Agroalimentaire

Comment Olam a redonné de la vigueur au coton tchadien

Réservé aux abonnés | | Par - à N'Djamena
Production de coton dans la région de Doba, au Tchad.

Production de coton dans la région de Doba, au Tchad. © Frederic NOY

Après avoir racheté 60 % de CotonTchad en 2018, le géant singapourien en a apuré les dettes et semble avoir réussi à remotiver les cotonculteurs.

En avril 2018, l’État a ouvert le capital de CotonTchad SN. Le géant singapourien Olam a racheté 60 % des parts de la société pour plus de 9 milliards de F CFA (près de 14 millions d’euros), l’État en a gardé 35 %, et 5 % ont été cédés aux producteurs.

La nouvelle direction a apuré les dettes et semble avoir réussi à remotiver les cotonculteurs. À l’heure où s’engage la deuxième campagne depuis la reprise de la société, comment la filière textile tchadienne résiste-t-elle aux effets de la pandémie de Covid-19 ?

L’image est cyclique dans les savanes du sud du Tchad. À partir de la fin octobre, alors que le paysage verdoyant passe progressivement au jaune, de grands nuages blancs semblent éclore dans les champs. Ce sont les volumineux tas de coton, récoltés à la main, qui attendent d’être pesés puis enlevés par des camions en direction des usines.

Depuis deux ans, grâce à l’ouverture du capital de CotonTchad Société Nouvelle (CotonTchad SN) au singapourien Olam, la culture de l’or blanc a repris dans le sud du pays, où, au cours des dix dernières années, les producteurs découragés avaient peu à peu abandonné cette culture de rente qui fait vivre directement plus de 4 millions de personnes.

Pluviométrie capricieuse

« La campagne qui commence est la bonne. Nous sommes revenus aux fondamentaux avec du coton à longues fibres et des capsules assez grosses, parce que les itinéraires techniques de production ont été respectés », se réjouit Ibrahim Malloum, secrétaire général chargé de la commercialisation à CotonTchad SN.

Après être tombée à moins de 17 000 tonnes lors de la campagne 2016-2017, la production de coton-graine a atteint 115 000 tonnes en 2019-2020, mais la récolte n’était pas de bonne qualité. « À cause des pluies tardives, le coton était terne », explique Mbontar Ndouko, président de l’Union nationale des producteurs de coton du Tchad.

Avec des centaines d’hectares inondés par les pluies, la production de coton-graine sera inférieure à ce qui était escompté

Alors que les professionnels comptaient sur une production de 200 000 t de coton-graine pour la campagne en cours, elle ne devrait atteindre « que » 155 000 tonnes, une baisse due à une pluviométrie capricieuse dans certaines zones.

« Il y a eu des centaines d’hectares inondés », confirme Ibrahim Malloum, qui reste globalement positif quant à l’avenir de la filière malgré les difficultés causées par la mévente de la production antérieure après la fermeture des usines causée par la pandémie de Covid-19.

Pour protéger le coton emballé des intempéries, l’entreprise a dû louer des magasins supplémentaires. Un autre facteur qui pourrait perturber la production est la dévastation des champs de coton par les éleveurs, estime Mbontar Ndouko.

Relance de la consommation intérieure

Rien ne semble cependant pouvoir stopper la dynamique de relance du secteur. Pour la campagne d’égrenage qui commence en cette fin d’année, les usines de Pala et de Moundou ont été renforcées.

Une nouvelle usine sera installée à Gounou-Gaya pour la campagne 2021, annonce CotonTchad SN. Cela pour faire face à une augmentation attendue de la production. « Nous visons les 300 000 tonnes de coton-graine dans les deux années à venir », prévoit Ibrahim Malloum.

Avec ce volume de récolte, le pays pourra reprendre sa place de grand producteur de coton au niveau africain, et le bassin cotonnier tchadien retrouvera un dynamisme économique perdu ces dernières années, quand CotonTchad SN battait de l’aile. Pour l’entreprise, justement, l’inauguration d’une nouvelle usine de textile à Sarh, le 9 novembre, est une aubaine.

Avec une capacité de consommation de 11 tonnes de fibres par jour, la Nouvelle société de textiles du Tchad (NSTT) pourra en effet absorber une bonne partie du coton tchadien… D’autant que le chef de l’État a annoncé qu’à partir de la fin de novembre le Tchad fermerait ses frontières aux tissus venant de l’étranger.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer