De même, les efforts engagés pour accélérer l’approvisionnement en biens et services sont payants, le délai étant passé de 9 mois en 2013 à 7,5 mois en 2019, la cible que s’était fixée la BAD (en hausse toutefois par rapport à la performance de 2018 à 6,5 mois).

Meilleure mobilisation du privé

Sur le plan financier, la banque, qui se trouve en fin de cycle de décaissements et a enclenché fin 2019 une augmentation de capital historique, a réussi son pari de recourir davantage au secteur privé : en 2019, elle l’a mobilisé à hauteur de 17 milliards de dollars, près du double de l’objectif fixé.

D’autres indicateurs méritent encore d’être soulignés. En 2019, plus de 20 millions de personnes ont bénéficié de meilleures techniques agricoles, un résultat supérieur à l’objectif de 6,3 millions, et presque 4000 kilomètres de routes ont été construites ou réhabilitées, bien plus que le chiffre de 1 500 km fixé.

En outre, plus de 10 millions de personnes ont eu accès à l’eau et à l’assainissement, au-delà de la cible à 3,6 millions. Ces chiffres confirment les réussites déjà identifiées par Jeune Afrique sur deux priorités de la BAD, le soutien à l’agriculture et l’amélioration de la qualité de vie des Africains.

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Revers dans l’énergie

Mais, côté face, le panorama comporte aussi d’importants points négatifs, la BAD ne parvenant pas à corriger des faiblesses connues et enregistrant même des déceptions dans certains domaines. C’est notamment le cas sur l’une de ses priorités, « éclairer l’Afrique », où elle était pourtant en pointe ces dernières années.

Or, en 2019, tous les indicateurs de cette catégorie sont orange ou rouge. Cette contre-performance s’illustre par deux chiffres : seulement 291 MW de nouvelle puissance installée (contre 447 en 2018 et un objectif de 880) et 435 kilomètres de ligne électrique implantée ou rénovée (contre 2430 l’année précédente et une cible de 3520).

Ce revers dans le secteur énergétique se double de persistance de difficultés dans deux autres priorités : l’industrialisation et l’intégration. Pour la première, le constat dressé en juillet d’un rendez-vous manqué demeure, l’action de la BAD (soutien aux PME, accès aux services financiers, amélioration des transports) restant limitée. Pour la seconde, les nombreux projets transfrontaliers lancés, qu’ils soient énergétiques ou logistiques, tardent à se réaliser.

Une féminisation qui stagne

L’institution dirigée par Adesina peine aussi à corriger certains défauts, tant au niveau de ses opérations que de son fonctionnement interne. Exemples : son action en faveur de l’agriculture bute toujours sur le développement des systèmes de gestion de l’eau, et sa politique peine à porter ses fruits sur le volet de l’accès à l’éducation.

Enfin, la BAD, institution saluée pour sa capacité d’innovation notamment financière et son positionnement précurseur sur les questions de genre, marque le pas sur deux indicateurs clés liés à la gouvernance (alors qu’elle mène une révision de ses règles d’éthique).

Son taux d’opérations non performantes (susceptibles d’être annulées) ne cesse d’augmenter, 25 % en 2015, 27 % en 2018 et 30% en 2019, face à un objectif de 12 % en 2025 ; et la féminisation de l’institution stagne, la proportion de femmes au sein du management restant stable à 26 % contre une cible de 38 % en 2025.

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