Santé

Covid : une étude 100 % africaine pour tester les traitements disponibles

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Mis à jour le 24 novembre 2020 à 17h14
Un employé prend la température des passagers débarquant d’un vol d’Ethiopian Airlines à l’aéroport international N’Djili de Kinshasa le 15 août 2020.

Un employé prend la température des passagers débarquant d'un vol d'Ethiopian Airlines à l'aéroport international N'Djili de Kinshasa le 15 août 2020. © Arsene Mpiana/AFP

Alors que la plupart des études cliniques en cours se concentrent sur les formes graves de Covid, Anticov, lancée dans 13 pays du continent, cible les manifestations légères. Et va tester des médicaments déjà sur le marché pour plus de rapidité.

C’est un constat – parfois un regret, voire un cri d’alarme – souvent effectué par les chercheurs et professionnels de santé d’un bout à l’autre du continent : face au coronavirus comme dans bien d’autres domaines, l’Afrique n’est pas assez présente dans les efforts de recherche et les essais cliniques.

Comme le rappelait encore récemment la spécialiste en maladies infectieuses Monique Wasunna, il ne s’agit pas seulement d’affirmer la qualité des chercheurs africains et leur volonté de participer au travail collectif, mais il s’agit aussi d’efficacité : la façon dont une maladie se répand au sein d’une population donnée dépend de nombreux facteurs locaux qu’il est difficile, voire impossible, de prendre en compte dans le cadre de tests menés à l’autre bout de la planète.

Excellente nouvelle

C’est pourquoi l’annonce, faite ce 24 novembre, du lancement d’un grand essai clinique mené sur 19 sites répartis dans 13 pays du continent (Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Kenya, Mali, Mozambique, Ouganda, RDC et Soudan) est, a priori, une excellente nouvelle.

Baptisé Anticov, ce programme de recherche sera mené conjointement par plusieurs institutions coordonnées par l’initiative Médicaments contre les maladies négligées (DNDi) et bénéficiera du soutien de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Union européenne, ainsi que de financements allemands, suédois et suisses.

Le but : être le plus rapide et réactif possible

La forme choisie est originale et intéressante à plus d’un titre et mérite quelques explications. Premier point : Anticov est une plateforme d’essai « adaptative ». Cette technique, utilisée contre le cancer, consiste à tester simultanément plusieurs traitements et à supprimer rapidement ceux qui semblent inefficaces ou à ajouter de nouveaux médicaments au programme s’ils semblent porteurs d’espoir. Le but étant d’être le plus rapide et réactif possible.

Viser les formes modérées

Deuxième originalité : le programme se focalise sur les formes légères et modérées de la maladie, alors que jusqu’alors, la majorité des tests menés à travers le monde ciblait les manifestations les plus graves du Covid. Celles qui mettent en danger la vie des patients.

La logique est ici encore celle de l’efficacité et de l’adaptation au contexte africain : en visant les formes précoces et peu graves de la maladie, on évitera qu’elles ne deviennent plus sévères et nécessitent une hospitalisation et engorgeraient des systèmes de santé souvent fragiles.

Des antirétroviraux déjà utilisés contre le VIH testés

Troisième point : le principe de l’étude est de tester en priorité des médicaments dits « reconvertis », c’est-à-dire déjà disponibles sur le marché et utilisés pour traiter d’autres maladies telles que le cancer, le VIH, le paludisme, l’hépatite C ou certaines infections parasitaires.

L’idée est ici encore de viser l’efficacité, le pragmatisme et la rapidité, car si l’étude permet de démontrer le potentiel de certains de ces produits, ils pourront être rapidement utilisés à grande échelle puisqu’ils sont déjà fabriqués et diffusés.

De plus, certains sont tombés dans le domaine public, ce qui en limitera le coût. Sans surprise, les promoteurs de l’étude confirment que les deux premiers traitements testés sont des antirétroviraux déjà utilisés contre le VIH, le lopinavir/ritonavir, et la désormais célèbre hydroxychloroquine, prescrite depuis des décennies contre le paludisme.

2 000 à 3 000 patients non hospitalisés devraient participer

Annoncée aujourd’hui, l’étude Anticov a déjà démarré en RDC et sera lancée très rapidement au Ghana et au Kenya. Les dix autres pays devraient suivre à partir du mois de janvier et, au total, ce sont 2 000 à 3 000 patients non hospitalisés qui devraient participer au programme.

Un calendrier qui peut poser question dans la mesure où les grands laboratoires ne cessent d’annoncer le lancement imminent de vaccins anti-Covid présentés comme efficaces à plus de 90 %.

Agir à la fois sur le traitement et sur la prévention

Il n’y a pourtant pas de contradiction, comme l’expliquent les spécialistes de la DNDi : « Aucun vaccin ne pourra éliminer complètement le besoin d’un traitement curatif : il faut toujours agir à la fois sur le traitement et sur la prévention. »

Sans compter que même si les vaccins sont effectivement efficaces, nul ne sait précisément à quelle vitesse et en quelle quantité ils seront disponibles, notamment dans les pays à revenu intermédiaire ou faible.

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